Chaque membre du Peuple juif reçoit l’injonction d’apporter la contribution précise d’un demi-chékel d’argent pour le Sanctuaire. Des instructions sont également données concernant la fabrication du bassin d’eau du Sanctuaire, de l’huile d’onction et des encens. Les artisans « au cœur sage », Betsalel et Aholiav sont chargés de la construction du Sanctuaire et une fois encore le peuple reçoit le commandement d’observer le Chabbat.
Moché ne redescend pas du Mont Sinaï quand le Peuple l’attend et celui-ci fabrique un veau d’or et l’adore. D.ieu propose alors de détruire cette nation pécheresse mais Moché intercède en sa faveur. Il descend de la montagne, portant les Tables de la Loi sur lesquelles sont gravés les Dix Commandements. Quand il voit le peuple danser autour de son idole, il brise les Tables, détruit le veau d’or et fait mettre à mort les principaux instigateurs. Il retourne alors vers D.ieu pour Lui dire : « Si Tu ne leur pardonnes pas, efface-moi du livre que Tu as écrit ».
D.ieu pardonne mais dit que le résultat de ce péché sera ressenti pendant de nombreuses générations. Au début, D.ieu propose de leur envoyer Son ange mais Moché insiste pour que D.ieu Lui-même accompagne Son peuple vers la Terre Promise.
Moché prépare de nouvelles Tables et, une fois de plus, il grimpe sur la montagne où D.ieu écrit de nouvelles Tables de l’Alliance. Sur la montagne, Moché perçoit également une vision des « treize attributs de miséricorde ». A son retour, le visage de Moché irradie d’une telle lumière qu’il doit le cacher derrière un voile qu’il n’enlève que pour parler à D.ieu et enseigner Ses lois au peuple.
A propos de la Paracha Ki tissa, se posent différentes questions. La Paracha commence par une énumération de détails concernant le service du Grand-Prêtre dans le Tabernacle (Michkan):
- La taxe du demi-chékel utilisée pour financer les sacrifices collectifs
- Le bassin d’ablutions, dernier des ustensiles du Tabernacle
- L’huile particulière utilisée pour oindre les ustensiles et les prêtres
- Les ingrédients de l’encens
- La nomination de l’artisan chef qui façonnera le Tabernacle et ses revêtements
- Enfin, le commandement de ne pas violer le Chabbat au cours de la construction du Tabernacle.
Puis, la Torah abandonne le sujet du Tabernacle et reprend le récit du Don de la Torah qu’elle a mis de côté à la fin de la Paracha Michpatim. Une brève description des Premières Tables de la Loi est tracée et nous sommes brutalement plongés dans l’épisode du veau d’or et de ses tragiques conséquences. Suit la réconciliation entre D.ieu et le peuple, négociée par Moché. Elle renferme quelques-uns des moments les plus mystiques de la Torah et culmine avec la révélation des Treize Attributs de Miséricorde Divine, le renouvellement de l’alliance et finalement la descente de Moché du Mont Sinaï avec les secondes Tables de la Loi.
Toute la Paracha semble ne pas être à sa place. La première partie, les derniers détails du Tabernacle, semble appartenir à la Paracha Terouma ou/et Tétsavé. Sa seconde partie, le veau d’or et ses conséquences, devrait venir après Yitro et Michpatim. Plus encore, en observant la suite du texte, nous constatons que les deux Parachiot suivantes (Vayakhel et Pekoudé) reviennent une fois de plus sur le sujet du Tabernacle, décrivant sa construction effective. L’histoire du veau d’or est donc extraite de son emplacement, comme suite du Don de la Torah, et insérée entre les instructions concernant la construction du Tabernacle et leur exécution. Pourquoi ?
Une clé de la réponse à ces questions se trouve dans le nom même de la Paracha : Ki Tissa. Ces mots sont les premiers du verset qui, traduit littéralement, signifie : « quand tu monteras les têtes des Enfants d’Israël ». Traduit habituellement par « quand tu feras le recensement des Enfants d’Israël », leur sens littéral implique que tout le contenu de la Paracha est un processus par lequel le Peuple Juif s’élève à des hauteurs nouvelles. En d’autres termes, après que le but de la Création ait été apparemment atteint par le Don de la Torah (Yitro et Michpatim) et l’édification du Tabernacle (Terouma et Tétsavé), des niveaux encore plus élevés restent à gagner.
