celle de l’approche de l’obscurité.
Et ici le Midrach pose une question rhétorique : laquelle de ces deux approches est-elle préférable ?
Il tire sa réponse du texte biblique : « D.ieu vit que la lumière était bonne. ». La conclusion indique donc que l’approche de la lumière est préférable. Quand bien même nous pourrions briser le mal en utilisant la tactique du mal lui-même, celle de la haine et de la colère, il est préférable de tenter de transformer le mal en utilisant la lumière et l’amour.
LE CŒUR DU TANYA
Rabbi Chnéor Zalman de Lyadi (le fondateur du mouvement ‘hassidique ‘Habad et un disciple proche de Rabbi Lévi Its’hak de Berditchev) jette un éclairage supplémentaire sur ce sujet, dans son œuvre célèbre, le Tanya. Sans se référer explicitement au Midrach, il écrit, dans le trente-deuxième chapitre du Tanya, que lorsqu’une personne utilise l’approche de l’amour dans la tentative de rapprocher un pécheur, même si elle échoue, elle a quand même accompli la Mitsva de l’amour du prochain.
La déduction évidente de ce qui précède est que si, par contre, l’on tente l’autre alternative, en accablant les fauteurs et en exprimant à leur égard de la haine et de la colère devant le mal qu’ils commettent, et que l’on échoue dans notre tentative de les corriger, nous n’avons rien accompli.
L’IMAGE DE MARQUE DU MOUVEMENT ‘HASSIDIQUE
Ce message porté par Rabbi Lévi Its’hak et par le Tanya constitue l’image de marque du mouvement ‘hassidique fondé par le Baal Chem Tov et éminemment représenté par Rabbi Lévi Its’hak lui-même. Dans tous ses agissements, même face aux Juifs les plus rebelles, il employait toujours une approche de lumière et d’amour. Il voyait toujours le bien chez tout le monde.
L’histoire classique que l’on rapporte pour décrire l’attitude de Rabbi Lévi Its’hak est celle où il voit un Juif fumer devant une synagogue, le jour de Yom Kippour.
Rabbi Lévi Its’hak s’approcha de lui, rempli d’amour, et suggèra que peut-être a-t-il oublié que c’est Yom Kippour.
Quand le Juif répond que non, il sait que c’est Yom Kippour, Rabbi Lévi Its’hak insiste :
« Peut-être ne sais-tu pas qu’il est interdit de fumer le jour le plus saint de l’année ? »
A nouveau, l’homme répond qu’il est tout à fait conscient de la gravité de l’interdiction.
Tous les débuts sont fondateurs. Cette idée est, sans doute, encore plus vraie quand il s’agit du début de ce qui forme le tissu même de la vie : une nouvelle année, comme un nouveau temps. De fait, nous avons vécu ces dernières semaines dans un état voisin de l’apesanteur. Passant de Roch Hachana en Yom Kippour puis de Yom Kippour en Souccot, en Chemini Atsérèt et en Sim’hat Torah, nous avons, pour ainsi dire, vu la vie comme une recherche spirituelle constante. Nous avons amassé les expériences du lien avec D.ieu sous des formes toujours diverses : de la plus solennelle austérité à l’allégresse la plus enthousiaste. Dans un tel contexte, il n’est guère étonnant que le monde, son vain tumulte et sa course sans but n’aient occupé qu’une place secondaire, dans l’esprit et dans l’âme de chacun.
Mais l’heure du retour a sonné. Les fêtes s’éloignent de jour en jour sur les pages de nos éphémérides et le monde réclame l’attention qui lui est due, avec toute l’insistance de la matérialité triomphante. Pourtant tout n’est pas encore dit. Il nous reste une œuvre importante à mener à bien. Tout frais sortis des grands rendez-vous du mois de Tichri, tout frais revenus du grand voyage spirituel qu’il a permis et de ses aventures, il nous faut à présent examiner les acquis du mois. Comme le commerçant du temps jadis qui se rendait à la foire pour y faire provision de tout ce qui lui serait nécessaire pendant le reste de l’année et qui, après s’être procuré tout ce qu’il pouvait, s’en retournait chez lui pour défaire ses paquets et prendre la mesure de ses réserves nouvelles, ainsi nous nous tenons aujourd’hui. Les fêtes nous ont permis d’accumuler les forces les plus grandes et d’en saisir les expressions multiples. Qui n’a pas ressenti l’effacement de son pauvre ego à Roch Hachana ou la crainte de D.ieu à Yom Kippour ? Qui n’a pas éprouvé la confiance en D.ieu à Souccot ou la joie qui brise les barrières à Sim’hat Torah ?
Le temps est venu de prendre pleine conscience que nous détenons tout cela en nous. Si le monde est bien présent, il doit, grâce à ces capacités renouvelées, devenir le lieu quotidien du service divin et non celui de l’oubli. Lorsque nous en sentirons le besoin, sachons que ces forces seront encore en nous et qu’il suffira d’y faire appel pour continuer d’agir, de construire et donner ainsi un sens à l’existence. Tout début est fondateur a-t-on dit... Décidément, l’année commence, tout reste à faire.⬢
