Vivre avec la Paracha: La Vie de Sarah
‘HAYÉ SARAH
Sarah meurt à l’âge de 127 ans et est enterrée dans la grotte de Ma’hpélah à ‘Hévron qu’Avraham a achetée à Ephron le Hittite pour quatre cents chékels d’argent.
Le serviteur d’Avraham, Eliézer, est envoyé à ‘Haran, avec des cadeaux, afin de trouver une femme pour Yits’hak. Au puits du village, Eliézer demande à D.ieu un signe : quand les jeunes filles arriveront au puits, il demandera de l’eau pour boire. Celle qui proposera d’abreuver également ses chameaux sera celle qui est destinée au fils de son maître.
Rivkah, la fille du neveu d’Avraham, Bethouël, apparaît au puits et réussit le « test ». Eliézer est invité dans sa maison où il relate à nouveau les événements du jour. Rivkah revient avec Eliézer en terre de Canaan où ils rencontrent Yits’hak, priant dans un champ. Yits’hak épouse Rivkah, l’aime et est consolé de la perte de sa mère.
Avraham prend une nouvelle épouse, Ketourah (Hagar) et engendre six autres fils mais Yits’hak est désigné comme son seul héritier. Avraham meurt à l’âge de 175 ans et est enterré, à côté de Sarah, par ses deux fils aînés, Yits’hak et Yichmaël.
LA VIE DE SARAH ?
Très peu de Parachiot portent le nom d’individus. La première est Noa’h, nommée à juste titre sur l’homme dont descend toute l’humanité. La seconde est celle de cette semaine, ‘Hayé Sarah : « La vie de Sarah ».
Lorsque nous parcourons cette Paracha, nous sommes frappés par le fait qu’elle n’évoque en aucune manière sa vie mais plutôt des événements qui sont plutôt liés à sa mort, à partir de ses funérailles. Cela commence par l’achat de l’endroit de sa sépulture et les négociations entre Avraham et Efron concernant l’achat de ce lieu.
Évoquer son enterrement est bien loin de décrire la vie d’une personne !
Dans le même ordre d’idées, la suite du récit se rapporte à des événements postérieurs à sa mort, y compris le remariage d’Avraham avec Ketourah !
Et pourtant, paradoxalement, cette Paracha s’appelle ‘Hayé Sarah, « la vie de Sarah » !
En réalité, tous les faits relatés ici, bien que s’étant produits après sa mort, sont la parfaite illustration de ce que fut sa vie.
LA CONCRÉTISATION DES VALEURS D’AVRAHAM
L’un des faits les plus marquants de la vie d’Avraham fut la promesse de D.ieu qu’il hériterait de la terre de Canaan. Cela ne se matérialisa pas durant la vie de Sarah. La première fois qu’Avraham prit réellement pleine possession d’une partie de la terre se produisit lorsqu’il acquit, à son plein tarif, la grotte de Ma’hpéla, pour en faire le lieu de sépulture de son épouse. La promesse de D.ieu selon laquelle la terre de Canaan reviendrait à Avraham et à sa progéniture ne se réalisa concrètement qu’après et en relation avec la mort de Sarah.
Voilà quel était le pouvoir de Sarah, et de toutes les femmes : concrétiser les idéaux d’Avraham.
De la même façon, le rejet d’Avraham de ses autres fils et l’héritage de ses biens uniquement légués à Yits’hak, comme on le voit ici, étaient le résultat de la vision et de la prévision de Sarah selon lesquelles tout l’héritage d’Avraham reviendrait exclusivement à Yits’hak.
Sarah avait planté la graine durant sa vie et finalement elle prit racine après sa mort. Durant sa vie, il n’était pas clair qu’Avraham adopterait sa perspective selon laquelle Yits’hak et Yichmaël n’étaient pas égaux et que seul Yits’hak devait être le bénéficiaire de l’héritage d’Avraham.
Avraham n’intériorisa, qu’après sa mort, sa vision incomparable, sa sensibilité et son discernement.
En fait, quand pouvons-nous jeter un regard global sur la vie de Sarah ? Quand nous observons les événements relatifs et postérieurs à sa mort.
