En ma qualité de rabbin, je suis aussi aumônier des hôpitaux.
Un jour, je reçus un appel d’une femme juive, Claudia qui était très malade. Elle n’avait fréquenté aucune synagogue et n’était affiliée à aucune organisation juive : personne ne lui rendait visite et je me rendis donc à son chevet.
J’étais un jeune rabbin, sans aucune expérience des choses de la vie (et de la mort). Pour recevoir mon diplôme, j’avais répondu à des questions pointues de cacherout ou de Chabbat mais comment ma science de la cachérisation de la viande avec de l’eau et du gros sel pourrait-elle aider cette pauvre femme ? Tout ce que je savais, c’est qu’avant de mourir, un Juif devrait réciter la prière la plus importante : je prononçai donc avec ferveur et à haute voix le Chema Israël en espérant qu’elle le répéterait avec moi.
Malheureusement, il n’y avait plus grand-chose à faire pour elle si ce n’est la préparer pour la fin. Elle avait un fils de deux ans, Greg et je promis à Claudia que je m’occuperai de lui pour le préparer à sa Bar Mitsva. Elle décéda quelques jours plus tard et j’officiai à son enterrement, un enterrement juif à mon grand soulagement : j’avais réussi après maintes négociations à éviter qu’elle soit incinérée.
Le père de Greg n’était pas juif bien qu’il ait accepté d’inscrire son fils à un jardin d’enfants de la communauté. Cependant, quand il se remaria avec une femme chrétienne, ce fut la fin de l’éducation juive de Greg qui fut inscrit dans une école baptiste, fut baptisé et élevé comme chrétien.
Malheureusement, le temps passa, j’étais si occupé avec ma communauté qui se développait rapidement que j’en oubliai ma promesse à Claudia.
Trente ans plus tard, alors que je donnai un cours à des prisonniers, l’un d’eux mentionna qu’il m’avait déjà vu une fois, lors de l’enterrement de sa belle-sœur, Claudia. Je me souvins alors à ma grande honte de ma promesse non-tenue et lui demandai les coordonnées de Greg qu’il me donna volontiers.
Penaud à vrai dire pour ma négligence, je téléphonai donc à Greg et, quand il m’entendit me présenter comme le « rabbin de sa défunte mère », il s’écria avec soulagement :
- J’attendais votre appel depuis si longtemps !
Il me raconta son enfance. Quand il était enfant, son grand-père maternel lui rendait parfois visite. Un jour, il remarqua que Greg portait un petit crucifix et fut choqué. Gentiment, il demanda à Greg de l’accompagner pour une promenade au cours de laquelle il lui expliqua calmement qu’il était juif puisque sa mère l’avait été et que le christianisme et les croix n’étaient pas pour lui. Greg l’écouta avec respect mais avait du mal à comprendre pourquoi il ne pouvait pas adhérer à ce qu’il avait toujours pratiqué toute sa vie.
A l’âge de 14 ans, Greg avait été préparé pour l’étape marquant sa « confirmation » ; à l’église, le prêtre le présenta, mentionnant devant l’assemblée le nom de sa mère. Quand Greg entendit le nom de sa mère, cela lui rappela aussi son grand-père et le bouleversa : il ressentit que tout ceci n’était pas pour lui. Greg avait toujours su qu’un rabbin avait promis à sa mère qu’il l’aiderait à célébrer sa Bar Mitsva. Il avait tenté de me retrouver mais sans succès. Depuis, il attendait mon appel !
A l’âge mûr de 32 ans, Greg mit les Téfilines pour la première fois, apprit à lire en hébreu et célébra enfin la Bar Mitsva qu’il avait attendue depuis si longtemps.
Maintenant, il fréquente régulièrement notre Beth ‘Habad, avec sa femme et leurs enfants, qui sont heureux de bénéficier, eux aussi, d’une bonne éducation juive.
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Rav Anchelle Perl
Mineola, New York
Traduit par Feiga Lubecki