La saison n’invite sans doute pas à l’effort renouvelé ni à l’enthousiasme des grandes espérances. L’hiver déroule ses journées si courtes et si longues à la fois et la nature tout entière vit une forme de repli sur soi. Le mois de Tévèt est celui, disent nos Sages, où « le corps jouit de lui-même ». Il y a ici une forme de confort à accepter cette sorte d’hibernation. Bien sûr, la réalité existe toujours, chacun en est conscient, mais comme estompée. Etre chez soi, vivre dans son entre soi, cela peut alors devenir un idéal, une aspiration. Et c’est ainsi que l’on peut finir par se fermer au monde qui nous entoure.
C’est précisément dans de telles périodes qu’il faut se garder d’une telle évolution. L’homme ne peut se définir que comme un être ouvert aux autres, à son entourage, à sa famille et à ses amis, et aussi à tous, proches ou lointains, physiquement ou moralement. Il ne faut pas laisser les températures extérieures influencer notre cœur, notre âme ou notre esprit. Il faut, d’une certaine façon, incarner cette chaleur qui manque à présent. Il est clair qu’une question majeure se pose ici : comment assumer cette charge dans un monde froid ? Comment lutter contre des conditions de vie dont la maîtrise nous échappe ?
Peut-être faut-il se souvenir d’une idée fondatrice, base du judaïsme : l’homme, créature Divine, est libre. Il est le seul être de la création à posséder cette caractéristique : il peut choisir ses actes, décider de son sort sans que rien, jamais puisse le contraindre sans retour. Fort de cette liberté, il peut non seulement préserver la chaleur, c’est-à-dire l’enthousiasme et l’espérance, mais également la projeter au-delà de lui-même.
Regardons donc le monde comme le lieu de nos exploits, spirituels, intellectuels et moraux. Regardons-le comme le lieu privilégié où peuvent s’exprimer la solidarité et la fraternité. Regardons-le comme, dans les termes du Cantique des cantiques, le « jardin de D.ieu ». Justement lorsque la saison paraît ne pas s’y prêter, révélons son essence et menons-le, par nos actions, à son accomplissement.