Le TikTok Rav
Mosaic Express | September 12, 2025
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Le TikTok Rav

Mosaic Express | December 10, 2025

LE RECIT DE LA SEMAINE

LE TIKTOK RAV

Dernièrement, j’ai dû officier à l’enterrement d’un membre de notre communauté. Il y avait là ses amis, des membres de sa famille et Jake, un capitaine de la marine en uniforme qui prononça un discours. Alors que je l’écoutais, quelqu’un me tapa gentiment sur l’épaule et me signala en chuchotant que le capitaine était catholique mais était né juif.

Après la cérémonie, je m’approchai de Capitaine Jake et me présentai tout en lui demandant :

- Etes-vous juif ?

- Plus maintenant, répondit-il avec assurance. Il y a des années, j’étais sur le point de mourir. Le personnel de l’hôpital m’informa avec tact que mes heures étaient comptées : on me proposa même de parler avec un aumônier. Bien sûr, je demandai à voir un rabbin. Quelques instants plus tard, les infirmières revinrent et m’annoncèrent tristement qu’aucun rabbin n’était disponible. Par contre, un aumônier catholique était présent et j’acceptai de le rencontrer.

Il était calme et compatissant. Il me rassura, prononça quelques prières avec moi puis me conseilla d’affirmer ma foi en sa divinité et son sauveur. Je lui étais si reconnaissant de ne pas m’avoir laissé seul pour mes « derniers instants » que j’acceptai tout ce qu’il me proposa.

Vous pouvez penser ce que vous voulez mais, après cela, je me suis remis ! Et depuis, je suis devenu un fervent catholique !

Atlantic City, vous connaissez ? Une ville célèbre pour ses nombreux casinos et autres attractions pour joueurs invétérés. C’est dans cette ville que mes parents sont arrivés dans les années 80, en lançant une autre sorte de pari ; un peu particulier : renforcer la communauté juive. Celle-ci était déjà organisée, avec une synagogue et une école juive. Mes parents se chargèrent de vivifier ce qui devait l’être et de compléter les structures manquantes comme le Mikvé (bain rituel), des activités pour la jeunesse, des cours de Torah etc. - tout cela dans le plus grand respect pour les institutions déjà en place. J’accompagnai mon père quand il présentait une fabrique de Matsot devant les enfants et il m’arriva même une fois de le remplacer devant toute une classe d’enfants de cinq ans, au pied levé, quand il dut partir précipitamment pour une urgence. Oui, les enfants de Chlou’him (émissaires du Rabbi) se doivent d’être précoces !

Par la suite, je me suis passionné pour la production de courts métrages et j’eus ainsi l’occasion de travailler avec de nombreux Chlou’him qui racontaient des anecdotes intéressantes et inspirantes. Petit à petit, ceci me donna l’envie de partager leur aventure et, après notre mariage, nous nous sommes installés en tant que Chlou’him nous-mêmes à Ventnor, dans le New Jersey, non loin de chez mes parents.

Quand éclata la crise du Covid, je retournai à ma première passion et commençai des cours sur Facebook Live : moi qui croyais parler devant une vingtaine de personnes, je me rendis compte qu’en fait, mes vidéos circulaient et que j’avais plus de 500 spectateurs ! Je continuai avec Instagram et même Twitch (bien que je ne connaisse rien au monde des paris en ligne) et je comptabilise maintenant plus de 450 000 followers. Par contre, je ne compte plus le nombre de Chlou’him qui m’ont appris que des Juifs sont entrés pour la première fois dans leurs Beth ‘Habad (centres communautaires) après avoir visionné mes vidéos. (Cependant, j’interdis à mes propres enfants de posséder des comptes sur ces médias).

- Avez-vous déjà célébré votre Bar Mitsva ? lui demandai-je.

- Non, admit-il. J’ai toujours su que j’étais juif mais nous n’étions pas très actifs dans la communauté juive...

- Il n’est jamais trop tard, affirmai-je tout en tirant mes Téfilines de leur pochette. Venez, mettons les Téfilines maintenant et célébrez votre Bar Mitsva.

- Monsieur le rabbin ! Vous avez entendu mon histoire, je ne suis plus juif, cela ne m’intéresse pas !

J’étais bouleversé. Voici une âme juive perdue qui s’était accrochée à la première expérience spirituelle venue qui avait fait preuve de bienveillance envers lui. Aucun rabbin n’avait été disponible quand il en avait eu le plus besoin. Je ne voulais pas être le prochain rabbin à le laisser de côté. J’ignore d’où me sont venus les mots suivants :

- Vous savez, celui en qui vous croyez maintenant était juif ! Il est évident qu’il mettait les Téfilines tous les jours ! Ce ne serait pas une contradiction avec votre nouvelle foi si vous les mettiez aussi !

- Euh... balbutia-t-il. Je suppose que vous avez raison. Je n’avais jamais vu cela ainsi...

Il tendit son bras tout tatoué et je l’ai aidé à mettre les Téfilines pour la première fois de sa vie, non loin du cimetière où on venait d’enterrer son ami... Ses larmes maintenant étaient celles d’un jeune garçon ému de célébrer enfin sa Bar Mitsva...

