VIVRE AVEC LA PARACHA
Mosaic Express | September 01, 2023
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VIVRE AVEC LA PARACHA

Mosaic Express | December 31, 2025

Depuis notre mariage, nous nous sommes installés à Berditchev, oui la ville du célèbre Rabbi Lévi Its’hak de Berditchev, toujours prompt à trouver des circonstances atténuantes même aux Juifs les plus rebelles et les moins excusables.

Même sous le régime communiste, les Juifs de cette ville d’Ukraine sont restés attachés à leurs traditions : une Yechiva Loubavitch y fonctionnait sous le nez du KGB (la police secrète), une fabrique clandestine fournissait quelques kilos de Matsot pour les familles locales, les gens fréquentaient la synagogue, un Cho’het (sacrificateur rituel) abattait quelques pièces de bétail jusque dans les années 80. Mais à notre arrivée au début des années 2000, la communauté vieillissait ; les hommes âgés portaient la barbe, ils parlaient encore yiddish mais ne connaissaient déjà plus grand-chose. Et leurs petits-enfants encore moins.

C’est notre privilège d’entretenir le cimetière où repose entre autres Rabbi Lévi Its’hak que nombre de Juifs du monde entier viennent honorer lors de leurs visites dans ces pays où on n’osait pas s’aventurer jusqu’à il y a quelques dizaines d’années. Nous allons d’ailleurs bientôt procéder à sa rénovation ainsi qu’à celle de la synagogue afin de rendre à cette communauté l’éclat qu’elle avait aux 17ème et 18ème siècles.

Jusqu’à récemment, la nourriture cachère était rare dans l’ouest de l’Ukraine. Personnellement, je sais que je dois toujours être prête à accueillir des invités inattendus et je n’ai donc pas été surprise quand mon mari m’annonça un jour qu’un couple viendrait pour le dîner. Bien entendu, j’ai accepté et me suis mise à cuisiner en grande quantité.

Ce jour marquait aussi le 6ème anniversaire de notre fils. Malgré nos fermes principes d’éducation, nous avions cédé à sa demande et lui avions acheté un pistolet à fléchettes. Il était trop content quand il ouvrit le paquet et se mit à tirer dans la maison, dans tous les sens avec les cris de joie que vous pouvez imaginer.

Pendant ce temps, je terminai de préparer le repas et mis la table. Mon fils continuait à tirer, cette fois en direction de la porte quand, d’un coup, celle-ci s’ouvrit et nos invités apparurent. Catastrophe : notre invité Solomon reçut une de ces fléchettes juste entre les yeux !

Je sentis mon cœur s’arrêter de battre tant j’étais horrifiée. Je me précipitai pour récupérer le pistolet des mains penaudes de mon fils tandis que mon mari se penchait vers notre invité pour s’assurer qu’il n’était pas blessé : il avait effectivement une légère bosse sur le front sur laquelle nous avons posé un petit bloc de glace tout en balbutiant des excuses pour cet accueil pour le moins « frappant ». Pour détendre l’atmosphère, nous nous sommes empressés de servir le repas à Solomon et Paulina. De fait, ils étaient Russes et Ukrainiens d’origine mais habitaient maintenant à San Francisco.

- Je ne pense pas qu’ils reviendront un jour, me confia mon mari après leur départ.

- Evidemment, avec cette malheureuse fléchette... Je les comprends, soupirai-je, encore estomaquée par la bêtise de mon fils.

- Non, ce n’est pas pour cela. Mais comme je leur ai conseillé très vivement d’enlever leur fille de l’école chrétienne qu’elle fréquente à San Francisco, ils n’ont pas vraiment apprécié ma véhémence...

- Nous sommes ici pour inspirer les Juifs à retourner à leur judaïsme, nous devons montrer le chemin mais nous ne pouvons pas toujours connaître l’impact de nos paroles, tentai-je de le consoler.

