Le Recit de la Semaine
Mosaic Express | September 20, 2024
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Le Recit de la Semaine

Mosaic Express | June 27, 2025

« En ce jour de Roch Hachana, ils sont écrits et à Yom Kippour, ils sont scellés. Combien décéderont et combien seront créés, qui vivra et qui mourra, qui atteindra la fin et qui ne l’atteindra pas, qui par l’eau et qui par le feu, qui par le glaive et qui par la bête sauvage, qui par la faim et qui par la soif, qui par la tempête et qui par l’épidémie, qui sera pauvre et qui sera riche... ».

Cette prière que Rabbi Amnon rédigea il y a plus de mille ans a été cruellement ressentie en cette année 5784 ; les survivants du massacre du 7 octobre ont dû s’occuper des blessés et des enterrements. La charge émotionnelle des responsables spirituels qui devaient « gérer » dans l’urgence ces situations était et est encore insupportable.

« Lors de nombreux enterrements, on m’a demandé d’adresser quelques mots à la famille. J’ai dû procéder aux funérailles de jeunes que j’avais connus, qui fréquentaient notre synagogue ; j’ai dû enterrer le même jour un père et son fils... Une situation que je ne souhaite à personne, les mots ont du mal à sortir de la bouche, les larmes coulent à flot et l’émotion est si forte qu’on craint d’éclater sous la douleur.

J’ai alors décidé de changer un peu la direction de mon discours et j’ai raconté ce qui a été consigné dans le Séfer Hasi’hot de Rabbi Yossef Its’hak en 1945. Comme on le sait, les Juifs russes ont été soumis au 19ème siècle au terrible décret des Cantonistes : des jeunes gens, des enfants même étaient kidnappés et enrôlés de force dans l’armée russe pour une durée de 25 ans. Arrachés à leurs familles, ces recrues ne connaissaient presque rien du judaïsme, étaient traités durement et même torturés mais, souvent, ils tenaient néanmoins à conserver un lien avec les traditions de leurs familles.

Une année, la veille de Roch Hachana, quelques-uns de ces soldats se retrouvèrent stationnés près du village de Loubavitch. Ils demandèrent au Rabbi Tséma’h Tsédek de les rejoindre dans leur campement pour les inspirer et les encourager. Ils lui réservèrent un accueil respectueux et déclarèrent :

- Rabbi ! Nous avons travaillé dur en votre honneur : nous avons poli avec acharnement les boutons de nos uniformes. Maintenant, c’est à vous de travailler pour nous et c’est à vous de polir et de frotter nos âmes qui ont vécu tant d’horreurs, qui n’ont pas pu étudier et pratiquer, qui ont été si abîmées dans cet exil au sein de l’exil !

Les soldats éclatèrent en sanglots en pensant à tout ce qu’ils avaient enduré durant de si longues années, en pensant à leurs parents qu’ils ne reverraient plus et qui étaient morts de chagrin. Même leur avenir était compromis, eux qui avaient été blessés et estropiés...

Rabbi Yossef Its’hak souligne qu’effectivement, les soldats avaient frotté énergiquement leurs boutons tout en récitant par cœur les quelques chapitres de Psaumes dont ils se souvenaient de leur enfance.

Très ému lui aussi, le Rabbi Tséma’h Tsédek répondit :

- Pour faire briller les boutons, on les frotte avec du sable et de l’eau. Le sable, ce sont les lettres des Tehilim (Psaumes). L’eau, ce sont les larmes qui nettoient et purifient. Aujourd’hui, nous sommes la veille de Roch Hachana et chacun d’entre nous doit effacer ses fautes et faire briller sa véritable personnalité grâce aux versets des Tehilim et grâce aussi à nos larmes venues du plus profond de notre âme.

Les soldats répliquèrent :

- Rabbi ! On ne conquiert pas une ville avec des larmes et du chagrin mais avec un chant d’espoir et de victoire !

Quand j’eus fini de raconter cette histoire, je levai la tête vers la famille devant moi et j’ajoutai :

- Malgré toutes les difficultés, malgré la peine et l’horreur, il nous est demandé de sécher nos larmes et de chanter un chant de victoire. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons triompher de ce mal absolu. Souvenons-nous toujours de ce que déclarait le Rabbi : la question n’est pas de savoir ce qui va se passer mais comment et en quoi nous pouvons agir.

