LA SIDRA DE LA SEMAINE
KORA’H
Kora’h, briguant pour lui-même la Prêtrise et le poste de dirigeant, confiés par D.ieu respectivement à Aharon et à Moché, est l’instigateur d’une révolte. D.ieu donne la preuve visible aux yeux de tous de la justesse de Son choix en faveur de Moché et d’Aharon. D.ieu ordonne qu’une Teroumah (« prélèvement ») de chaque récolte de blé, de vin et d’huile ainsi que chaque premier-né ovin ou bovin et d’autres présents spécifiques (au nombre de 24), soient remis aux Cohanim (les Prêtres).
SE CONNECTER À MOCHÉ ET AHARON
LES QUESTIONS PIÈGES DE KORA’H
Kora’h initia une rébellion contre son cousin Moché. Il soutenait que Moché ainsi que son frère Aharon s’étaient attribués les pouvoirs respectifs de chef et de Grand Prêtre.
Kora’h affirmait que cette prétention était injustifiée, puisque tous les Juifs étaient égaux et portaient D.ieu en eux-mêmes. « Pourquoi vous élevez-vous au-dessus d’eux tous ? » protesta-t-il.
Le Midrach rapporte que Kora’h posa alors à Moché deux « questions pièges » dans l’espoir de susciter une réponse qui le conduirait à reconnaître la justesse de son argumentation.
Le premier défi consistait en la question suivante :
« Un Talit entièrement confectionné en laine teinte en Tekhélèt (bleu) nécessite-t-il des Tsitsit, ces franges obligatoires sur un vêtement à quatre coins, elles aussi fabriquées en Tekhélèt ? »
Kora’h s’attendait à ce que Moché réponde catégoriquement par la négative ; il aurait été redondant d’ajouter des franges en Tekhélèt sur un vêtement constitué intégralement de ce même matériau.
Kora’h aurait alors reproché à Moché : « Tu es le Tsitsit superflu. Toute la nation est sainte, pourquoi aurait-elle besoin d’un représentant qui n’est qu’une petite frange parmi elle ? »
Moché, de manière inattendue, répondit qu'un Talit composé entièrement de Tekhélèt devait effectivement comporter des franges en Tekhélèt.
Kora’h se rabattit alors sur un second argument : « Une maison remplie de rouleaux de la Torah nécessite-t-elle une Mézouza ? »
Là encore, Kora’h anticipait que Moché répondrait par la négative, soutenant ainsi que ce n’était pas nécessaire. Comme précédemment, Kora’h espérait utiliser cette réponse pour démontrer qu’un peuple sacré, assimilé à une maison remplie de rouleaux de la Torah, ne nécessitait pas de Mézouza, donc pas de Moché !
Cependant, Moché surprit à nouveau Kora’h en affirmant que celle-ci était bel et bien requise.
Les commentateurs soulèvent une interrogation : la réponse de Moché au premier défi ne suggérait-elle pas qu’il rejetterait l’argument de Kora’h selon lequel les dirigeants étaient superflus ? Pourquoi alors Kora’h formula-t-il un second défi ?
Les deux exemples - le vêtement entièrement fait de Tekhélèt et la maison remplie de rouleaux de la Torah - ne constituent-ils pas des métaphores identiques ?
DEUX ARGUMENTS
En réalité, les deux arguments avancés par Kora’h étaient destinés respectivement à Aharon et à Moché. Le défi lancé par Kora’h visait les deux formes distinctes de leadership qu’ils incarnaient.
Le premier désaccord de Kora’h portait sur la nomination d’Aharon à la Haute Prêtrise. Le Grand Prêtre (Cohen Gadol) peut être comparé au Tekhélèt. L’étymologie de ce terme est liée à un autre mot hébreu qui exprime l’amour le plus fervent envers D.ieu et envers autrui. Lorsqu’Aharon allumait la Menorah à sept branches, son cœur s’enflammait d’amour. Animé par cet amour intense, il suscitait également l’ardeur spirituelle des sept catégories émotionnelles du Peuple juif, les conduisant à un état de passion « Tekhélèt » pour D.ieu.
L’argument de Kora’h reposait sur le fait que chaque Juif possède une âme sacrée intrinsèquement attirée vers D.ieu, n’ayant pas besoin d’Aharon pour éveiller cette étincelle intérieure.
AHARON N’A PAS CHANGÉ !
Kora’h se trompait. La distinction d’Aharon résidait non seulement dans l’intensité bien supérieure de sa passion pour D.ieu par rapport au reste de la nation, mais également dans le caractère inébranlable de cette passion. Alors que la plupart des individus traversent des hauts et des bas dans leur vie spirituelle, la ferveur d’Aharon envers D.ieu gardait constamment la même intensité.
