Quand les fêtes se sont achevées, c’est comme une impression étrange qui est descendue sur chacun : le monde a repris sa place. Les fêtes ont été le temps de l’élan, une sorte de saut vers le ciel, vers tout ce qui nous dépasse, et, quand elles se sont terminées, le quotidien est réapparu dans sa pleine puissance. Mais est-ce vraiment le même quotidien, le même monde dans lequel nous retournons ? Après les expériences spirituelles infinies que nous venons de vivre, cela ne peut pas être le cas.
Alors, regardons le texte qui rythme la vie, la nôtre autant que celle de l’univers : dans le déroulé de la Torah, nous voici revenus à l’histoire de Noé et du déluge.
Comment ne penserait-on pas immédiatement à ce qu’il nous est donné de vivre aujourd’hui, individuellement et collectivement : un véritable déluge de mots et d’invectives, d’événements et d’épreuves. Sur tous les continents, c’est comme une tempête qui se lève contre tout ce qui est bon et juste, et que chacun, à quelque nation qu’il appartienne, s’était pourtant habitué à considérer comme tels. Comme au temps de Noé, tout ce qui retenait, jusqu’ici, le déchaînement des éléments semble s’être ouvert pour laisser passer leur frénésie. Au-delà de la constatation, facile, de la catastrophe, c’est l’attitude de Noé qu’il convient ici de retenir : sans désemparer, il construit un refuge, que l’on appellera une arche. Et, confiant dans la Parole Divine, il y monte avec sa famille et tout ce qui, dans ce monde en perdition, doit être sauvé du déferlement.
Il faut se représenter cette histoire : un simple bateau, jouet des flots tumultueux, emporté au gré des éléments hors de contrôle. Mais le bateau tient. C’est un authentique refuge et, une fois que tout sera terminé, c’est à partir de ses occupants, qui n’ont jamais perdu espoir, que tout recommencera. L’image est littéralement bouleversante et on n’a guère de peine à imaginer l’éclat radieux du monde lorsqu’il renaît. Nous sommes dans une situation du même type. Les vents soufflent en tempête ? Tout semble se liguer contre le droit et la justice et, bon gré, mal gré, il nous faut affronter... un déluge ? Tout cela peut certes être constaté mais notre arche ancestrale est toujours là : la Torah, ses commandements. Ils sont le refuge ultime qui fait de notre pérennité une éternité. Fidèles à nous-mêmes, heureux d’être ce que nous sommes, les tempêtes ne nous ont jamais effrayés. Rien ne peut vaincre la lumière, et nous en sommes les porteurs.