La question la plus difficile de cette Paracha est peut-être : comment le Peuple juif, après avoir été témoin des dix plaies et de l’ouverture de la mer, après avoir reçu la Torah au mont Sinaï à peine quarante jours plus tôt, put-il commettre la faute du veau d’or ? Le Talmud interroge : « Israël n’était pas capable de commettre un tel acte ! » Sa réponse indique que « toute l’histoire était un décret de D.ieu afin de donner un précédent pour le pénitent ». En d’autres termes, D.ieu manœuvra le Peuple juif pour qu’il se livre à cette faute afin qu’il s’en repente et connaisse la douceur de la réconciliation.
Le paradoxe d’une faute est que le repentir permet de forger un lien plus profond avec D.ieu. Avant de pécher, l’individu se rappelle qu’il y a un D.ieu Qui lui demande de faire telle ou telle tâche, il n’a aucun problème pour s’en acquitter. Il grandit spirituellement dans sa relation avec Lui. Mais une fois qu’il faute, il se rend compte qu’aussi parfaite qu’ait pu être sa relation avec D.ieu, elle n’était ni assez solide, ni assez profonde pour l’en empêcher. Par son choix, il a montré que l’attrait de la faute l’a emporté sur son attachement à D.ieu.
Il lui faut donc plonger en lui-même pour trouver un lieu dans son âme où D.ieu signifie plus pour lui que le plaisir offert par cette défaillance. Cela s’appelle la Techouva (retour à D.ieu). Si elle est véritable, l’homme a désormais atteint un endroit en lui-même où sa relation à D.ieu est si forte qu’il ne commettra plus l’erreur pour laquelle il se repent. De toute évidence, plus la faute est sérieuse, plus grande est la Techouva requise et plus profond est le nouveau lien qui se crée entre lui et D.ieu.
Il est également évident que ce processus ne fonctionne que si l’individu pèche « accidentellement », comme s’il était dans un état de « folie ponctuelle ». C’est la raison pour laquelle D.ieu dut orchestrer l’accident du veau d’or dans lequel le Peuple juif tomba dans trois fautes essentielles : l’idolâtrie, l’adultère et le meurtre. En descendant dans les abîmes les plus profonds, le peuple put dès lors s’élever aux plus hauts niveaux de la réconciliation avec D.ieu. La révélation des Treize Attributs de Miséricorde le manifeste. D.ieu y affirme le fait que Son alliance avec le Peuple juif transcende la relation basée sur la seule obéissance aux commandements. Elle pave donc le chemin de la Techouva.
A cette lumière, la Paracha Ki Tissa renferme l’entière perspective de la création : elle commence avec la perfection originelle (le Tabernacle et les premières Tables de la Loi), se poursuit avec le drame de l’histoire (l’accident du veau d’or qui rejoue dans un certain sens la faute de l’Arbre de la Connaissance) et s’achève avec l’avant-goût de l’aboutissement messianique (le renouvellement de l’Alliance et les nouvelles Tables de la Loi) qui élèvera le monde à un niveau de perfection inconnu.
Cela explique pourquoi la Paracha commence par la taxe du demi-chékel. Il s’agit là d’un processus de Techouva : l’argent collecté finançait les sacrifices collectifs qui rachetaient les fautes du peuple. Les autres détails du Tabernacle nous indiquent que le but du Tabernacle, la résidence de la présence de D.ieu dans le monde et dans l’homme, est accompli dans le contexte de la Techouva. C’est aussi pourquoi Ki Tissa est intercalée entre les instructions concernant le Tabernacle et leur réalisation : son contenu constitue la dimension intérieure de ces instructions. Il convient donc que cela suive l’aspect extérieur de ces instructions et en précède la réalisation.
Cette dynamique d’une perfection lumineuse, chute et réconciliation, se reflète par de nombreux aspects dans la Torah et dans notre vie quotidienne. Notre journée commence par notre abandon total à la Volonté divine, par le « Modé Ani », prière que nous récitons dès notre réveil et dans laquelle nous nous soumettons totalement à Lui. Nous restons absorbés par la Divinité dans nos prières matinales et l’étude de la Torah. Puis nous vaquons à nos affaires profanes dans lesquelles nous ressentons des épreuves et des fluctuations dans notre conscience divine. A la fin de la journée, nous évaluons la force de notre lien avec D.ieu pour voir s’il doit être renforcé. Alors nous pouvons à nouveau nous soumettre à Lui, mais à un niveau supérieur que précédemment, au moment de la prière du coucher où nous nous remettons entre Ses mains.
La leçon de la Paracha Ki Tissa nous accompagne chaque jour de notre vie, nous concentrant constamment vers notre but ultime : la venue du Machia’h.
