Chmarya naquit dans un kibboutz du Mapam - acronyme de Mifleget HaPoalim HaMeuchedet, le Parti de l’Union des Ouvriers - un mouvement sioniste d’extrême gauche farouchement opposé à tout ce qui était religieux. Fondé en 1948, ce kibboutz croyait en la victoire finale du communisme sur tous les fanatismes religieux et tous ses membres étaient fièrement athées.
De fait, Chmarya n’était pas intéressé par le judaïsme, n’avait jamais mis les pieds dans une synagogue, n’avait jamais assisté à un repas de Chabbat.
Intelligent et sportif, cet athlète était tout à fait digne d’entrer dans l’unité militaire d’élite de Tsahal (l’armée de Défense israélienne) : Sayeret Matkal, l’équivalent du Service britannique SAS. La rapidité de ses réflexes et son dévouement sans failles aux idéaux sionistes lui valurent l’appréciation de ses supérieurs. C’est à l’armée qu’il fit la connaissance de Binyamin Netanyahou, son capitaine avec qui il participa à de dangereuses missions secrètes et audacieuses.
Après son service militaire, ce beau jeune homme se rendit aux États-Unis. Vu ses prouesses au sein de l’armée, il trouva du travail dans les représentations militaires israéliennes, au consulat de Boston ainsi que dans les bureaux de la compagnie aérienne El Al où il contribua à l’amélioration de la sécurité.
Mais il en voulait plus. Donc en 1976, vu son physique avantageux, on lui proposa de devenir mannequin et l’idée lui plut. Cependant, pour ce travail, il lui fallait un visa étudiant pour rester aux États-Unis. Il s’inscrivit donc à l’université hébraïque de Boston. Cette université avait été fondée en 1912 et avait comme but de renforcer l’érudition juive au sein d’une institution académique de haut niveau.
Quelques mois auparavant, Rav ‘Haïm Porous et son épouse Ne’hama étaient arrivés dans cette « Capitale de la Nouvelle-Angleterre » pour servir la très ancienne communauté juive de Boston. Ils avaient entrepris de contacter les notables juifs de la ville et avaient ainsi rencontré le président de cette université, Dr Eli Grad. Celui-ci appréciait les activités du mouvement Loubavitch qu’il avait connu lors de ses études universitaires à Detroit, quand les émissaires du Rabbi l’avaient d’ailleurs aidé à obtenir une bénédiction du Rabbi. Il était donc heureux de pouvoir à son tour aider le nouveau couple Loubavitch qui s’était installé à Boston.
Il fut néanmoins surpris quand Rav Porous proposa qu’on lui permette de donner un cours de Tanya dans l’université. Il avait pensé que ce jeune rabbin serait sans doute juste intéressé à rencontrer des donateurs potentiels pour développer ses activités mais Dr Grad accepta volontiers la suggestion. Lors de la rentrée universitaire suivante, tout fut mis en place pour proposer aux étudiants l’option d’un cours de « philosophie juive classique ». Bien que ce cours ne fût qu’une option, il remporta immédiatement un franc succès, près d’un quart des étudiants s’inscrivirent, à la grande surprise du corps enseignant, au point qu’on décida de prolonger le cours lors du semestre suivant.
Alors qu’il enseignait ces profonds concepts ‘hassidiques, Rav Porous avait remarqué au fond de la salle un jeune étudiant israélien qui ne manifestait absolument aucun intérêt pour ce qu’il disait.
Puis vint la période des examens. Le jeune Israélien savait qu’il n’avait aucune chance de réussir aux examens généraux mais il en avait vraiment très besoin pour obtenir son visa étudiant. Il s’approcha alors du jeune rabbin barbu et lui expliqua son problème. Il était persuadé que celui-ci le recevrait froidement en haussant les épaules avec une formule du genre : « Je ne peux rien pour toi, tu n’avais qu’à... ». Mais il fut très surpris quand Rav Porous lui proposa une solution : écrire une thèse sur un sujet traité dans le Tanya.
Le Tanya est écrit en hébreu donc Chmarya estima que ce ne serait pas très compliqué pour lui puisque c’était sa langue maternelle. Il choisit d’écrire une thèse sur « les épreuves », la peine et la souffrance. Rav Porous lui indiqua les chapitres qui traitaient de ce sujet et lui laissa son numéro de téléphone personnel : « Au cas où tu aurais besoin d’éclaircissements... ».
Les semaines suivantes, Chmarya avait constaté que le sujet était bien plus coriace que ce qu’il avait cru et que la connaissance de l’hébreu ne suffisait pas pour comprendre le Tanya. Il discuta plusieurs fois avec son jeune professeur. Les contacts se firent de plus en plus chaleureux et amicaux. Lentement, à sa grande surprise, Chmarya découvrait la richesse et la puissance des enseignements du Tanya et de toutes les références citées dans ce livre, si petit mais dont chaque mot recèle une sagesse plurimillénaire.
Deux ans plus tard, Chmarya s’inscrivit dans une Yechiva. Il s’appliqua dans ses études de Torah avec la même diligence qu’il avait démontrée lors de son service militaire. Il obtint la Semi’ha, l’ordination rabbinique et devint un « Loubavitch à plein temps ».
En 1984, il retrouva à New York son commandant, Binyamin Netanyahou qui venait d’être nommé ambassadeur d’Israël à L’ONU et ce fut lui qui amena Bibi pour la première fois auprès du Rabbi (comme raconté dans la Sidra N° 28).
Yossef Zaklos - Chabad.org
traduit par Feiga Lubecki