Dans une Paracha antérieure, où la Torah relate le commandement adressé à Aharon d’allumer la Menorah, il est écrit : « Aharon fit ainsi ».
Rachi commente que « cela fait l’éloge d’Aharon car il ne dévia pas [du commandement divin] ».
Cette affirmation a suscité le questionnement parmi les commentateurs, qui s’étonnent qu’on puisse envisager qu’Aharon, plus que quiconque, ait pu penser à dévier du commandement de D.ieu.
Toutefois, l’interprétation littérale de cette expression indique que « il ne changea pas ». Cela suggère que sa grandeur ne résidait pas simplement dans l’obéissance au commandement, mais dans le fait que son niveau de passion pour D.ieu, symbolisé par l’allumage des flammes de la Menorah, restait constant et immuable. Il ne connut aucune période durant laquelle son amour fut réprimé ou diminué. Ainsi, Aharon, exempt des fluctuations émotionnelles ordinaires dans les termes de son amour pour D.ieu, se trouvait être le seul véritablement qualifié pour allumer les flammes chez tous les autres Juifs.
À QUI APPARTIENT LA TORAH ?
Après que Kora’h eut entendu la justification de Moché concernant le choix d’Aharon en tant que Grand Prêtre, il chercha à délégitimer l’autorité de Moché en tant que chef. Le leadership de Moché reposait principalement sur son rôle de transmetteur de la Torah au Peuple juif. Kora’h soutenait donc que la connaissance n’appartient pas à l’enseignant. Ce dernier n’est qu’un vecteur par lequel le savoir - qui est Divin - se transmet au peuple. Personne n’a le droit de revendiquer la Torah comme étant exclusivement la sienne.
En effet, selon le Midrach, l’une des raisons pour lesquelles la Torah a été donnée dans le désert était précisément d’insister sur cette leçon : la Torah n’appartient à personne en particulier. Chacun est apte à recevoir la Torah.
Kora’h soutenait ainsi que le Peuple juif constitue une nation imprégnée de la connaissance de la Torah ; chaque Juif peut être comparé à une maison remplie de rouleaux de la Torah. Qu’est-ce qui donnait alors à Moché le droit de se positionner comme une Mézouza sur leurs montants de porte, impliquant que la Torah lui appartenait en propre ? Selon Kora’h, qu’est-ce qui donnait à Moché le droit d’apposer son empreinte sur la Torah ?
L’argument avancé par Kora’h reposait sur l’idée que, même si l’on admettait la nécessité de la présence d’Aharon pour éveiller notre passion envers D.ieu, il n’était pas indispensable d’avoir Moché pour nous exposer à la sagesse de la Torah. Une distinction qualitative existe entre susciter l’ardeur d’une âme engourdie ou réveiller une émotion jusque-là latente et utiliser notre intellect pour l’apprentissage. Alors qu’une bordure de Tekhélèt pouvait s’avérer nécessaire sur nos vêtements, Kora’h soutenait qu’une Mézouza sur nos linteaux ne relevait pas d’une obligation comparable.
Bien que Kora’h reconnaisse indéniablement la supériorité intellectuelle de Moché par rapport aux autres, celui-ci ne saurait pour autant revendiquer la propriété exclusive de la Torah ni en retenir une quelconque part puisque celle-ci constitue un Don divin destiné à l’ensemble du Peuple juif. Kora’h semblait même disposé à concéder à Moché un profond respect quant à sa mission d’enseignement et ses qualités spirituelles et intellectuelles supérieures ; cependant, cela demeurait bien éloigné d’une prétention à être le propriétaire exclusif de la Torah.
LA TORAH DE D.IEU ET LA TORAH DE MOCHÉ
Il est évident que Kora’h se trompait également à l’égard de Moché. La Torah précise explicitement qu’elle tire son nom de Moché, comme il est écrit : « La Torah que Moché nous a ordonnée est un héritage pour l’assemblée de Yaakov ». Le prophète affirme aussi : « Souviens-toi de la Torah de Mon serviteur Moché ». Bien que chaque Juif soit héritier de la Torah, l’association entre Moché et celle-ci demeure d’une intensité inégalée.
Pour saisir cette relation singulière, il convient d’abord de souligner que la Torah constitue une sagesse transcendante et supraterrestre. Elle émane directement de D.ieu.
Comment un être mortel peut-il alors maîtriser cette Sagesse divine, par définition infinie et dépassant les capacités finies de l’intellect humain, aussi brillant soit-il ?
Une telle maîtrise ne peut s’acquérir que par...