Le quartier juif de Casablanca au Maroc : les rues étaient vides ; la chaleur écrasante n’encourageait pas les habitants à sortir. Cependant, un touriste se promenait justement, arpentant les ruelles, observant attentivement les maisons typiques qui avaient traversé les générations. On aurait dit qu’il tentait d’écouter les voix de l’histoire qui provenaient de chaque mur, de chaque pierre.
«Entrez ! Venez, je vous en prie, compléter le Minyane pour une Brit Mila !»
Intrigué, le touriste se retourna : un Juif marocain souriant l’attendait sur le pas de sa porte. Passé le premier moment d’étonnement, il répondit : «Avec plaisir !»
Assister à une Brit Mila est un grand honneur et une Mitsva importante. De plus, il pourrait ainsi s’imprégner de l’ambiance et des coutumes d’une communauté qu’il ne connaissait pas et qu’il recherchait justement.
Dans la petite maison, neuf hommes l’attendaient et l’accueillirent avec soulagement. Chacun tenait à serrer la main de l’inconnu qui avait comme été envoyé du Ciel.
Durant les derniers préparatifs, l’invité remarqua la photo du Rabbi de Loubavitch posée sous la tête du nourrisson qui dormait paisiblement dans son berceau. Etonné, l’invité qui était un ‘Hassid de Loubavitch se tourna vers le père de l’enfant pour lui demander pourquoi la photo du Rabbi était posée sous la tête de l’enfant ? Mais l’homme lui fit un signe entendu : «Tout à l’heure ! Je vous expliquerai tout pendant le repas qui suivra !»
Après avoir accueilli avec les chants traditionnels Eliahou Hanavi, le prophète Elie qui est présent à chaque Brit Mila, le Mohel effectua avec soin la Brit Mila et tous les convives s’écrièrent Mazal Tov tout en souhaitant à l’enfant et à ses parents de longues années de bonheur en bonne santé et dans la largesse. Très ému, le père remerciait chacun d’avoir participé à cette joie si particulière.
Tous se lavèrent les mains rituellement, prononcèrent les bénédictions et entamèrent le repas. C’est alors que le père se leva et raconta : «Notre honorable invité surprise m’a demandé pourquoi la photo d’un Tsaddik, d’un Juste, se trouve dans le berceau de mon bébé. C’est pour moi une obligation des plus agréables que de vous raconter ce qui s’est passé.
«Cela fait dix-sept ans que je suis marié et jusqu’à présent, nous n’avions pas d’enfant. Nous avons consulté des médecins, des spécialistes en tous genre et même à l’étranger ; nous avons demandé les bénédictions de grands Sages et de grands rabbins mais sans résultat.
Un jour, j’entendis quelqu’un évoquer la sainteté de Rabbi Chimone Bar Yo’haï. Instinctivement, je ressentis que de lui viendrait ma délivrance. Je décidai donc d’acquérir sa photo et de la fixer sur le mur de la salle à manger : certainement ce portrait du Tsaddik apporterait la bénédiction dans notre foyer.
«Il n’existe pas de photo de Rabbi Chimone Bar Yo’haï !» s’exclama le commerçant dans le magasin d’objets de culte. «Cela ne peut d’ailleurs pas exister !» insista-t-il.
Mais j’étais tellement obsédé par cela que je m’entêtai : «Je veux une photo de Rabbi Chimone Bar Yo’haï !»
Lassé par ma demande, le commerçant ouvrit un tiroir et me proposa la photo d’un autre Tsaddik : «Prenez cette photo ! C’est aussi un grand Tsaddik, quelqu’un d’aussi important que Rabbi Chimone Bar Yo’haï !» J’ai regardé le visage souriant, rayonnant de bonté et d’enthousiasme... Sans hésiter, j’ai acheté la photo et, fou de joie, je suis rentré à la maison et je l’ai suspendue au mur.
«Mes amis ! continua-t-il, la voix nouée par l’émotion. Il s’est passé exactement un an et voici ! Notre fils est né, notre premier-né ! Pour moi il n’y a aucun doute ! C’est à ce Tsaddik que nous devons la bénédiction. De fait, j’ignore de qui il s’agit, mais je suis sûr que c’est grâce à son intervention et à ses prières que nous fêtons aujourd’hui la Brit Mila de notre fils. Et c’est la raison pour laquelle j’ai placé sa photo dans le berceau : il l’a fait naître, il le protègera, il le fera réussir ! »
Le ‘Hassid qui s’était trouvé «par hasard» au bon moment au bon endroit n’était pas moins étonné.
Une fois de plus, il était témoin direct des miracles du Rabbi, des miracles qui se multipliaient dans tous les coins du monde et desquels certains n’étaient même pas publiés.
Il expliqua à ses hôtes qui était le Tsaddik grâce auquel ils fêtaient cette naissance tant attendue. Sans sa présence inopinée dans le quartier juif de Casablanca, un des innombrables miracles du Rabbi n’aurait jamais été connu.
«Au fait, expliqua-t-il, Rabbi Chimone Bar Yo’haï a vécu au second siècle de l’ère commune... Maintenant vous comprenez pourquoi nul ne possède de photo de lui !»
Menachem Zigelbaum - Sipouro Chel ‘Hag traduit par Feiga Lubecki