Deux ans plus tard, Paulina téléphona. Elle était de retour en Ukraine et souhaitait nous revoir, cette fois-ci avec leurs enfants. Bien sûr, nous les avons invités pour le repas. Quand Paulina arriva, elle était suivie par une jeune fille en uniforme des écoles juives orthodoxes de San Francisco ! Elle me la présenta :

- C’est ma fille, Elana !

J’étais sidérée. Paulina était vêtue de façon « moderne », d’un jeans et d’un tee-shirt tandis que sa fille était habillée d’une tenue strictement orthodoxe : robe chasuble bleu marine, chemisier blanc avec un joli col Claudine et des manches longues...

- Voilà ! La dernière fois que nous sommes venus ici, mon mari a reçu un coup sur la tête... (Ah oui, comme j’aurais aimé ne pas devoir me souvenir de cet incident fâcheux...) Pour lui, ce fut comme un réveil matin ! Comme si D.ieu venait le réveiller. C’est alors que nous avons commencé à réfléchir sérieusement à la religion... (Intérieurement, je me souvins alors combien mon mari avait regretté d’avoir parlé un peu trop franchement à ce couple à propos de l’éducation de leurs enfants).

Nous avons donc changé Elana d’école et l’avons envoyée dans une école juive puis nous avons cachérisé notre cuisine. Solomon et moi nous nous sommes même remariés religieusement, sous une ‘Houpa, en présence d’un rabbin.

- C’est incroyable ! m’exclamai-je, en serrant Paulina dans mes bras.

- Et voulez-vous entendre encore quelque chose de plus extraordinaire ? Notre petit garçon est né exactement neuf mois après notre ‘Houpa !

J’en avais les larmes aux yeux. Nous avons passé ensemble une très belle journée et nous nous sommes promis de rester en contact. Ils sont revenus quelques mois plus tard, leur fils aîné apprenait la Torah, en yiddish ; Paulina était en jupe et portait une perruque, Solomon a cessé de travailler Chabbat...

Je suis certaine que, très bientôt, nous aurons le plaisir d’être invités au mariage d’Elana avec un jeune ‘Hassid...

Finalement, les fléchettes ont atteint leur but !


Hanna Thaler-ColLive
Traduit par Feiga Lubecki

Depuis notre mariage, nous nous sommes installés à Berditchev, oui la ville du célèbre Rabbi Lévi Its’hak de Berditchev, toujours prompt à trouver des circonstances atténuantes même aux Juifs les plus rebelles et les moins excusables.

Même sous le régime communiste, les Juifs de cette ville d’Ukraine sont restés attachés à leurs traditions : une Yechiva Loubavitch y fonctionnait sous le nez du KGB (la police secrète), une fabrique clandestine fournissait quelques kilos de Matsot pour les familles locales, les gens fréquentaient la synagogue, un Cho’het (sacrificateur rituel) abattait quelques pièces de bétail jusque dans les années 80. Mais à notre arrivée au début des années 2000, la communauté vieillissait ; les hommes âgés portaient la barbe, ils parlaient encore yiddish mais ne connaissaient déjà plus grand-chose. Et leurs petits-enfants encore moins.

C’est notre privilège d’entretenir le cimetière où repose entre autres Rabbi Lévi Its’hak que nombre de Juifs du monde entier viennent honorer lors de leurs visites dans ces pays où on n’osait pas s’aventurer jusqu’à il y a quelques dizaines d’années. Nous allons d’ailleurs bientôt procéder à sa rénovation ainsi qu’à celle de la synagogue afin de rendre à cette communauté l’éclat qu’elle avait aux 17ème et 18ème siècles.

Jusqu’à récemment, la nourriture cachère était rare dans l’ouest de l’Ukraine. Personnellement, je sais que je dois toujours être prête à accueillir des invités inattendus et je n’ai donc pas été surprise quand mon mari m’annonça un jour qu’un couple viendrait pour le dîner. Bien entendu, j’ai accepté et me suis mise à cuisiner en grande quantité.

Ce jour marquait aussi le 6ème anniversaire de notre fils. Malgré nos fermes principes d’éducation, nous avions cédé à sa demande et lui avions acheté un pistolet à fléchettes. Il était trop content quand il ouvrit le paquet et se mit à tirer dans la maison, dans tous les sens avec les cris de joie que vous pouvez imaginer.