LES TROIS FORCES DE SARAH
Si l’on jette un regard plus attentif sur la vie de Sarah, nous pouvons remarquer plusieurs caractéristiques.
Tout d’abord, Sarah était connue pour sa vision prophétique. En fait, le premier nom qui lui fut donné était Yiskah qui signifie « elle aura la vision ». Rachi explique qu’elle était visionnaire, par Inspiration Divine. Sa vision prophétique était si grande que D.ieu dit à Avraham : « Tout ce que Sarah te dira, écoute sa voix ». Rachi ajoute qu’en matière de prophétie, elle était supérieure à Avraham.
Elle était donc dotée d’une vision et d’une perspective extrêmement puissantes.
Par ailleurs, Sarah avait une maîtrise extraordinaire d’elle-même et de son environnement. Elle eut la force de combattre ceux qui voulaient la souiller dans le palais du pharaon. Le Zohar nous dit qu’Avraham ne s’inquiétait pas pour la sécurité de Sarah, quand elle fut enlevée dans le palais du pharaon, parce qu’il savait qu’elle résisterait à toutes les menaces. La Torah déclare : « D.ieu frappa Pharaon et sa maisonnée. » Rachi explique que Sarah donna l’ordre à un ange de frapper le pharaon. Elle avait le pouvoir sur les anges et sur les forces de la nature.
En outre, au début de la Paracha de cette semaine, la Torah sous-entend que toutes ses années furent également bonnes.
En réalité, elle eut une vie extrêmement difficile. Elle fit cependant preuve de tellement de résistance qu’elle put exercer le contrôle sur ses réactions et ses réponses aux vicissitudes de sa vie. Sa vie ressemblait à une route parsemée de bosses et d’ornières mais elle y voyagea comme sur un chemin plat et lisse.
L’aptitude de Sarah à aplatir la terre sur laquelle elle voyageait présageait le miracle qu’allait vivre le Peuple juif dans le désert, après la sortie d’Égypte. En effet, selon le Midrach, les Nuées de Gloire aplanissaient les collines et les montagnes.
Enfin, Sarah possédait le don de la perception et du discernement. Elle avait parfaitement perçu la différence entre Yichmaël et Yits’hak, dont Avraham ne prit conscience qu’après sa mort. Elle ne pouvait tolérer la possibilité que Yichmaël partage l’héritage avec Yits’hak.
LES TROIS NOMS DE SARAH
Ces trois visages de Sarah se reflètent dans les trois noms qui lui furent attribués.
Son premier nom, comme nous l’avons dit plus haut, était Yiskah. Il soulignait sa vision et son don prophétique.
Le second nom, Saraï, qui signifie « ma princesse », indique sa maîtrise sur les forces naturelles. Elle pouvait contrôler (« être la princesse ») non seulement elle-même mais aussi son environnement.
Enfin son troisième nom, Sarah, indique son niveau suprême de royauté. La royauté ne peut tolérer ce qui ne convient pas à une reine. La royauté exige l’excellence et abhorre les compromis. Quand la force de la royauté se révèle, les forces négatives disparaissent. Avraham lui-même était associé à la royauté mais Sarah constituait la véritable force derrière le trône. Le nom d’Avraham signifie « père d’une multitude de nations ». Il ne signifie pas « roi d’une multitude de nations » parce que sa puissance de royauté restait enfouie sous la surface de son approche paternelle. Aussi grand et saint que fût Avraham, il ne pouvait faire la différence entre ses fils. Livré à sa propre approche, il aurait dispensé vainement de l’énergie envers Yichmaël qui l’aurait gaspillée ou utilisée de façon impropre.
Yits’hak n’aurait alors pas reçu son dû et l’héritage d’Avraham au Peuple juif n’aurait pu se réaliser. Outre l’échec dans la transmission de ses valeurs et de son énergie au Peuple juif, il n’aurait pu non plus accomplir la mission Divine dans la Création du monde : faire à D.ieu une résidence dans ce monde. Réaliser ce dessein reposait sur les Patriarches qui pavèrent le chemin vers le Don de la Torah au mont Sinaï. Toutefois, le succès des Patriarches dépendait des Matriarches, et tout particulièrement de Sarah, qui avait le pouvoir de protéger et d’embellir les investissements d’Avraham.