Rav Avrohom Rapoport
Traduit par Feiga Lubecki

LE RECIT DE LA SEMAINE

LE TIKTOK RAV

Dernièrement, j’ai dû officier à l’enterrement d’un membre de notre communauté. Il y avait là ses amis, des membres de sa famille et Jake, un capitaine de la marine en uniforme qui prononça un discours. Alors que je l’écoutais, quelqu’un me tapa gentiment sur l’épaule et me signala en chuchotant que le capitaine était catholique mais était né juif.

Après la cérémonie, je m’approchai de Capitaine Jake et me présentai tout en lui demandant :

- Etes-vous juif ?

- Plus maintenant, répondit-il avec assurance. Il y a des années, j’étais sur le point de mourir. Le personnel de l’hôpital m’informa avec tact que mes heures étaient comptées : on me proposa même de parler avec un aumônier. Bien sûr, je demandai à voir un rabbin. Quelques instants plus tard, les infirmières revinrent et m’annoncèrent tristement qu’aucun rabbin n’était disponible. Par contre, un aumônier catholique était présent et j’acceptai de le rencontrer.

Il était calme et compatissant. Il me rassura, prononça quelques prières avec moi puis me conseilla d’affirmer ma foi en sa divinité et son sauveur. Je lui étais si reconnaissant de ne pas m’avoir laissé seul pour mes « derniers instants » que j’acceptai tout ce qu’il me proposa.

Vous pouvez penser ce que vous voulez mais, après cela, je me suis remis ! Et depuis, je suis devenu un fervent catholique !

Atlantic City, vous connaissez ? Une ville célèbre pour ses nombreux casinos et autres attractions pour joueurs invétérés. C’est dans cette ville que mes parents sont arrivés dans les années 80, en lançant une autre sorte de pari ; un peu particulier : renforcer la communauté juive. Celle-ci était déjà organisée, avec une synagogue et une école juive. Mes parents se chargèrent de vivifier ce qui devait l’être et de compléter les structures manquantes comme le Mikvé (bain rituel), des activités pour la jeunesse, des cours de Torah etc. - tout cela dans le plus grand respect pour les institutions déjà en place. J’accompagnai mon père quand il présentait une fabrique de Matsot devant les enfants et il m’arriva même une fois de le remplacer devant toute une classe d’enfants de cinq ans, au pied levé, quand il dut partir précipitamment pour une urgence. Oui, les enfants de Chlou’him (émissaires du Rabbi) se doivent d’être précoces !

Par la suite, je me suis passionné pour la production de courts métrages et j’eus ainsi l’occasion de travailler avec de nombreux Chlou’him qui racontaient des anecdotes intéressantes et inspirantes. Petit à petit, ceci me donna l’envie de partager leur aventure et, après notre mariage, nous nous sommes installés en tant que Chlou’him nous-mêmes à Ventnor, dans le New Jersey, non loin de chez mes parents.

Quand éclata la crise du Covid, je retournai à ma première passion et commençai des cours sur Facebook Live : moi qui croyais parler devant une vingtaine de personnes, je me rendis compte qu’en fait, mes vidéos circulaient et que j’avais plus de 500 spectateurs ! Je continuai avec Instagram et même Twitch (bien que je ne connaisse rien au monde des paris en ligne) et je comptabilise maintenant plus de 450 000 followers. Par contre, je ne compte plus le nombre de Chlou’him qui m’ont appris que des Juifs sont entrés pour la première fois dans leurs Beth ‘Habad (centres communautaires) après avoir visionné mes vidéos. (Cependant, j’interdis à mes propres enfants de posséder des comptes sur ces médias).

- Avez-vous déjà célébré votre Bar Mitsva ? lui demandai-je.

- Non, admit-il. J’ai toujours su que j’étais juif mais nous n’étions pas très actifs dans la communauté juive...

- Il n’est jamais trop tard, affirmai-je tout en tirant mes Téfilines de leur pochette. Venez, mettons les Téfilines maintenant et célébrez votre Bar Mitsva.

- Monsieur le rabbin ! Vous avez entendu mon histoire, je ne suis plus juif, cela ne m’intéresse pas !

J’étais bouleversé. Voici une âme juive perdue qui s’était accrochée à la première expérience spirituelle venue qui avait fait preuve de bienveillance envers lui. Aucun rabbin n’avait été disponible quand il en avait eu le plus besoin. Je ne voulais pas être le prochain rabbin à le laisser de côté. J’ignore d’où me sont venus les mots suivants :

- Vous savez, celui en qui vous croyez maintenant était juif ! Il est évident qu’il mettait les Téfilines tous les jours ! Ce ne serait pas une contradiction avec votre nouvelle foi si vous les mettiez aussi !

- Euh... balbutia-t-il. Je suppose que vous avez raison. Je n’avais jamais vu cela ainsi...

Il tendit son bras tout tatoué et je l’ai aidé à mettre les Téfilines pour la première fois de sa vie, non loin du cimetière où on venait d’enterrer son ami... Ses larmes maintenant étaient celles d’un jeune garçon ému de célébrer enfin sa Bar Mitsva...

Rav Avrohom Rapoport
Traduit par Feiga Lubecki

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