CHEMINI
27 ADAR II 5784
6 AVRIL 2024
LA SIDRA DE LA SEMAINE
Le huitième jour, suivant les sept jours de leur initiation, Aharon et ses fils commencent leur service de Cohanim (prêtres). Un feu jaillit au-dessus de l’autel pour consumer les offrandes et la Présence Divine vient résider dans le Sanctuaire.
Les fils aînés d’Aharon offrent un « feu étranger devant D.ieu, qu’Il ne leur avait pas commandé » et ils meurent devant D.ieu. Aharon reste silencieux devant cette tragédie.
Moché et Aharon sont, par la suite, en désaccord sur un point de la loi concernant les offrandes mais Moché reconnaît qu’Aharon a raison.
D.ieu ordonne les lois de la Cacherout, identifiant les espèces animales permises et celles qui sont interdites à la consommation. Les animaux mammifères ne peuvent être consommés que s’ils ont le sabot fendu et ruminent. Les poissons doivent posséder des nageoires et des écailles. Une liste d’oiseaux non Cachers est établie ainsi qu’une liste d’insectes Cachers (quatre espèces de sauterelles).
Chemini comporte également certaines lois de pureté rituelle, y compris celles qui évoquent la nature purificatrice du Mikvé (un bassin d’eau construit selon certaines règles précises) et d’une source d’eau. C’est ainsi que le peuple est enjoint de « faire la distinction entre l’impur et le pur ».
CACHER, À L’INTÉRIEUR
Toutes les lois de la Torah s’appliquent à différents niveaux. Les lois de la Cacherout, qui nous sont détaillées dans le Livre de Vayikra, ne font pas exception à cette règle. Tout d’abord, elles ont une dimension pratique : elles indiquent les animaux, les oiseaux et les poissons que nous pouvons consommer. Mais elles possèdent également une implication spirituelle et personnelle, un enseignement propre à chaque individu concernant son cheminement dans la vie. L’idée que certains animaux sont cachers, ce qui signifie littéralement « aptes » et adéquats et que d’autres ne le sont pas, nous parle de nous-mêmes.
Chacun d’entre nous possède en lui un aspect divin, ce que l’on appelle une âme divine, qui se concentre sur la spiritualité et la bonté altruiste. Il se peut que notre âme divine ne s’exprime, dans notre vie, que rarement. Sommes-nous souvent impliqués dans quelque chose de spirituel ? Après tout, la belle atmosphère de Chabbat qui émane le vendredi soir des bougies illuminant la table festive n’apparaît qu’une fois par semaine. Apparaissent plus fréquemment les désirs, les pensées et les comportements du quotidien qui sont l’apanage de notre « âme animale ».
Cette âme animale nous encourage à nous absorber dans l’aspect matériel de la vie comme la quête du plaisir et d’une variété de formes d’excitation. Notre éducation, la société environnante et notre propre personnalité poussent notre âme animale à se comporter d’une manière « civilisée », tout comme de nombreux animaux peuvent être domestiqués. Le défi demeure néanmoins. Pouvons-nous éduquer notre âme animale pour qu’elle se comporte de manière « cachère » ?
Les animaux cachers se définissent par leur sabot fendu et le fait qu’ils ruminent.
Les enseignements de la ‘Hassidout traduisent ces deux concepts en qualités humaines. Le sabot représente la partie inférieure de notre être, le niveau où nous nous tenons sur le sol. Mais ce sabot doit être fendu. Cela signifie que même à notre niveau le plus matérialiste, le plus terre à terre, nous devons vivre une expérience imprégnée de sainteté. Le fossé infranchissable entre le spirituel et le matériel est annihilé par la fente du sabot. En suivant les enseignements de la Torah, cette fente nous permet de combiner ces deux aspects de notre personne : le matériel et le spirituel.
