Le Recit De La Semaine
Mosaic Express | April 19, 2024
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Le Recit De La Semaine

Mosaic Express | June 27, 2025

Freddy était étudiant en économie à l’université de Londres. Il y fit connaissance d’un ‘Hassid de Loubavitch qui l’initia à la richesse de la pensée ‘hassidique. Enthousiasmé, le jeune homme n’avait qu’un rêve : mériter de rencontrer personnellement le Rabbi de Loubavitch. Durant l’été 1969, il travailla un mois, ce qui lui permit de payer le voyage jusqu’à New York le mois suivant. Il attendit toute une nuit de pouvoir entrer dans le bureau et ne pouvait s’empêcher de bailler en luttant contre le sommeil. Mais il fut surpris de constater que le Rabbi, lui, était bien éveillé. Il fut immédiatement émerveillé par ces yeux bleus et eut l’impression que c’était le Rabbi qui attendait avec impatience de le rencontrer et non le contraire.

Au début, le Rabbi s’intéressa aux origines ‘hassidiques du jeune homme : son nom de famille indiquait une parenté avec les Rabbis de Vijnitz. Freddy montra la photo de son grand-père, Rabbi Chalom Hager de Stroznitz. Le Rabbi lui demanda :

- Savez-vous ce que signifie le titre Admour (une autre façon de désigner un Rabbi) ? Le Baal Chem Tov était le premier Admour et il avait la coutume de ne pas aller dormir s’il restait dans la maison de l’argent qu’il n’avait pas distribué à des nécessiteux !

Le Rabbi réfléchit un instant et ajouta :

- Peut-être marcherez-vous sur les traces de votre grand-père...

Le jeune étudiant avait été très impressionné par cette entrevue. Il avait pensé qu’il rencontrerait un grand homme. Mais le Rabbi lui avait appris à se connaître lui-même.

Environ six mois plus tard, Freddy retourna à New York. De nombreuses personnes de tous horizons attendaient d’être reçues et le secrétaire, Rav Leib Groner avertit Freddy qu’il ne devait pas rester trop longtemps. Mais le Rabbi avait d’autres plans :

- Vous n’avez pas mentionné dans votre note ce dont nous avions discuté la dernière fois, remarqua-t-il.

- Rav Groner m’a prévenu que je ne devais pas abuser du temps du Rabbi, balbutia Freddy.

Le Rabbi sourit et proposa :

- Que préférez-vous : que je pose des questions et que vous répondiez ? Peut-être cela ne dérangera pas Rav Groner...

Puis le Rabbi posa une question qui déstabilisa Freddy :

- Les étudiants de l’université de Londres disposent-ils de nourriture cachère ?

Freddy répondit que, justement, on construisait un nouveau bâtiment pour un centre communautaire Beth Hillel : quand il serait terminé, en octobre, donc dans dix mois, il y aurait des repas cachères. Le Rabbi lui jeta un coup d’œil étonné :

- Et jusqu’au mois d’octobre, ils devraient manger non-cachère ?

Freddy ne sut pas quoi répondre.

- L’université de Londres, continua le Rabbi, est constituée de plusieurs bâtiments...

L’étudiant était stupéfait : d’où le Rabbi connaissait-il la disposition d’une université dans une ville qu’il n’avait jamais visitée ?

- Je suppose, ajouta le Rabbi, que seul l’étudiant intéressé à manger cachère se rendra dans le bâtiment où sera construit Beth Hillel. Comment envisagez-vous de procurer des repas cachères aux étudiants ?

Freddy s’enthousiasma :

- Oh oui, très bonne idée ! Il devrait être possible d’apporter des repas cachères et d’influencer les jeunes gens à se rapprocher de la Torah...

LE RECIT DE LA SEMAINE

- Très bien, sourit le Rabbi. Mais ce n’était pas à cela que je pensais. Les étudiants juifs devraient avoir un endroit où manger cachère et, quand ils se rencontreront, cela diminuera les risques d’assimilation et de mariages mixtes.

En rentrant à Londres, Freddy ouvrit avec un ami un grand lieu d’échange ; un restaurant cachère de la ville leur fournit des repas pour les trois bâtiments de l’université. Des centaines d’étudiants purent ainsi disposer de façon fixe de nourriture cachère : « J’ai dû récolter de grosses sommes d’argent pour financer cette structure, raconte Freddy, et ceci eut des effets négatifs sur mes notes aux examens. Mais ce qui est étonnant, c’est qu’une telle entreprise était le résultat d’une courte rencontre avec le Rabbi ».

Freddy (Efraim) Hager termina ses études et entra dans les affaires, plus précisément dans le commerce des diamants. Par la suite, il devint l’adjoint au trésorier puis le président de la bourse des diamants de Londres.

