Ils s’appelaient David et Myriam. Mariés depuis plusieurs années, ils n’avaient toujours pas d’enfants. Ils avaient consulté de nombreux médecins, s’étaient soumis à toutes sortes d’examens et procédures médicales complexes, fatigantes, onéreuses mais... en vain. Ils avaient fait appel à toutes sortes de Rabbins, s’étaient recueillis sur toutes les tombes de Tsadikim, s’étaient renseignés sur toutes les prières et Segoulot possibles... On leur avait conseillé de lire plusieurs fois tel Psaume, d’allumer tant et tant de bougies à certains moments...
Un jour, quelqu’un leur expliqua l’importance de la Haftara du premier jour de Roch Hachana : ce texte raconte la naissance du prophète Chmouel (Samuel) après que sa mère ‘Hanna soit restée stérile durant de longues années. « Le jour de Roch Hachana, ajouta-t-il, le responsable de la synagogue « vend » aux enchères le mérite d’être appelé à la Torah le dernier et d’avoir ainsi le privilège de lire la Haftara. Celui qui acquiert ce mérite, D.ieu sait comment le récompenser ! ».
Oui mais voilà : les enchères pouvaient monter très haut. David en discuta avec son épouse et celle-ci l’encouragea : « A quoi nous sert notre argent si nous n’avons pas d’enfants ? Voilà une Segoula que nous n’avons encore pas essayée et il ne faut pas la laisser passer ! Accepte le défi, quel que soit le prix !
Le grand jour de Roch Hachana arriva. Les enchères commencèrent d’emblée très haut : 1000, 5000, 10 000... David persistait, renchérissait de son mieux : les enfants jubilaient devant cette animation soudaine, les fidèles suivaient avec intérêt, se demandant jusqu’où les protagonistes seraient prêts à proposer pour la dernière montée à la Torah. Finalement, David emporta la mise avec 25 000 dollars, une somme colossale mais il était heureux d’approcher enfin de son but.
On commença la lecture. Juste après la sixième montée, un inconnu s’approcha de David : « Je sais que vous avez acheté cette montée mais j’ai un grand service à vous demander : Voilà ! Cette semaine, il y aura le Yahrzeit (l’anniversaire du deuil) de mon père et, selon la coutume, je dois monter à la Torah. Mais mon frère est déjà monté en quatrième ! D’après la Hala’ha, deux frères ne doivent pas monter à la Torah l’un après l’autre : pouvez-vous me laisser monter maintenant à la Torah afin que je puisse respecter mon père comme il se doit ? ».
Comment auriez-vous réagi à la place de David ? Il aurait pu expliquer sa situation, demander à cet homme d’aller prier dans une autre synagogue, lui reprocher de s’y prendre au dernier moment... Mais non. David accepta sans hésiter et laissa sa place à cet inconnu, un Juif qui semblait tout-à-coup tellement attaché aux traditions même s’il n’en avait pas vraiment le « look »...
En-haut, dans la galerie des dames, Myriam regardait sans comprendre ce qui se passait, elle retenait ses larmes et tentait de se concentrer sur les mots du Ma’hzor (le livre de prières). Elle avait accepté que son mari paye une somme considérable et un inconnu venait de prendre cette place tant convoitée... Il faudrait donc attendre encore un an pour tenter cette Segoula...
Après l’office, David expliqua à son épouse ce qui s’était passé et conclut : « Après tout, nous n’avons pas encore essayé la Segoula de l’amour du prochain. En permettant à cet homme d’accomplir la Mitsva de respecter ses parents, nous avons peut-être acquis le droit d’être nous aussi bientôt respectés en tant que parents... ».
Myriam hocha la tête et approuva la décision de son mari.
L’année suivante, le même inconnu se présenta dans la synagogue et s’approcha de David pour s’excuser :
- Je ne savais pas... On m’a expliqué, on m’a fait comprendre que je me suis très mal conduit l’année dernière ! Je suis prêt à payer tout ce qu’il faudra pour que tu puisses monter à la Torah en sixième et ainsi, lire la Haftara de Hanna !
- Ce n’est pas la peine, le rassura David avec un grand sourire. Nous avions essayé toutes les Segoulot mais nous avions encore à essayer la Segoula d’Ahavat Israël, l’amour du prochain, l’amour gratuit, même envers un inconnu. Le mois dernier, ma femme a donné naissance à des jumeaux...
Rav Shneor Ashkenazi
Traduit par Feiga Lubecki