La nation juive naissante vient de quitter l’Égypte en peuple libre. Dans la description du voyage qui les mène hors de l’Égypte, la Torah mentionne ce qui semble être un détail de moindre importance :
« Moché emporta les ossements de Yossef avec lui, parce qu’il [Yossef] avait fait jurer ses frères en ces termes : ‘D.ieu se rappellera de façon certaine de vous et vous transporterez mes ossements d’ici avec vous.’ »
Pourquoi ce détail est-il souligné ici ?
Le Midrach nous éclaire en appliquant le verset, cité dans Les Proverbes : « un cœur sage prend les Mitsvot », à Moché qui s’occupa personnellement des ossements de Yossef.
Les commentateurs s’étonnent de ce qualificatif de « sage » employé pour définir l’implication de Moché dans cette Mitsva particulière. De quelle sagesse s’agit-il ici ? S’il y avait une qualité à souligner, sa piété, sa dévotion aux Mitsvot, son souci de la dignité de Yossef auraient été, semble-t-il, des termes plus adéquats. En quoi cette Mitsva était-elle un témoignage de sa sagesse ?
Les ossements et l’essence
Pour mieux comprendre la signification du fait que Moché s’occupa de transporter les ossements de Yossef, dans le contexte de l’Exode, il nous faut d’abord porter notre attention sur le mot hébreu pour « ossements » - « Atsamot ». Selon l’ouvrage de la Cabale « Megalé Amoukot », ce même mot peut avoir une autre signification : « l’essence ». Ainsi les termes « atsmot Yossef », que l’on traduit couramment par « les ossements de Yossef » peuvent être rendus par « l’essence de Yossef ». Moché ne transporta pas seulement les restes physiques de Yossef mais par cet acte, il emportait également l’essence de Yossef.
Qu’est-ce que l’essence de Yossef ?
S’il fallait décrire Yossef, les récits de la Torah, éclairés par la lumière de la Torah orale, préservée dans le Talmud, le Midrach et le Zohar, nous offrent une multitude de caractéristiques. Yossef était un enfant précoce, un brillant érudit, le préféré de son père, haï par ses frères, travailleur, beau (à l’extérieur et à l’intérieur), esclave, chef de l’administration pénitentiaire, tous ces traits émanant de sa profonde force morale et de son courage, de sa compassion, son intuition, son comportement noble, étant un dirigeant qui pardonne et qui nourrit.
Mais quelle était l’essence de Yossef ?
Le nom de Yossef
Le nom de Yossef reflétait son essence, parce que c’est dans notre nom hébreu que se trouve la source même de notre existence. La Torah nous dit que D.ieu créa le monde par Sa parole divine. Les forces de la création sont donc les lettres hébraïques. Chaque lettre représente une énergie divine qui possède des forces créatrices. Le nom hébreu exprime donc la force vitale de la personne ainsi nommée.
Que signifie le nom « Yossef » ?
La Torah explique que lorsque Ra’hel donna naissance à Yossef, son premier enfant après de longues années d’attente, elle l’appela « Yossef », déclarant : « Que D.ieu ajoute [Yossef] un autre fils pour moi ».
En d’autres termes, Yossef représente le désir d’augmenter le nombre d’enfants de la famille. Toute sa vie évoque le fait de faire grandir le Peuple juif.
Mais il y a encore plus que simplement augmenter quantitativement le nombre des Juifs. Le texte ne dit pas simplement : « Que D.ieu ajoute un fils ». Il insère le mot « autre », « un autre fils ». Le Tséma’h Tsédèk (le troisième Rabbi de ‘Habad) tire de ce mot additionnel la conclusion que le nom de Yossef, et donc son essence, sont liés à l’idéal de Yossef : celui de quelqu’un qui prend « un autre », c’est-à-dire une personne juive qui (s’) est exclue, qui se trouve en dehors du cercle du Peuple juif et la transforme en « fils », la fait pénétrer à l’intérieur du cercle.
L’essence de Yossef constitue un accroissement qualitatif. Non seulement essayons-nous d’augmenter notre nombre mais l’essor le plus grand se produit lorsque nous approchons un Juif qui nous semble perdu et que nous le ramenons parmi nous, dans le domaine de la sainteté.
Quand Moché prépara donc les Juifs pour le long périple qui les attendait dans le désert, comme cela est mentionné dans le verset précédent : « Moché conduisit le peuple le long d’une route tortueuse dans le désert... », il avait besoin de s’armer des qualités de Yossef, de son aptitude à transformer les situations les plus menaçantes et les défis les plus intimidants en « fils ».
Le voyage du Peuple juif à travers le désert s’applique à notre propre expérience en exil. Le désert est un lieu de mauvais augure et hostile, métaphore qui convient fort bien à l’exil. Nous avons besoin de prendre avec nous l’essence de Yossef et de ramener parmi nous chaque Juif, en lui apportant la lumière et la chaleur des Mitsvot, quel que soit l’itinéraire qu’il a pratiquant simplement un acte de piété.
La définition de « sagesse », selon le Talmud, indique quelqu’un qui est capable de voir ce que le futur apportera : « Qui est sage ? Celui qui voit le futur ».
Moché, sachant que le Peuple juif devrait traverser un long et douloureux exil, symbolisé par son voyage dans le désert, les y prépara en emportant l’essence de Yossef.
Quel que lointain et long soit cet exil, quelle que soit la distance à laquelle un Juif peut s’éloigner, Moché et tous les dirigeants juifs de chaque génération personnifient les traits de caractère de Yossef : se soucier de ces âmes perdues et les ramener chez elles pour qu’aucun Juif ne soit laissé derrière, quand le Machia’h nous sortira de l’exil.