Une vingtaine d’années plus tard, au mois de Nissan, Freddy se rendit à New York pour ses affaires. Un après-midi, après un rendez-vous à Manhattan, il prit le métro pour revenir à l’endroit où il résidait, dans le quartier de Flatbush à Brooklyn, avant de reprendre l’avion pour l’Angleterre.

Arrivé à la station Atlantic, il constata que l’arrêt se prolongeait indûment. Il jeta un coup d’œil sur sa montre, il était presque 15 heures. Il réalisa soudain : « Je suis presque arrivé à la station de métro Kingston, juste en face du 770 Eastern Parkway : dans un quart d’heure, le Rabbi descendra à la synagogue pour la prière de Min’ha et je pourrai peut-être arriver à l’heure... ». Il parvint à quitter le wagon juste avant la fermeture des portes et changea de quai pour attraper la ligne menant à la station Kingston Avenue. Une fois de plus, ce deuxième métro s’attarda et Freddy se mit à douter sérieusement de la suite de son emploi du temps. Enfin il sortit du métro : il était 15h20. La prière de Min’ha avait déjà bien commencé. Essoufflé, Freddy se consola : peut-être parviendrait-il à apercevoir le Rabbi quand il sortirait de la synagogue. Freddy se positionna dans le petit corridor juste devant le bureau du Rabbi.

La prière s’acheva, la porte s’ouvrit, le Rabbi sortit et se dirigea rapidement vers son bureau, sans même jeter un regard sur Freddy mais en signalant à son secrétaire : « Hager se trouve là pour les Matsot ! ». (Le Rabbi avait la coutume d’envoyer des Matsot Chmourot à de nombreuses communautés juives de par le monde par l’intermédiaire de voyageurs).

Le Rabbi entra dans son bureau et le secrétaire qui l’avait suivi s’adressa à Freddy : « Où étais-tu ? Le Rabbi veut faire parvenir grâce à toi des Matsot à Londres ! Nous t’avons cherché partout, toute la journée, en vain mais le Rabbi nous a assuré que tu viendrais ! ».

Freddy était stupéfait. Lui-même n’avait eu aucunement l’intention de se rendre chez le Rabbi, l’idée ne lui était venue qu’à cause du retard inexpliqué du métro à la station Atlantic !

Le Rabbi sortit de son bureau, il tendit un grand paquet de Matsot à Freddy en le nommant son émissaire pour distribuer les Matsot en Angleterre. Ensuite, il le gratifia d’une très belle bénédiction.

C’est ainsi que Freddy se souvint toute sa vie d’un merveilleux au-revoir auquel il n’aurait jamais osé rêver !⬢

Freddy était étudiant en économie à l’université de Londres. Il y fit connaissance d’un ‘Hassid de Loubavitch qui l’initia à la richesse de la pensée ‘hassidique. Enthousiasmé, le jeune homme n’avait qu’un rêve : mériter de rencontrer personnellement le Rabbi de Loubavitch. Durant l’été 1969, il travailla un mois, ce qui lui permit de payer le voyage jusqu’à New York le mois suivant. Il attendit toute une nuit de pouvoir entrer dans le bureau et ne pouvait s’empêcher de bailler en luttant contre le sommeil. Mais il fut surpris de constater que le Rabbi, lui, était bien éveillé. Il fut immédiatement émerveillé par ces yeux bleus et eut l’impression que c’était le Rabbi qui attendait avec impatience de le rencontrer et non le contraire.

Au début, le Rabbi s’intéressa aux origines ‘hassidiques du jeune homme : son nom de famille indiquait une parenté avec les Rabbis de Vijnitz. Freddy montra la photo de son grand-père, Rabbi Chalom Hager de Stroznitz. Le Rabbi lui demanda :

- Savez-vous ce que signifie le titre Admour (une autre façon de désigner un Rabbi) ? Le Baal Chem Tov était le premier Admour et il avait la coutume de ne pas aller dormir s’il restait dans la maison de l’argent qu’il n’avait pas distribué à des nécessiteux !

Le Rabbi réfléchit un instant et ajouta :

- Peut-être marcherez-vous sur les traces de votre grand-père...

Le jeune étudiant avait été très impressionné par cette entrevue. Il avait pensé qu’il rencontrerait un grand homme. Mais le Rabbi lui avait appris à se connaître lui-même.

Environ six mois plus tard, Freddy retourna à New York. De nombreuses personnes de tous horizons attendaient d’être reçues et le secrétaire, Rav Leib Groner avertit Freddy qu’il ne devait pas rester trop longtemps. Mais le Rabbi avait d’autres plans :

- Vous n’avez pas mentionné dans votre note ce dont nous avions discuté la dernière fois, remarqua-t-il.

- Rav Groner m’a prévenu que je ne devais pas abuser du temps du Rabbi, balbutia Freddy.

Le Rabbi sourit et proposa :

- Que préférez-vous : que je pose des questions et que vous répondiez ? Peut-être cela ne dérangera pas Rav Groner...

