Le nom de la Paracha de cette semaine, Mikets, se traduit par « la fin ». Il apparaît dans le contexte des deux dernières années que passa Yossef en prison, à l’issue desquelles le pharaon fit un rêve dans lequel il se tenait sur la rive du fleuve.
Inutile de répéter que dans ce monde, rien ne se produit par accident ou par coïncidence et a fortiori certainement pas dans la Torah. Le fait donc que toute la partie de la Torah qui évoque la montée au pouvoir de Yossef, comme chef de l’Egypte s’appelle « la fin » est instructif.
Le terme « la fin » se retrouve dans la littérature biblique à la fin du livre de Daniel, un livre traitant abondamment du futur du monde. La période finale qui suit tout le labeur de la vie, comme nous la vivons, se réfère comme « Kèts Hayamim », « la fin des jours ».
Ainsi, le mot « la fin » est-il une référence à la période connue comme l’âge messianique ou l’Ere de la Rédemption.
L’on est désormais en droit de se poser une question : quel est le lien entre la montée au pouvoir de Yossef, qui fut le résultat de son succès dans l’interprétation des rêves du pharaon, et « la fin des jours » ?
La réponse réside dans une meilleure compréhension du sens que revêt l’ascension de Yossef au statut de dirigeant de l’Egypte et d’approvisionneur de nourriture pour le monde entier.
LA SPÉCIFICITÉ DE YOSSEF : LE BOND EN AVANT
Le nom lui-même de Yossef explique sa qualité unique. La racine du mot « Yossef » signifie « croître ». En termes simples, cela signifie que l’on devrait toujours grandir et ne jamais rester figé au même niveau.
Dans un sens plus profond, le terme « croître » implique un bond en avant. Tandis que la plupart des individus peuvent se satisfaire d’une croissance progressive, une personnalité forgée sur Yossef vise à une croissance exponentielle, extrêmement rapide.
LA PHILOSOPHIE DES FRÈRES DE YOSSEF
Nous pouvons peut-être comprendre désormais pourquoi Yossef et ses frères ne pouvaient se regarder dans les yeux. Les frères de Yossef, rapportent nos Sages, n’étaient pas des gens mesquins, jaloux ou violents. Bien au contraire, ils étaient des hommes saints ne pouvant tolérer ceux qui violaient ce qu’ils percevaient comme la « norme Divine ». Certains individus croyaient en la croissance et y aspiraient. Mais pour eux, la notion de grandissement devait entrer dans des normes et des calculs. Pour eux, l’approche non conventionnelle de Yossef était inadéquate avec le système d’organisation de D.ieu.
En fin de compte, ce fut l’approche de Yossef qui fut validée.
Le Judaïsme, tout en respectant les normes et les conventions, nous demande que, dans certaines circonstances, nous nous élevions au-dessus de ces normes et que nous accomplissions un bond en avant.
En accédant au pouvoir et en pourvoyant aux besoins du monde, Yossef entreprit de semer les graines spirituelles qui donneraient au monde son aptitude à s’élever au-dessus de toutes les contraintes et de tous les obstacles et d’annihiler toutes les traces de faim spirituelle.
LES HUIT JOURS DE ‘HANOUCCAH
Telle est la leçon ultime de ‘Hanouccah, que nous célébrons, avec cette pratique qui consiste à ajouter constamment une nouvelle bougie, chaque soir. Or, il se trouve que l’on se réfère au huitième soir comme à « Zot ‘Hanouccah » : « ceci est ‘Hanouccah ». Pourquoi le huitième et dernier jour est-il plus mis en avant que les autres jours ?
C’est parce que passer de sept à huit représente une croissance qualitative.
Huit est le chiffre qui symbolise le fait de s’élever au-dessus du cycle naturel représenté par le chiffre sept. Ce bond en avant, celui de Yossef, est ce qui nous donne la possibilité de changer le monde et de faire venir « Kets Hayamim », « la fin des jours » comme nous les connaissons.
En tant que Juifs, nous ne croyons pas en une fin du monde apocalyptique. Nous croyons en une transformation positive. A cette époque, le modèle de Yossef, celui d’une élévation fulgurante au-dessus de toutes les limites, deviendra la norme du monde entier.
Pour préparer cette « fin de l’expérience », à nous de suivre le modèle de Yossef et celui de ‘Hanouccah !