Après la sidération des premiers jours qui ont suivi le pogrome, nombreux sont ceux qui ont cherché à se procurer des livres de Torah, qui ont acheté une lettre dans un Séfer Torah, qui ont demandé le livre de ‘Hitat en microfilm en guise de protection. Le désespoir a fait place à la détermination de vaincre - par l’union et la joie car Am Israël ‘Hay, le peuple juif vit !⬢

Rav Lior

Traduit par Feiga Lubecki

« En ce jour de Roch Hachana, ils sont écrits et à Yom Kippour, ils sont scellés. Combien décéderont et combien seront créés, qui vivra et qui mourra, qui atteindra la fin et qui ne l’atteindra pas, qui par l’eau et qui par le feu, qui par le glaive et qui par la bête sauvage, qui par la faim et qui par la soif, qui par la tempête et qui par l’épidémie, qui sera pauvre et qui sera riche... ».

Cette prière que Rabbi Amnon rédigea il y a plus de mille ans a été cruellement ressentie en cette année 5784 ; les survivants du massacre du 7 octobre ont dû s’occuper des blessés et des enterrements. La charge émotionnelle des responsables spirituels qui devaient « gérer » dans l’urgence ces situations était et est encore insupportable.

« Lors de nombreux enterrements, on m’a demandé d’adresser quelques mots à la famille. J’ai dû procéder aux funérailles de jeunes que j’avais connus, qui fréquentaient notre synagogue ; j’ai dû enterrer le même jour un père et son fils... Une situation que je ne souhaite à personne, les mots ont du mal à sortir de la bouche, les larmes coulent à flot et l’émotion est si forte qu’on craint d’éclater sous la douleur.

J’ai alors décidé de changer un peu la direction de mon discours et j’ai raconté ce qui a été consigné dans le Séfer Hasi’hot de Rabbi Yossef Its’hak en 1945. Comme on le sait, les Juifs russes ont été soumis au 19ème siècle au terrible décret des Cantonistes : des jeunes gens, des enfants même étaient kidnappés et enrôlés de force dans l’armée russe pour une durée de 25 ans. Arrachés à leurs familles, ces recrues ne connaissaient presque rien du judaïsme, étaient traités durement et même torturés mais, souvent, ils tenaient néanmoins à conserver un lien avec les traditions de leurs familles.

Une année, la veille de Roch Hachana, quelques-uns de ces soldats se retrouvèrent stationnés près du village de Loubavitch. Ils demandèrent au Rabbi Tséma’h Tsédek de les rejoindre dans leur campement pour les inspirer et les encourager. Ils lui réservèrent un accueil respectueux et déclarèrent :

- Rabbi ! Nous avons travaillé dur en votre honneur : nous avons poli avec acharnement les boutons de nos uniformes. Maintenant, c’est à vous de travailler pour nous et c’est à vous de polir et de frotter nos âmes qui ont vécu tant d’horreurs, qui n’ont pas pu étudier et pratiquer, qui ont été si abîmées dans cet exil au sein de l’exil !

Les soldats éclatèrent en sanglots en pensant à tout ce qu’ils avaient enduré durant de si longues années, en pensant à leurs parents qu’ils ne reverraient plus et qui étaient morts de chagrin. Même leur avenir était compromis, eux qui avaient été blessés et estropiés...

Rabbi Yossef Its’hak souligne qu’effectivement, les soldats avaient frotté énergiquement leurs boutons tout en récitant par cœur les quelques chapitres de Psaumes dont ils se souvenaient de leur enfance.

Très ému lui aussi, le Rabbi Tséma’h Tsédek répondit :

- Pour faire briller les boutons, on les frotte avec du sable et de l’eau. Le sable, ce sont les lettres des Tehilim (Psaumes). L’eau, ce sont les larmes qui nettoient et purifient. Aujourd’hui, nous sommes la veille de Roch Hachana et chacun d’entre nous doit effacer ses fautes et faire briller sa véritable personnalité grâce aux versets des Tehilim et grâce aussi à nos larmes venues du plus profond de notre âme.

Les soldats répliquèrent :

- Rabbi ! On ne conquiert pas une ville avec des larmes et du chagrin mais avec un chant d’espoir et de victoire !

Quand j’eus fini de raconter cette histoire, je levai la tête vers la famille devant moi et j’ajoutai :

- Malgré toutes les difficultés, malgré la peine et l’horreur, il nous est demandé de sécher nos larmes et de chanter un chant de victoire. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons triompher de ce mal absolu. Souvenons-nous toujours de ce que déclarait le Rabbi : la question n’est pas de savoir ce qui va se passer mais comment et en quoi nous pouvons agir.

Après la sidération des premiers jours qui ont suivi le pogrome, nombreux sont ceux qui ont cherché à se procurer des livres de Torah, qui ont acheté une lettre dans un Séfer Torah, qui ont demandé le livre de ‘Hitat en microfilm en guise de protection. Le désespoir a fait place à la détermination de vaincre - par l’union et la joie car Am Israël ‘Hay, le peuple juif vit !⬢

Rav Lior

Traduit par Feiga Lubecki

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