Le mois d’Adar tirant à sa fin amène toujours la même interrogation : et maintenant ? De fait, le Talmud nous l’a annoncé presque en fanfare : « Quand entre le mois d’Adar, on multiplie la joie ! » Cette phrase s’interprète de la façon suivante : chaque jour qui passe doit être empreint d’une joie encore supérieure à celle du jour précédent ! Bien sûr, c’est la fête de Pourim qui, de sa lumière toute spéciale, anime la période mais son éclat, en-dehors des jours spécifiques de la célébration, s’étend à tout le mois. C’est dire qu’elle est présente avec une force croissante depuis le 1er Adar jusqu’à son dernier jour. Ainsi, alors que la joie sans limites des jours de Pourim, sans doute inoubliable, s’éloigne naturellement peu à peu dans le temps, celle du mois continue de croître et elle nous entraîne avec elle.
Car, contrairement à ce que les apparences pourraient conduire à croire, la joie n’est pas une affaire simple, une sorte d’oubli des réalités, une respiration bienvenue dans les méandres de l’existence. Elle est, à l’opposé de telles idées, une prise de conscience. Etre joyeux, c’est savoir que D.ieu nous a fait le don prodigieux de la vie, être pénétré de l’idée qu’Il nous accompagne à chaque instant et nous donne le pouvoir de nous lier à Lui au travers de ses commandements, simples créatures s’unissant au Créateur.
Et cette joie change tout. Parce qu’elle ne se laisse restreindre par rien, parce qu’elle est ancrée dans ce qui dépasse le monde, elle libère ceux qui en sont porteurs de toutes ces chaînes que le quotidien tend à nous imposer. C’est alors qu’un vent de liberté se met à souffler pour qui a l’oreille fine et le cœur enthousiaste. Joie d’être profondément libre, de savoir que rien ne peut arrêter le Bien ni nous contraindre à agir à l’encontre de ce que nous voulons vraiment : la fidélité à D.ieu et à ce que nous sommes.
Qui l’aurait pensé ? Un mois d’Adar finissant et nous voici propulsés vers les sommets, degré après degré ou jour après jour. La joie et la liberté sont décidément deux bons compagnons et c’est avec eux que nous avançons. N’est-ce pas le mois de Nissan, celui de Pessa’h, qui se profile déjà ? Puisse- t-il, avec la joie dont nous sommes à présents infiniment dotés, nous emmener jusqu’à la liberté ultime, le temps de Machia’h.