LES TROIS MIRACLES DE SARAH
Ces trois aspects du personnage de Sarah renvoient à leur tour aux trois miracles qui se produisaient dans son foyer. Ces miracles cessèrent à sa mort mais refirent leur apparition lorsque Yits’hak épousa Rivkah.
Le premier miracle consistait en ce que ses lumières de Chabbat brûlaient d’un Chabbat à l’autre. Tout comme le miracle des lumières de ‘Hanoukah, ses lumières de Chabbat continuaient d’elles-mêmes à répandre de la lumière durant toute la semaine.
Le second miracle tenait à la bénédiction dans sa pâte pour faire les ‘Hallot.
Enfin, le troisième miracle se manifestait par une nuée au-dessus de sa tente, exprimant la Gloire Divine.
Ces trois miracles évoquent les trois domaines de la grandeur de Sarah : la lumière, la sainteté et la pureté qui à leur tour renvoient aux trois traits de vision, maîtrise et discernement.
La lumière est intimement liée à la vision. La force prophétique de Sarah, représentée par le nom Yiskah, est liée à la lumière et à la clarté de la vision.
La bénédiction dans sa pâte, liée à la Mitsva de séparer un morceau de pâte (la ‘Halla) et de le consacrer, par une bénédiction, est à l’image de sa vie de dévouement. En menant une vie conforme à la Volonté divine, on peut acquérir la maîtrise sur le monde matériel et naturel. Le miracle ici consistait en ce que même un tout petit morceau de pâte était suffisant, tout comme la manne que l’on collectait dans le désert et qui procurait toujours le nécessaire à manger.
La nuée qui planait au-dessus de la tente de Sarah indiquait que D.ieu aimait résider auprès d’elle car les influences négatives avaient été dissipées. Tout était pur.
SARAH ET LE MACHIA’H
Le rôle de Sarah était de contrecarrer le renversement occasionné par ‘Hava quand elle avait consommé et partagé le fruit interdit. Cette transgression avait occasionné le voilement de la lumière originelle, créée le premier jour de la Création, et qui donnait la possibilité de voir d’un bout du monde à l’autre. L’erreur de ‘Hava introduisit également la mort dans le monde, donnant à la nature le contrôle sur notre existence.
Sa consommation du fruit interdit de l’Arbre de la Connaissance initia un mélange confus de bien et de mal qui rend difficile le discernement entre les deux.
A partir de l’époque de ‘Hava, nous avons reçu le défi de renverser cette dynamique et de conduire le monde à l’Ère du Machia’h.
Les trois noms de Sarah, ses caractéristiques et ses miracles renversent les trois domaines qu’endommagea ‘Hava. Sarah fut la première à relever le déclin du monde.
LES TROIS FORCES DU MACHIA’H
Ces trois caractéristiques de Sarah sont des avant-goûts des accomplissements du Machia’h ; elles sont la manifestation de la royauté ultime.
Le Rambam (Maïmonide), dans sa description du Machia’h, écrit qu’il est « un prophète presqu’aussi grand que Moché ».
Cela est parallèle à la vision prophétique de Sarah. Le Machia’h enseignera la Torah à tout le monde, de façon visuelle car il est doté de la vision ultime.
Le Machia’h est décrit comme « celui qui monte un âne ». Le terme hébreu pour « âne » est « ‘Hamor », qui peut également se traduire par « matérialité ». Cette expression : « qui monte un âne » est expliquée par le Maharal de Prague comme une référence à sa maîtrise sur son propre corps et sur son environnement. Le Machia’h exerce le contrôle.
Le Machia’h combat également les influences négatives. Il réparera toutes les brèches et enlèvera toutes les influences négatives dans le monde. Il hérita cette aptitude de Sarah.
Quand les « Sarah » de notre propre génération reproduisent ces qualités de Sarah : la lumière, la sainteté et la pureté, elles préparent la route pour le Machia’h qui révélera ces traits de manière infiniment intense, en inaugurant le Rédemption Ultime.





