Le Récit de la Semaine
Mosaic Express | July 12, 2024
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Le Récit de la Semaine

Mosaic Express | June 25, 2025

LE RECIT DE LA SEMAINE

Je suis responsable, outre mon rôle d’aumônier militaire, des activités pour les étudiants juifs de Toulouse (où j’ai été nommé Chalia’h du Rabbi en 1986 sous l’autorité de Rav Yossef Y. Matusof).

J’ai une fois reçu un coup de fil d’une maman très inquiète :

- Mon fils ‘Hagaï (nom d’emprunt) poursuit des études dans une des grandes écoles de Toulouse, m’informa-t-elle. Pouvez-vous l’inviter pour un Chabbat par exemple ou au moins le contacter ?

- Bien sûr, la rassurai-je, je suis là pour cela et je serais très heureux de le connaître !

Quelques jours plus tard, je téléphonai à ce jeune homme et l’invitai à passer Chabbat avec nous. Je lui donnai notre adresse et il accepta en précisant qu’il viendrait en métro.

- Je vous attendrai à la sortie du métro, ajoutai-je.

Ce vendredi soir, j’emmenai mes deux garçons et nous sommes allés attendre notre invité à la sortie du métro. Les enfants bavardaient gaiement en toute innocence tandis que nous attendions. Les gens qui sortaient de la station semblaient tous être d’un certain âge, des gens qui revenaient du travail et qui se hâtaient de rentrer chez eux. Le seul à se détacher du lot pour ainsi dire était un gaillard assez impressionnant, tout de noir vêtu. Son pantalon était bardé de chaînes de fer, il arborait des piercings sur chaque endroit possible et toutes sortes de bijoux de pacotille. Grimé dans le pur style satanique, il portait des bottes clinquantes de combat et avait une démarche décidée et conquérante.

- Non ! Ce n’est pas lui que j’attends ! Pas possible ! pensai-je sur le coup.

Mais si !

Il s’arrêta devant moi (moi aussi, j’étais reconnaissable, mais différemment, avec ma barbe et mon chapeau...) :

- Rav Sebag ?

Je repris mes esprits et compris que, ben oui, c’était lui !

Je l’accueillis aussi chaleureusement que ma surprise le permettait et nous avons pris le chemin de ma maison. Certainement les gens qui nous voyaient marcher côte à côte ne cachaient pas leur étonnement, pour ne pas dire qu’ils s’arrêtaient comme hypnotisés par ce spectacle surréaliste. Mes enfants avaient perdu toute envie de bavarder et se serraient contre moi, comme terrorisés à l’idée que cet étrange individu allait entrer dans leur maison. Discrètement, ils lui jetaient des coups d’œil anxieux tout en se pelotonnant contre moi.

Nous avions d’autres invités ce soir-là et je dirigeai le repas comme d’habitude : prières, chants, exposé sur la Paracha tandis que mes enfants racontaient ce qu’ils avaient appris à l’école juive cette semaine et une histoire sur le Rabbi. ‘Hagaï écoutait poliment, se comportait correctement puis prit congé en nous remerciant.

Une fois tous nos invités partis, ma femme respira enfin :

- Je crois que cette fois, Gabriel, tu as exagéré ! As-tu remarqué comment les enfants étaient terrifiés ? Ils ont à peine parlé, ils n’ont fait que répondre à tes questions du bout des lèvres et se serraient contre moi !

- Que veux-tu, répondis-je en levant les bras au ciel. C’est un Juif et nous devons l’aider ! Je l’avais promis à sa mère...

Quelques années plus tard, alors que je me rendais, comme chaque année aux États-Unis, dans la synagogue du Rabbi avec un groupe d’étudiants juifs français, un jeune homme barbu, portant la Kippa et étudiant avec assiduité un discours ‘hassidique m’aborda amicalement :

- Rav Sebag ! Quel plaisir de vous revoir ici. Je me souviens de la dernière fois que vous m’avez invité chez vous ! La meilleure soupe de poulet que j’ai jamais goûtée !

- Heureux de vous revoir ! Mais, euh... rappelez-moi quand vous êtes venu chez moi ?

- Je suis sûr que vous vous souvenez de moi. Et même vos enfants s’en souviennent certainement. Vous n’avez pas pu oublier toutes les chaînes et les piercings que je portais. Et le maquillage provoquant...

- Incroyable ! C’était donc vous ? répondis-je, ahuri, en admirant sa chemise blanche, son costume de Chabbat bien repassé...

- Eh oui ! Ma mère avait tellement insisté pour que je vous rende visite un Chabbat ! J’avais finalement cédé mais j’avais mis pour ainsi dire toutes les chances de mon côté pour que, horrifié, vous refusiez de me laisser entrer chez vous : des chaînes de fer, des vêtements déchirés, une démarche menaçante... Je voulais vous provoquer pour pouvoir annoncer à ma mère que j’avais fourni un effort, que je lui avais obéi mais que vous n’étiez pas aussi ouvert et accueillant qu’elle le croyait... Mais vous m’avez traité gentiment comme si de rien n’était, même si j’ai remarqué évidemment les regards angoissés de vos enfants. L’inspiration que vous avez communiquée ce Chabbat à tous les convives a eu un profond impact sur moi. J’ai décidé de creuser un peu plus dans mon propre jardin si on peut s’exprimer ainsi et je me suis enfin intéressé au judaïsme authentique. J’ai commencé à étudier sérieusement et maintenant, c’est moi qui enseigne dans une Yechiva !⬢

‘Haya Hazan au nom de Rav Gavriel Sebag
Illumi’Nations - COLlive
Traduit par Feiga Lubecki

LE RECIT DE LA SEMAINE

Je suis responsable, outre mon rôle d’aumônier militaire, des activités pour les étudiants juifs de Toulouse (où j’ai été nommé Chalia’h du Rabbi en 1986 sous l’autorité de Rav Yossef Y. Matusof).