Puis le Rabbi posa une question qui déstabilisa Freddy :

- Les étudiants de l’université de Londres disposent-ils de nourriture cachère ?

Freddy répondit que, justement, on construisait un nouveau bâtiment pour un centre communautaire Beth Hillel : quand il serait terminé, en octobre, donc dans dix mois, il y aurait des repas cachères. Le Rabbi lui jeta un coup d’œil étonné :

- Et jusqu’au mois d’octobre, ils devraient manger non-cachère ?

Freddy ne sut pas quoi répondre.

- L’université de Londres, continua le Rabbi, est constituée de plusieurs bâtiments...

L’étudiant était stupéfait : d’où le Rabbi connaissait-il la disposition d’une université dans une ville qu’il n’avait jamais visitée ?

- Je suppose, ajouta le Rabbi, que seul l’étudiant intéressé à manger cachère se rendra dans le bâtiment où sera construit Beth Hillel. Comment envisagez-vous de procurer des repas cachères aux étudiants ?

Freddy s’enthousiasma :

- Oh oui, très bonne idée ! Il devrait être possible d’apporter des repas cachères et d’influencer les jeunes gens à se rapprocher de la Torah...

LE RECIT DE LA SEMAINE

- Très bien, sourit le Rabbi. Mais ce n’était pas à cela que je pensais. Les étudiants juifs devraient avoir un endroit où manger cachère et, quand ils se rencontreront, cela diminuera les risques d’assimilation et de mariages mixtes.

En rentrant à Londres, Freddy ouvrit avec un ami un grand lieu d’échange ; un restaurant cachère de la ville leur fournit des repas pour les trois bâtiments de l’université. Des centaines d’étudiants purent ainsi disposer de façon fixe de nourriture cachère : « J’ai dû récolter de grosses sommes d’argent pour financer cette structure, raconte Freddy, et ceci eut des effets négatifs sur mes notes aux examens. Mais ce qui est étonnant, c’est qu’une telle entreprise était le résultat d’une courte rencontre avec le Rabbi ».

Freddy (Efraim) Hager termina ses études et entra dans les affaires, plus précisément dans le commerce des diamants. Par la suite, il devint l’adjoint au trésorier puis le président de la bourse des diamants de Londres.

Une vingtaine d’années plus tard, au mois de Nissan, Freddy se rendit à New York pour ses affaires. Un après-midi, après un rendez-vous à Manhattan, il prit le métro pour revenir à l’endroit où il résidait, dans le quartier de Flatbush à Brooklyn, avant de reprendre l’avion pour l’Angleterre.

Arrivé à la station Atlantic, il constata que l’arrêt se prolongeait indûment. Il jeta un coup d’œil sur sa montre, il était presque 15 heures. Il réalisa soudain : « Je suis presque arrivé à la station de métro Kingston, juste en face du 770 Eastern Parkway : dans un quart d’heure, le Rabbi descendra à la synagogue pour la prière de Min’ha et je pourrai peut-être arriver à l’heure... ». Il parvint à quitter le wagon juste avant la fermeture des portes et changea de quai pour attraper la ligne menant à la station Kingston Avenue. Une fois de plus, ce deuxième métro s’attarda et Freddy se mit à douter sérieusement de la suite de son emploi du temps. Enfin il sortit du métro : il était 15h20. La prière de Min’ha avait déjà bien commencé. Essoufflé, Freddy se consola : peut-être parviendrait-il à apercevoir le Rabbi quand il sortirait de la synagogue. Freddy se positionna dans le petit corridor juste devant le bureau du Rabbi.

La prière s’acheva, la porte s’ouvrit, le Rabbi sortit et se dirigea rapidement vers son bureau, sans même jeter un regard sur Freddy mais en signalant à son secrétaire : « Hager se trouve là pour les Matsot ! ». (Le Rabbi avait la coutume d’envoyer des Matsot Chmourot à de nombreuses communautés juives de par le monde par l’intermédiaire de voyageurs).

Le Rabbi entra dans son bureau et le secrétaire qui l’avait suivi s’adressa à Freddy : « Où étais-tu ? Le Rabbi veut faire parvenir grâce à toi des Matsot à Londres ! Nous t’avons cherché partout, toute la journée, en vain mais le Rabbi nous a assuré que tu viendrais ! ».

Freddy était stupéfait. Lui-même n’avait eu aucunement l’intention de se rendre chez le Rabbi, l’idée ne lui était venue qu’à cause du retard inexpliqué du métro à la station Atlantic !

Le Rabbi sortit de son bureau, il tendit un grand paquet de Matsot à Freddy en le nommant son émissaire pour distribuer les Matsot en Angleterre. Ensuite, il le gratifia d’une très belle bénédiction.

C’est ainsi que Freddy se souvint toute sa vie d’un merveilleux au-revoir auquel il n’aurait jamais osé rêver !⬢

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