Les Soldats de Guam
Mosaic Express | July 11, 2025
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Les Soldats de Guam

Mosaic Express | December 10, 2025

Il faisait nuit noire dans l’hôpital de Boston. Les couloirs étaient déserts, les patients dormaient. Mais le médecin de garde effectuait sa ronde habituelle et remarqua qu’une des chambres était brillamment éclairée.

Effectivement, une patiente était assise bien droite sur son lit, entourée non pas de fleurs ou d’écran de télévision mais d’une machine à écrire, de divers papiers officiels et fournitures de papeterie. Ce n’était plus une chambre de malade mais un bureau improvisé.

- Je m’excuse de vous déranger, déclara le médecin en se raclant la gorge, mais puis-je vous demander ce qui se passe ici ?

- Je m’appelle ‘Hanna Lillian Cohen, répondit la dame, pas du tout intimidée. Je travaille pour les relations publiques d’une Yechiva Loubavitch. J’ai dû être hospitalisée en urgence alors que les préparatifs de notre grand gala de collecte de fonds battaient leur plein. Donc je n’avais pas d’autre choix que d’apporter mon bureau dans ma chambre d’hôpital.

Entendant le mot Loubavitch, le médecin se souvint soudain d’un épisode intéressant :

- Vous savez, puisque vous travaillez pour Loubavitch, je crois que je vous dois une histoire qui m’est arrivée avec le Rabbi. Voilà :

Je suis juif mais je n’ai pas été élevé dans la pratique du judaïsme. Je suis devenu docteur dans la marine américaine, surtout dans les bases situées dans l’océan pacifique.

Un jour, j’ai reçu un appel du Commandant de la base de Guam. De nombreux soldats tombaient mystérieusement malades de l’estomac et nul ne trouvait la raison de ces étranges maladies. « Deux choses l’une, m’avertit le commandant : soit nous découvrons la cause de ces maladies et les traitons soit nous cessons tout le programme ici et renvoyons les soldats chez eux, ce qui serait très fâcheux. Pouvez-vous nous aider ? ».

J’acceptai le défi, un défi professionnel de premier ordre, j’acceptai car personne ne trouvait le moindre indice capable de faire avancer l’enquête.

Avant de partir pour Guam, je passais à New York pour saluer ma mère. Elle dirigeait une affaire prospère et distribuait de grosses sommes à des institutions charitables et, en particulier, pour les nombreuses œuvres du Rabbi de Loubavitch. Quand je lui annonçai que je passerai par Brooklyn, elle me tendit une enveloppe à remettre personnellement au Rabbi.

Rétrospectivement, je la « soupçonne » d’avoir manigancé ce stratagème pour que je rencontre moi-même le Rabbi. Elle s’occupa de me trouver un rendez-vous - à trois heures du matin !

J’entrai alors dans le bureau du Rabbi. Il m’accueillit chaleureusement, me tendit la main et je plaçai l’enveloppe de ma mère sur le bureau. Il me regarda ou, plutôt, regarda en moi et me demanda quelles étaient mes préoccupations.

Je lui racontai la mystérieuse épidémie de Guam et comment la Marine américaine comptait sur moi pour en trouver la cause et le remède.

Le Rabbi prit une expression très sérieuse. Il appuya sur un bouton sur son bureau et un de ses secrétaires entra. Le Rabbi lui demanda d’apporter une règle, une feuille de papier millimétré et une carte de l’île de Guam. Quelques minutes plus tard, tout était sur sa table.

Puis, d’une étagère remplie de toutes sortes de livres, le Rabbi tira un manuel publié par l’Armée Navale américaine - un livre de référence pour les ingénieurs travaillant dans ce corps d’armée. Il le feuilleta, s’arrêta à la section détaillant les heures de coucher et lever de soleil ainsi que les horaires des marées autour de l’île de Guam. Il étudia ces données un moment en silence puis leva la tête et me fixa de son regard intense :

- Voici un indice à propos de cette maladie. Mais vous n’avez pas besoin de dévoiler la source de vos informations. (En d’autres termes, je n’étais pas obligé de signaler que c’était lui qui m’avait donné cet indice).

