En 1968, le Rabbi avait envoyé un groupe de jeunes étudiants de la Yechiva de New York en Australie pour y renforcer l’atmosphère ‘hassidique. Leur séjour devait durer deux ans : ils devaient donc être en bonne santé et, bien sûr, obtenir le consentement de leurs parents. Mon frère avait fait partie de ce premier groupe et je souhaitais faire partie du prochain. Le lendemain de Pourim 1969, alors que je participais à une joyeuse réunion ‘hassidique, je sentis une légère tape sur mon épaule : c’était le regretté Rav Binyamin Klein, un des secrétaires du Rabbi, qui m’invita dans le bureau de Rav Hodakov, le secrétaire principal : j’étais sélectionné pour me rendre en Australie.
Nous devions y arriver avant Pessa’h. Avec cinq autres camarades, nous avons eu droit à une entrevue, ensemble, avec le Rabbi. Quand nous entrâmes dans le bureau, il y avait une boîte de Matsot Chmourot sur une table à l’arrière de la pièce. Le Rabbi nous expliqua que, puisque le premier groupe avait achevé sa mission, il nous appartenait non seulement de la continuer mais de la développer. Il nous demanda de prendre chacun une Matsa complète et deux morceaux brisés puis il nous confia une mission qui lui avait toujours été très chère : participer aux caisses de bienfaisance avant les fêtes. Il donna à chacun de nous 36 dollars à distribuer à un fonds destiné aux achats de Pessa’h pour les nécessiteux en Australie.
Le même jour, il édita une retranscription de ses paroles à notre égard pour en expliquer chaque détail. Par exemple, à propos de l’argent qu’il nous chargeait de remettre à la Tsedaka pour Pessa’h, il écrivit une note : « Voir Le Code de Lois de Rabbi Chnéour Zalman, 429 : 6 ».
Qu’est-il écrit dans cette référence ? La loi oblige chaque habitant d’une ville à contribuer, surtout avant Pessa’h, aux appels de fonds pour les besoins des nécessiteux. Qui est considéré comme un habitant ? Celui qui a habité dans la ville plus de trente jours. Cependant, continuait Rabbi Chnéour Zalman, cette définition ne s’applique qu’à celui qui y habite temporairement ; mais celui qui y déménage (durablement) doit contribuer aux besoins des pauvres dès qu’il arrive.
Ainsi le Rabbi signifiait que la loi s’appliquait bien à nous : bien qu’envoyés uniquement pour une période de deux ans, nous étions considérés comme des habitants permanents en Australie. Quand on est un émissaire du Rabbi, on ne vérifie pas dans le calendrier combien de temps on doit encore rester : pendant chaque seconde, on est là en permanence et pour toujours. Ce discours édité fut lu et expliqué pendant la petite réception organisée en l’honneur de notre départ ; quelques jours plus tard, nous arrivâmes en Australie.
Là, nous étions comme coupés du monde, les communications n’étaient pas aussi développées que maintenant, on ne téléphonait en Amérique que dans des cas d’extrême urgence. Nous n’étions au courant de ce qui se passait chez le Rabbi que par la poste, quand un des camarades restés sur place prenait la peine d’écrire un résumé du Farbrenguen de Chabbat ou, en semaine, de nous envoyer un enregistrement des discours du Rabbi.
Cette année – 1970 - marquait le vingtième anniversaire de la prise de fonction officielle du Rabbi (après le décès de son beau-père, le Rabbi précédent). Les gens voyagèrent du monde entier pour participer à ce moment historique. Mais nous étions bloqués au bout du monde. Cependant, en Israël, des ‘Hassidim eurent l’idée de transmettre le Farbrenguen par téléphone directement depuis le 770 Eastern Parkway : nous avons immédiatement décidé de nous joindre au mouvement.
Mais le coût était exorbitant, chaque minute valait une fortune et le Farbrenguen durait des heures... Je tentais de ramasser des fonds autour de moi puis, désespéré mais déterminé, je demandais à ma sœur de m’envoyer tout l’argent que j’avais reçu pour ma Bar Mitsva !
Le décalage horaire aussi était un gros problème : le Farbrenguen qui commençait à New York jeudi 12 Tamouz à 21h30 était retransmis à Melbourne peu avant l’entrée du Chabbat !
Nous avons installé un haut-parleur dans la principale synagogue et, au fur et à mesure de la retransmission, les membres de la communauté commençaient à arriver, vêtus de leurs habits de Chabbat. Vers la fin, le Rabbi se mit à chanter « Ki Elokim Yochia Tsion » avec tant d’enthousiasme que, spontanément, nous nous sommes mis à danser. Rav ‘Haïm Serebryanski avait apporté des biscuits et de la vodka et, bien vite, nous étions tous en ébullition, chantant et dansant sans nous soucier des regards incrédules des autres fidèles : c’était la première fois que nous écoutions un Farbrenguen du Rabbi en direct en Australie !
Cinq mois plus tard, nous avons tenté d’écouter le Farbrenguen du 19 Kislev. Cette fois, le système était différent : chaque centre Loubavitch pouvait se connecter avec un numéro personnel et, en cas de problème, il y avait un numéro d’urgence. Inexplicablement notre numéro ne fonctionnait pas et le numéro d’urgence non plus. Nous devenions nerveux... Puis, au bout d’une heure, nous avons soudain pu nous connecter et, juste à ce moment, le Rabbi parla de l’Australie : récemment, dit-il, on lui avait demandé s’il fallait envisager l’offre d’achat d’un plus grand terrain, très cher, pour la Yechiva : « Pourquoi gaspiller de l’argent pour poser pareille question ? protestait le Rabbi. La réponse est évidente : il faut que la Yechiva s’agrandisse ! ». Et pour montrer sa détermination, le Rabbi annonça que lui-même participerait financièrement à cet achat.
C’était précisément à cet instant que la communication avait été établie !
En concluant la réunion, le Rabbi invita chacun à trinquer « Le’haïm - A La Vie » en mentionnant spécifiquement nous qui écoutions depuis l’Australie !
Rav Leibel Altein - JEM
Traduit par Feiga Lubecki