Prenons pour exemple la nourriture. Bien sûr, nous désirons que notre alimentation soit bien préparée et délectable. Nos « sabots gastronomiques » sont fermement enfoncés dans le sol. Mais est-ce là tout ce à quoi nous aspirons ? Bien sûr que non ! Et voilà la raison d’être de la fente du sabot. Elle correspond à notre préoccupation de faire en sorte que les aliments que nous consommons respectent les lois de la Cacherout et les autres aspects de l’idéal de la Torah. La ‘Hassidout déclare que par cette fente jaillit une illumination spirituelle.
Qu’en est-il de la rumination ? Ruminer suggère l’idée de penser et repenser, de réfléchir... Et cela constitue un trait distinctif d’un comportement spirituel sain. « L’esprit domine le cœur » est une pensée juive traditionnelle qui décrit la capacité que nous possédons à utiliser notre réflexion pour notre plus grand profit spirituel. Réfléchir de façon approfondie plutôt que de se précipiter sous l’influence de nos émotions nous permet d’atteindre un véritable mode d’action efficace.
Ainsi, posséder en soi des sabots fendus et l’habitude de ruminer nous aide à garder « cacher » nos cuisines mais aussi toute notre vie.
RECONNAISSANCE
Notre cheminement dans la vie comporte différentes expériences. Certaines sont heureuses et bruyantes, d’autres sont plus sombres ; certaines consistent à s’obstiner jour après jour à faire ce qu’il y a à faire, d’autres sont sereines et émouvantes. Certaines sont source d’inspiration.
Selon les enseignements de la Torah, à travers ce périple et à chaque étape de notre vie, nous tissons une relation importante avec l’Infini, avec D.ieu le Créateur et la Source de vie de l’Univers. La plupart du temps, nous sommes complètement inconscients de cette relation. Les moments de joie ou de désespoir qui parsèment notre expérience nous la cachent souvent mais elle peut apparaître subrepticement à d’autres moments.
La Paracha de cette semaine, Chemini, nous offre un exemple intense et extatique de reconnaissance de D.ieu. Le Peuple juif, guidé par Moché, avait construit l’édifice magnifique du Michkane (le Tabernacle). C’était un lieu extraordinaire fait de toutes sortes de travaux artistiques en or, en argent, en cuivre, en cèdre, en laine et en habiles tapisseries.
Mais le Sanctuaire n’était pas seulement un lieu de réalisations artistiques splendides. Le but du Michkane était d’être une Résidence pour D.ieu, sur terre, un lieu où l’on pouvait Le reconnaître.
Sous la direction de Moché, une cérémonie d’inauguration avait été menée durant sept jours qui en avait fait non seulement un endroit de réalisations artistiques mais une Résidence divine. Notre Paracha commence le huitième jour (Chemini signifie « huit »). Moché fait une déclaration qui frappe par son aspect direct : « Voilà ce que D.ieu vous a ordonné de faire, pour que la Gloire de D.ieu se révèle à vous ».
Ses instructions concernent le fait d’apporter des sacrifices sur l’autel. Puis Aharon bénit le peuple de la prière sacerdotale. Moché et Aharon entrent alors dans la Tente du Sanctuaire, en sortent et bénissent le peuple. A ce point, soudain, la Gloire de D.ieu se révèle effectivement : une colonne de feu émerge de la Tente du Sanctuaire et brûle l’offrande qui se trouve sur l’Autel.
C’est alors que le Peuple juif reconnaît D.ieu. Ils crient et se prosternent devant le Sanctuaire. Il s’agit là d’un authentique moment de reconnaissance du Divin.
Pourtant, s’interroge le Rabbi de Loubavitch, qu’en est-il de nous plus de 3300 ans après ? Nous vivons à une époque où nous n’assistons pas à ce genre de révélations, dans un monde qui semble se conduire tout seul selon des lois logiques et rationnelles, sans apparitions de feu divin !
L’une des attitudes possibles est que bien que nous n’assistions pas à ces révélations, nous nous comportions comme si nous en étions les témoins. Notre être physique, bien entraîné au virtuel aujourd’hui, ne perçoit pas D.ieu mais notre âme le fait. Il nous faut donc agir en conséquence, comme si nous étions conscients du Divin et nous dévouer à l’étude de la Torah.
