A cette lumière, nous pouvons voir que la fin du voyage d’Avraham en Egypte était présente dans son commencement. Car le but en était son départ futur : « chargé de bétail, d’argent et d’or », exprimant la façon dont il allait transformer les choses les plus matérielles, voire idolâtres, pour le service de D.ieu. Et c’était bien là également le but de l’exil du Peuple juif en Egypte : pour que la Présence Divine soit ressentie dans le lieu qui en était le plus éloigné.
Dans l’enseignement juif, une image incarne cette démarche oblique. Le Talmud de Babylone, contrairement au Talmud de Jérusalem, n’atteint jamais directement ses décisions mais y parvient à travers des digressions et des dialectiques qui apportent, dans leur parcours apparemment sinueux, plus de lumière que ne l’aurait fait un raisonnement direct. En fait, quand les deux livres sont en désaccord, l’on suit toujours la décision du Talmud de Babylone.
Ainsi, ces apparentes digressions de l’histoire juive ne représentent pas un détour du chemin de la destinée mais un chemin qui apporte la lumière de D.ieu dans des coins du monde non encore pénétrés et les préparent à leur rédemption.
Le passage d’Avraham en Egypte n’était donc pas une interruption mais une partie intégrante du commandement « Lé’h le’ha », de voyager vers un accomplissement qui constitue le service de D.ieu.
Et puisque la destinée d’Avraham devait être celle des enfants d’Israël, elle est aussi la nôtre. Notre exil, tout comme le sien, est une préparation pour la Rédemption (et fait donc partie de son processus). Et la Rédemption qui suit nous conduit toujours à un niveau plus élevé que celui que nous aurions pu atteindre sans cet exil.
L’exil est donc une partie intégrante du progrès spirituel, il nous permet de sanctifier le monde entier par nos actions.
L’on pourrait peut-être rétorquer : « Où apparaît ce progrès ? Le monde ne semble pas devenir plus saint, il semble même en être tout le contraire ! »
Mais ce n’est qu’un jugement superficiel. Le monde n’évolue pas de son propre chef. Il est façonné par la Providence Divine.
Ce qui apparaît superficiellement comme un déclin est en fait une part cachée d’un continuel processus de transformation où nous travaillons sur le monde chaque fois que nous dévouons nos actions à la Torah et à la Volonté divine. En d’autres termes, le monde s’élève et se raffine constamment. Rien ne peut l’illustrer plus clairement que l’histoire des périples d’Avraham, vus d’abord extérieurement, puis dans leur véritable perspective. Quelle que soit la situation d’un Juif, quand il se tourne vers son réel accomplissement, suivant l’injonction de « Lé’h le’ha », il place sa vie et ses actions dans la perspective de la Torah et joue son propre rôle dans l’avènement de la Rédemption future.
