Une analyse approfondie de la manière dont Moché réprimandait les Juifs révèle qu’il ne les blâmait pas de manière frontale. Au contraire, il faisait subtilement allusion à leurs erreurs passées. Cependant, vers la fin de Devarim, à l’approche des fêtes de Roch Hachana et de Yom Kippour, périodes consacrées à l’introspection et à la repentance, le ton de la réprimande de Moché devient nettement plus sévère.
Pour saisir la distinction entre le caractère voilé et subliminal de la réprimande dans Devarim et le ton beaucoup plus direct et incisif des portions de la Torah à partir de Ki Tavo, il est essentiel tout d’abord de comprendre la différence entre Yom Kippour et Ticha BéAv. Ces deux journées consistent en un jeûne complet dépassant vingt-quatre heures, destinées à inciter une réflexion sérieuse sur l’existence, à transformer nos comportements indésirables et à favoriser une amélioration personnelle, quel que soit notre degré initial d’excellence morale.
En effet, Ticha BéAv, jeûne institué par les autorités rabbiniques, puise ses racines dans le jeûne biblique de Yom Kippour. Cette observation s’inscrit dans le principe général exposé dans le Tanya selon lequel toutes les Mitsvot d’ordre rabbiniques trouvent leur origine et sont subordonnées à leur équivalent biblique.
Malgré les similitudes apparentes, des différences notables distinguent ces deux journées.
Qui pourrait manger ? Et qui voudrait manger ?
Rabbi Lévi Yits’hak de Berditchev observa qu’il n’était en réalité pas nécessaire que la Torah nous ordonne de jeûner lors de ces deux jours, car : « Le 9 Av, qui pourrait manger ? Et le jour de Kippour, qui voudrait manger ? »
Lors de Yom Kippour, notre état s’apparente à celui des anges ; nous transcendons le monde matériel. Ainsi, nos âmes perdent leur appétit pour la nourriture physique et aspirent plutôt à une alimentation spirituelle. Entendre une réprimande sévère divine adressée au corps grossier constitue en vérité une mélodie aux oreilles de l’âme, celle-ci étant également révoltée par l’obsession du corps pour la matérialité. C’est pourquoi, à l’approche des Grandes Fêtes, nous sommes davantage réceptifs au message de la Torah et D.ieu peut alors abandonner Sa délicatesse habituelle pour nous reprocher avec plus de franchise nos manquements spirituels. Pour une âme sensibilisée, comme c’est le cas durant les fêtes solennelles, les paroles de reproche ne provoquent ni offense ni humiliation ; elles renforcent et élèvent l’âme.
En revanche, lors du 9 Av, nous sommes accablés par le souvenir des souffrances collectives endurées par notre peuple. Si l’on ne ressent pas l’envie de manger ce jour-là, ce n’est généralement pas parce que l’on transcende le besoin physique mais plutôt parce que la détresse est trop profonde pour permettre toute consommation alimentaire.
Cette distinction explique également pourquoi la réprimande divine dans la Paracha hebdomadaire Devarim se présente sous une forme subtile et atténuée : en cette période où la souffrance nationale domine, un discours sévère serait insupportable. Au contraire, il convient d’éprouver l’étreinte chaleureuse du Père Céleste ; ses paroles critiques envers nos défaillances doivent être perçues comme empreintes d’un amour profond.
Réprimande empreinte d’amour
A l’approche de Ticha BéAv, il est impératif de garder à l’esprit que nos échanges avec nos coreligionnaires doivent être imprégnés de respect et d’affection. Bien qu’il soit indéniablement nécessaire d’assumer notre devoir d’informer autrui de ses manquements afin qu’ils puissent être corrigés, cette démarche doit, particulièrement en cette période, s’accompagner d’une grande délicatesse. Cette approche prévient non seulement les dommages potentiels résultant d’une attitude plus rigide, mais elle augmente également significativement les chances de succès.
Préparation à la fête future
Par ailleurs, une promesse nous est faite selon laquelle, aux jours du Machia’h, toutes les journées de jeûne, notamment celle de Ticha BéAv, seront transformées en jours de festin et de réjouissance. Il est donc raisonnable de conclure que la meilleure manière de se préparer à cette dimension positive et joyeuse de Ticha BéAv consiste à privilégier une approche constructive et encourageante pour accompagner nos frères dans leur épanouissement spirituel.