En s’aidant de la règle et de la carte, en tirant des lignes sur le papier millimétré, en calculant à une vitesse éclair les longitudes et latitudes et en notant différents détails, il entoura d’un cercle au crayon un endroit précis sur la carte et me tendit le papier : « Quand vous arriverez à Guam, allez ici, près de la plage. Il faut y aller à l’aube, quand la marée est au plus bas. Recueillez des échantillons de sable et faites-les analyser dans un laboratoire. Cela pourra vous aider dans vos recherches ! ».

Quand j’arrivai à Guam, l’enquête n’avait pas du tout avancé. Tous les scientifiques réquisitionnés se cassaient la tête sur les causes de cette épidémie et, en désespoir de cause, de nombreux soldats devaient être renvoyés chez eux.

Puis, une nuit, je me suis souvenu du papier encore plié dans la poche de mon manteau : « Pourquoi ne pas essayer ? ».

Très tôt le matin, je me suis rendu au point encerclé sur la carte et j’attendis que la marée recule un maximum. Je me baissai pour ramasser des échantillons de sable que je rapportai au laboratoire.

Les tests révélèrent qu’une toxine était déposée à marée basse par les coquillages qui restaient sur le sable et ce poison parvenait jusque dans les assiettes des soldats. Nous avions déniché le coupable !

Une fois ce mystère résolu, le commandement de l’armée proposa ma nomination pour un diplôme et une promotion pour services rendus à la patrie.

Mais pour moi, la véritable révélation n’était pas scientifique. Vous comprenez ‘Hanna, continua le docteur en s’adressant à la patiente restée bouche bée devant sa machine à écrire, cette rencontre, ce conseil du Rabbi m’ont complètement transformé. Je suis devenu un croyant ! ».

Le silence retomba dans l’hôpital...

Asharon Baltazar - COLlive
traduit par Feiga Lubecki

Il faisait nuit noire dans l’hôpital de Boston. Les couloirs étaient déserts, les patients dormaient. Mais le médecin de garde effectuait sa ronde habituelle et remarqua qu’une des chambres était brillamment éclairée.

Effectivement, une patiente était assise bien droite sur son lit, entourée non pas de fleurs ou d’écran de télévision mais d’une machine à écrire, de divers papiers officiels et fournitures de papeterie. Ce n’était plus une chambre de malade mais un bureau improvisé.

- Je m’excuse de vous déranger, déclara le médecin en se raclant la gorge, mais puis-je vous demander ce qui se passe ici ?

- Je m’appelle ‘Hanna Lillian Cohen, répondit la dame, pas du tout intimidée. Je travaille pour les relations publiques d’une Yechiva Loubavitch. J’ai dû être hospitalisée en urgence alors que les préparatifs de notre grand gala de collecte de fonds battaient leur plein. Donc je n’avais pas d’autre choix que d’apporter mon bureau dans ma chambre d’hôpital.

Entendant le mot Loubavitch, le médecin se souvint soudain d’un épisode intéressant :

- Vous savez, puisque vous travaillez pour Loubavitch, je crois que je vous dois une histoire qui m’est arrivée avec le Rabbi. Voilà :

Je suis juif mais je n’ai pas été élevé dans la pratique du judaïsme. Je suis devenu docteur dans la marine américaine, surtout dans les bases situées dans l’océan pacifique.

Un jour, j’ai reçu un appel du Commandant de la base de Guam. De nombreux soldats tombaient mystérieusement malades de l’estomac et nul ne trouvait la raison de ces étranges maladies. « Deux choses l’une, m’avertit le commandant : soit nous découvrons la cause de ces maladies et les traitons soit nous cessons tout le programme ici et renvoyons les soldats chez eux, ce qui serait très fâcheux. Pouvez-vous nous aider ? ».

