Le mois d’Elloul a commencé et, avec lui, ce sentiment indescriptible d’attente des grands rendez-vous spirituels à venir. De fait, il a été abondamment dit, et écrit, qu’Elloul est la période particulière où, avant les grandes fêtes de Tichri, il nous appartient de nous préparer intensément à la grande aventure qui s’ouvre ainsi. Il a été aussi souligné que nous ne sommes pas seuls dans un tel combat, que D.ieu nous y aide, nous illuminant de Ses 13 Attributs de Miséricorde. C’est dire que, dès l’entrée dans cette lutte spirituelle, nous ressentons à la fois qu’elle est indispensable et requière nos efforts et, en même temps, que la victoire éclaire déjà la route à suivre.
Pendant ces semaines réellement stratégiques, nous ne pouvons que nous interroger sur la place du monde. Si tout l’enjeu est spirituel, ne devrions-nous pas abandonner pour un temps la vie quotidienne ? Ne faudrait-il pas, à tout le moins, se détacher des préoccupations qui, habituellement, font le tissu de nos jours ? Pourtant, nous observons que ce n’est pas ainsi que la vie juive a été façonnée au long des siècles. Si la conscience spirituelle est plus aiguisée en ce mois, la vie qu’on pourrait dire « ordinaire » garde tous ses droits. Est-il donc possible de conjuguer ces exigences a priori totalement contradictoires : d’un côté le lien absolu renoué avec D.ieu et, de l’autre, la vie qui continue, apparemment inchangée ?
C’est précisément là que se tient sans doute une des clés de la démarche à entreprendre. Dans la vision juive, le monde avec toute sa matérialité n’est pas une entité opposée au spirituel et qu’il faudrait sacrifier pour faire triompher l’autre. Bien au contraire, l’élévation spirituelle n’est parvenue à son sommet que lorsqu’elle est également descendue jusqu’au niveau le plus bas afin de lui donner vie véritable. C’est là le but final de l’homme : faire de ce monde la demeure de D.ieu au travers de la totalité de ses actes. Et n’est-ce pas la réalité du mois d’Elloul ? A la fois comparable à tous les autres et pourtant à nul autre pareil. Sachons le vivre profondément sans nous contenter de le traverser comme obligatoirement. Sachons le vivre dans sa grandeur et sa complexité. Nous serons alors inscrits dans le Livre de la Vie et nous serons bénis d’une nouvelle année bonne et douce.