J’ai une fois reçu un coup de fil d’une maman très inquiète :

- Mon fils ‘Hagaï (nom d’emprunt) poursuit des études dans une des grandes écoles de Toulouse, m’informa-t-elle. Pouvez-vous l’inviter pour un Chabbat par exemple ou au moins le contacter ?

- Bien sûr, la rassurai-je, je suis là pour cela et je serais très heureux de le connaître !

Quelques jours plus tard, je téléphonai à ce jeune homme et l’invitai à passer Chabbat avec nous. Je lui donnai notre adresse et il accepta en précisant qu’il viendrait en métro.

- Je vous attendrai à la sortie du métro, ajoutai-je.

Ce vendredi soir, j’emmenai mes deux garçons et nous sommes allés attendre notre invité à la sortie du métro. Les enfants bavardaient gaiement en toute innocence tandis que nous attendions. Les gens qui sortaient de la station semblaient tous être d’un certain âge, des gens qui revenaient du travail et qui se hâtaient de rentrer chez eux. Le seul à se détacher du lot pour ainsi dire était un gaillard assez impressionnant, tout de noir vêtu. Son pantalon était bardé de chaînes de fer, il arborait des piercings sur chaque endroit possible et toutes sortes de bijoux de pacotille. Grimé dans le pur style satanique, il portait des bottes clinquantes de combat et avait une démarche décidée et conquérante.

- Non ! Ce n’est pas lui que j’attends ! Pas possible ! pensai-je sur le coup.

Mais si !

Il s’arrêta devant moi (moi aussi, j’étais reconnaissable, mais différemment, avec ma barbe et mon chapeau...) :

- Rav Sebag ?

Je repris mes esprits et compris que, ben oui, c’était lui !

Je l’accueillis aussi chaleureusement que ma surprise le permettait et nous avons pris le chemin de ma maison. Certainement les gens qui nous voyaient marcher côte à côte ne cachaient pas leur étonnement, pour ne pas dire qu’ils s’arrêtaient comme hypnotisés par ce spectacle surréaliste. Mes enfants avaient perdu toute envie de bavarder et se serraient contre moi, comme terrorisés à l’idée que cet étrange individu allait entrer dans leur maison. Discrètement, ils lui jetaient des coups d’œil anxieux tout en se pelotonnant contre moi.

Nous avions d’autres invités ce soir-là et je dirigeai le repas comme d’habitude : prières, chants, exposé sur la Paracha tandis que mes enfants racontaient ce qu’ils avaient appris à l’école juive cette semaine et une histoire sur le Rabbi. ‘Hagaï écoutait poliment, se comportait correctement puis prit congé en nous remerciant.

Une fois tous nos invités partis, ma femme respira enfin :

- Je crois que cette fois, Gabriel, tu as exagéré ! As-tu remarqué comment les enfants étaient terrifiés ? Ils ont à peine parlé, ils n’ont fait que répondre à tes questions du bout des lèvres et se serraient contre moi !

- Que veux-tu, répondis-je en levant les bras au ciel. C’est un Juif et nous devons l’aider ! Je l’avais promis à sa mère...

Quelques années plus tard, alors que je me rendais, comme chaque année aux États-Unis, dans la synagogue du Rabbi avec un groupe d’étudiants juifs français, un jeune homme barbu, portant la Kippa et étudiant avec assiduité un discours ‘hassidique m’aborda amicalement :

- Rav Sebag ! Quel plaisir de vous revoir ici. Je me souviens de la dernière fois que vous m’avez invité chez vous ! La meilleure soupe de poulet que j’ai jamais goûtée !

- Heureux de vous revoir ! Mais, euh... rappelez-moi quand vous êtes venu chez moi ?

- Je suis sûr que vous vous souvenez de moi. Et même vos enfants s’en souviennent certainement. Vous n’avez pas pu oublier toutes les chaînes et les piercings que je portais. Et le maquillage provoquant...

- Incroyable ! C’était donc vous ? répondis-je, ahuri, en admirant sa chemise blanche, son costume de Chabbat bien repassé...

- Eh oui ! Ma mère avait tellement insisté pour que je vous rende visite un Chabbat ! J’avais finalement cédé mais j’avais mis pour ainsi dire toutes les chances de mon côté pour que, horrifié, vous refusiez de me laisser entrer chez vous : des chaînes de fer, des vêtements déchirés, une démarche menaçante... Je voulais vous provoquer pour pouvoir annoncer à ma mère que j’avais fourni un effort, que je lui avais obéi mais que vous n’étiez pas aussi ouvert et accueillant qu’elle le croyait... Mais vous m’avez traité gentiment comme si de rien n’était, même si j’ai remarqué évidemment les regards angoissés de vos enfants. L’inspiration que vous avez communiquée ce Chabbat à tous les convives a eu un profond impact sur moi. J’ai décidé de creuser un peu plus dans mon propre jardin si on peut s’exprimer ainsi et je me suis enfin intéressé au judaïsme authentique. J’ai commencé à étudier sérieusement et maintenant, c’est moi qui enseigne dans une Yechiva !⬢

‘Haya Hazan au nom de Rav Gavriel Sebag
Illumi’Nations - COLlive
Traduit par Feiga Lubecki

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