La Paix entre l’Homme et Dieu : Le Fondement
En répétant cette affirmation à quatre reprises, nos Sages suggèrent probablement que la paix véritable et durable ne peut être complète que si elle n’est pas un « fragment » de paix mais une paix dans son intégralité, c’est-à-dire aux quatre niveaux fondamentaux, qui reposent sur la paix entre l’individu et D.ieu.
Une relation saine avec D.ieu permet alors de prendre conscience de notre nature divine, celle de notre âme spirituelle. Cette prise de conscience incite à instaurer une connexion harmonieuse entre le corps et l’âme.
En l’absence de cette réalisation, le corps et l’âme se comportent comme des adversaires. Certains individus cherchent à infliger à leur corps des pratiques rigoureuses afin d’en atténuer la résistance face à la volonté de leur âme, tandis que d’autres accordent une attention excessive aux besoins corporels. Toutefois, lorsque la personne entretient un lien authentique avec D.ieu par l’accomplissement des Mitsvot, cela lui permet d’établir un équilibre adéquat entre le corps et l’âme. Selon l’enseignement du Baal Chem Tov, il ne s’agit pas de punir le corps, mais plutôt d’amener celui-ci à fonctionner en harmonie avec l’âme.
Par extension, on comprend qu’il existe également une dimension divine au sein du mariage ; homme et femme deviennent ainsi des instruments d’une énergie divine combinée qui génère une force spirituelle plus intense que celle produite par un individu seul.
Comme l’affirme le Talmud, les termes « Ich » (homme) et « Ichah » (femme) contiennent à la fois le Nom de D.ieu et le mot désignant le feu, « Ech ». Lorsque la présence divine est manifeste parmi eux, ce feu se transforme en une passion puissante et ardente.
À l’inverse, en l’absence de cette présence divine, ce même feu peut générer de la colère destructrice et de l’hostilité.
En concentrant notre attention sur nos énergies divines, nous réalisons que les éléments qui nous différencient des autres, notamment nos préoccupations corporelles, sont insignifiants comparés aux enjeux spirituels qui nous unissent. Cela favorise une unité accrue, ainsi que des liens d’amitié et d’amour. Comme l’explique Rabbi Chnéor Zalman dans le Tanya : lorsque l’accent est mis principalement sur l’âme comme influence principale, il devient plus aisé d’aimer autrui.
Il est désormais possible de comprendre pourquoi la paix et l’unité instaurées par les bâtisseurs de la Tour de Babel ne pouvaient perdurer. En effet, elles n’étaient pas fondées sur un respect des dimensions spirituelles de l’humanité qui nous rassemblent ; elles répondaient plutôt à un désir d’autoglorification exprimé par leur volonté « de se faire un nom ». Cette paix limitée et superficielle était donc vouée à ne pas durer.
L’Héritage d’Avraham
L’héritage d’Avraham réside dans sa capacité à percevoir la symbiose entre la conscience de D.ieu et toutes les formes de paix. La génération du déluge a rejeté le concept même de bonté et de sollicitude envers autrui, tandis que celle de la tour de Babel a tenté de remédier à cette situation en mettant l’accent sur la nécessité d’unité. Toutefois, seul Avraham a compris qu’il est impossible de dissocier ces deux dimensions.
Bien qu’Avraham soit reconnu comme celui qui incarna justice et droiture, il fut également celui qui prôna l’adoration d’un D.ieu unique. L’amour de D.ieu ne peut être séparé de l’amour du prochain ; toute tentative en ce sens est vouée à l’échec.