La Sidra de la Semaine
Dans un monde consumé par la violence et la corruption, D.ieu s’adresse au seul homme juste et lui demande de construire une « Téva » (arche) pour se protéger (ainsi que sa famille et des spécimens de chaque espèce animale) du déluge qu’Il va déverser sur la terre.
Après quarante jours et quarante nuits de pluie et cent cinquante jours durant lesquels les eaux ont augmenté et puis ont enfin subi une accalmie d’accalmie, l’arche se pose sur le Mont Ararat. Noa’h constate que la terre a complètement séché, (trois cent soixante-cinq jours après le début du Déluge) et il obéit à l’ordre de D.ieu de sortir de l’arche et de repeupler la terre.
Noa’h construit un autel et offre à D.ieu des sacrifices de gratitude et D.ieu jure de ne plus jamais détruire l’humanité. Il fait naître un arc en ciel comme signe de cette nouvelle alliance. D.ieu donne également à Noa’h sept lois destinées à l’humanité entière.
No’ah, devenu vigneron, est intoxiqué par l’alcool. Deux de ses fils, Chem et Yaphèt sont bénis pour l’avoir recouvert dans sa nudité, le troisième, ‘Ham, est puni de lui avoir manqué de respect.
Les descendants de Noa’h défient le Créateur et construisent une tour, à Babel, pour affirmer leur invincibilité. D.ieu mêle alors tous leurs langages si bien que, faute de se comprendre, ils abandonnent leur projet et s’éparpillent sur la terre, se séparant en soixante-dix nations.
La fin de la Paracha Noa’h énonce la chronologie des dix générations séparant Noa’h d’Avram et le voyage de ce dernier depuis son lieu de naissance Our Kasdim, vers ‘Haran, sur le chemin de la terre de Canaan.
Les Eaux de Noa’h
120 Ans ?
Dans la Paracha de cette semaine, la Torah mentionne comment D.ieu ordonna à Noa’h de construire une arche afin de préserver sa famille du déluge qui anéantirait presque tous les habitants du monde. Nos Sages, dans le Midrach, nous enseignent que Noa’h consacra 120 ans à la construction de cette arche ! Dès lors, il convient de s’interroger : cette durée prolongée était-elle due à la lenteur de Noa’h ?
En réalité, nos Sages nous informent que l'implication extensive de Noa’h dans la construction de l'arche faisait partie de sa mission visant à susciter une prise de conscience chez des individus corrompus. Lorsque ceux-ci lui demandaient pourquoi il consacrait sa vie à bâtir l'arche, il devait évoquer le désastre imminent afin de les inciter à changer leur comportement.
Cependant, malgré son dévouement au commandement de construire l'arche pendant 120 ans, le Zohar (l'œuvre principale du mysticisme juif) critique Noa’h pour ne pas avoir prié pour sa génération. Le prophète Yéchayahou (Isaïe), dans la Haftara de cette semaine (lecture complémentaire des Prophètes), fait donc référence au déluge comme aux « eaux de Noa’h », insinuant qu’il aurait pu éviter ce fléau. Ainsi, le déluge lui est imputé, à lui, comme s’il était responsable des péchés du peuple.
Qu'est-ce qu’il manquait à Noé ?
Une question peut être posée : n'était-il pas suffisant qu'il ait consacré 120 ans à la construction de l'arche et qu'il ait utilisé cette période pour avertir ses contemporains du déluge et de la nécessité de se repentir ? Qu’aurait-on pu attendre de plus de Noa’h ?
La réponse réside dans la nature des efforts de Noa’h pour inciter les gens à changer. Il se souciait davantage du respect de la Volonté divine que du sort des membres de sa génération. Il était l’antithèse de Moché. Ce dernier était si préoccupé par le sort du Peuple juif qu'il était prêt à donner sa vie pour eux, au point d'affirmer devant D.ieu : « Si Tu ne leur pardonnes pas, efface-moi de Ton livre ». Moché vivait selon la Torah et pourtant il était disposé à renoncer à son association avec celle-ci afin de sauver le Peuple juif. C’était là une démonstration puissante d’empathie envers son peuple, dépassant ainsi le simple accomplissement de la Volonté divine !
Malheureusement pour le peuple vivant à l’époque de Noa’h, celui-ci ne possédait pas cette sensibilité. Il s’acquittait simplement des tâches qui lui étaient assignées ; ni plus ni moins. Il manquait d'empathie.
Deux Impératifs
L’enseignement que nous retirons de cet épisode est qu'un Juif doit se préoccuper de deux aspects fondamentaux. Tout d’abord, à l’instar de Noa‘h, il est essentiel de s’engager pleinement au respect des commandements divins. Afin d'éviter toute interprétation erronée suggérant que seule l'empathie compte. La Torah précise que Noa’h était un homme juste parce qu'il agissait conformément aux préceptes.
Par ailleurs, la seconde leçon issue du récit concernant Noa’h est qu'il ne suffit pas d'être exclusivement dévoué au respect de la Volonté divine concernant le bien-être du Peuple juif. Nous devons suivre l'exemple donné par Moché, qui était prêt à sacrifier sa propre vie pour les Juifs. Chacun devrait déployer tous les efforts possibles pour aider autrui et plus particulièrement un proche ou un autre Juif non pratiquant.