Pendant ce temps, je terminai de préparer le repas et mis la table. Mon fils continuait à tirer, cette fois en direction de la porte quand, d’un coup, celle-ci s’ouvrit et nos invités apparurent. Catastrophe : notre invité Solomon reçut une de ces fléchettes juste entre les yeux !

Je sentis mon cœur s’arrêter de battre tant j’étais horrifiée. Je me précipitai pour récupérer le pistolet des mains penaudes de mon fils tandis que mon mari se penchait vers notre invité pour s’assurer qu’il n’était pas blessé : il avait effectivement une légère bosse sur le front sur laquelle nous avons posé un petit bloc de glace tout en balbutiant des excuses pour cet accueil pour le moins « frappant ». Pour détendre l’atmosphère, nous nous sommes empressés de servir le repas à Solomon et Paulina. De fait, ils étaient Russes et Ukrainiens d’origine mais habitaient maintenant à San Francisco.

- Je ne pense pas qu’ils reviendront un jour, me confia mon mari après leur départ.

- Evidemment, avec cette malheureuse fléchette... Je les comprends, soupirai-je, encore estomaquée par la bêtise de mon fils.

- Non, ce n’est pas pour cela. Mais comme je leur ai conseillé très vivement d’enlever leur fille de l’école chrétienne qu’elle fréquente à San Francisco, ils n’ont pas vraiment apprécié ma véhémence...

- Nous sommes ici pour inspirer les Juifs à retourner à leur judaïsme, nous devons montrer le chemin mais nous ne pouvons pas toujours connaître l’impact de nos paroles, tentai-je de le consoler.

Deux ans plus tard, Paulina téléphona. Elle était de retour en Ukraine et souhaitait nous revoir, cette fois-ci avec leurs enfants. Bien sûr, nous les avons invités pour le repas. Quand Paulina arriva, elle était suivie par une jeune fille en uniforme des écoles juives orthodoxes de San Francisco ! Elle me la présenta :

- C’est ma fille, Elana !

J’étais sidérée. Paulina était vêtue de façon « moderne », d’un jeans et d’un tee-shirt tandis que sa fille était habillée d’une tenue strictement orthodoxe : robe chasuble bleu marine, chemisier blanc avec un joli col Claudine et des manches longues...

- Voilà ! La dernière fois que nous sommes venus ici, mon mari a reçu un coup sur la tête... (Ah oui, comme j’aurais aimé ne pas devoir me souvenir de cet incident fâcheux...) Pour lui, ce fut comme un réveil matin ! Comme si D.ieu venait le réveiller. C’est alors que nous avons commencé à réfléchir sérieusement à la religion... (Intérieurement, je me souvins alors combien mon mari avait regretté d’avoir parlé un peu trop franchement à ce couple à propos de l’éducation de leurs enfants).

Nous avons donc changé Elana d’école et l’avons envoyée dans une école juive puis nous avons cachérisé notre cuisine. Solomon et moi nous nous sommes même remariés religieusement, sous une ‘Houpa, en présence d’un rabbin.

- C’est incroyable ! m’exclamai-je, en serrant Paulina dans mes bras.

- Et voulez-vous entendre encore quelque chose de plus extraordinaire ? Notre petit garçon est né exactement neuf mois après notre ‘Houpa !

J’en avais les larmes aux yeux. Nous avons passé ensemble une très belle journée et nous nous sommes promis de rester en contact. Ils sont revenus quelques mois plus tard, leur fils aîné apprenait la Torah, en yiddish ; Paulina était en jupe et portait une perruque, Solomon a cessé de travailler Chabbat...

Je suis certaine que, très bientôt, nous aurons le plaisir d’être invités au mariage d’Elana avec un jeune ‘Hassid...

Finalement, les fléchettes ont atteint leur but !


Hanna Thaler-ColLive
Traduit par Feiga Lubecki

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