J’acceptai le défi, un défi professionnel de premier ordre, j’acceptai car personne ne trouvait le moindre indice capable de faire avancer l’enquête.

Avant de partir pour Guam, je passais à New York pour saluer ma mère. Elle dirigeait une affaire prospère et distribuait de grosses sommes à des institutions charitables et, en particulier, pour les nombreuses œuvres du Rabbi de Loubavitch. Quand je lui annonçai que je passerai par Brooklyn, elle me tendit une enveloppe à remettre personnellement au Rabbi.

Rétrospectivement, je la « soupçonne » d’avoir manigancé ce stratagème pour que je rencontre moi-même le Rabbi. Elle s’occupa de me trouver un rendez-vous - à trois heures du matin !

J’entrai alors dans le bureau du Rabbi. Il m’accueillit chaleureusement, me tendit la main et je plaçai l’enveloppe de ma mère sur le bureau. Il me regarda ou, plutôt, regarda en moi et me demanda quelles étaient mes préoccupations.

Je lui racontai la mystérieuse épidémie de Guam et comment la Marine américaine comptait sur moi pour en trouver la cause et le remède.

Le Rabbi prit une expression très sérieuse. Il appuya sur un bouton sur son bureau et un de ses secrétaires entra. Le Rabbi lui demanda d’apporter une règle, une feuille de papier millimétré et une carte de l’île de Guam. Quelques minutes plus tard, tout était sur sa table.

Puis, d’une étagère remplie de toutes sortes de livres, le Rabbi tira un manuel publié par l’Armée Navale américaine - un livre de référence pour les ingénieurs travaillant dans ce corps d’armée. Il le feuilleta, s’arrêta à la section détaillant les heures de coucher et lever de soleil ainsi que les horaires des marées autour de l’île de Guam. Il étudia ces données un moment en silence puis leva la tête et me fixa de son regard intense :

- Voici un indice à propos de cette maladie. Mais vous n’avez pas besoin de dévoiler la source de vos informations. (En d’autres termes, je n’étais pas obligé de signaler que c’était lui qui m’avait donné cet indice).

En s’aidant de la règle et de la carte, en tirant des lignes sur le papier millimétré, en calculant à une vitesse éclair les longitudes et latitudes et en notant différents détails, il entoura d’un cercle au crayon un endroit précis sur la carte et me tendit le papier : « Quand vous arriverez à Guam, allez ici, près de la plage. Il faut y aller à l’aube, quand la marée est au plus bas. Recueillez des échantillons de sable et faites-les analyser dans un laboratoire. Cela pourra vous aider dans vos recherches ! ».

Quand j’arrivai à Guam, l’enquête n’avait pas du tout avancé. Tous les scientifiques réquisitionnés se cassaient la tête sur les causes de cette épidémie et, en désespoir de cause, de nombreux soldats devaient être renvoyés chez eux.

Puis, une nuit, je me suis souvenu du papier encore plié dans la poche de mon manteau : « Pourquoi ne pas essayer ? ».

Très tôt le matin, je me suis rendu au point encerclé sur la carte et j’attendis que la marée recule un maximum. Je me baissai pour ramasser des échantillons de sable que je rapportai au laboratoire.

Les tests révélèrent qu’une toxine était déposée à marée basse par les coquillages qui restaient sur le sable et ce poison parvenait jusque dans les assiettes des soldats. Nous avions déniché le coupable !

Une fois ce mystère résolu, le commandement de l’armée proposa ma nomination pour un diplôme et une promotion pour services rendus à la patrie.

Mais pour moi, la véritable révélation n’était pas scientifique. Vous comprenez ‘Hanna, continua le docteur en s’adressant à la patiente restée bouche bée devant sa machine à écrire, cette rencontre, ce conseil du Rabbi m’ont complètement transformé. Je suis devenu un croyant ! ».

Le silence retomba dans l’hôpital...

Asharon Baltazar - COLlive
traduit par Feiga Lubecki

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