Le Récit de la Semaine
Mosaic Express | June 22, 2025
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Le Récit de la Semaine

Mosaic Express | June 27, 2025

LE RECIT DE LA SEMAINE

Durant toute l’année, les ‘Hassidim de Loubavitch avaient l’habitude de se recueillir auprès de la tombe du Rabbi précédent, Rabbi Yossef Yits’hak (1880-1950) au cimetière Montefiore dans le district de Queens (New York). Surtout le jour de son Yortsaït, le 10 Chevat, en janvier, en plein hiver. Nombreux étaient ceux qui avaient la coutume de jeûner et préféraient donc s’y rendre le matin. Pour ceux qui travaillaient ou avaient d’autres obligations, - comme ce fut le cas ce mercredi en 1972 - cette visite se déroulait encore plus tôt, à l’aube.

Rav Binyamin Cohen avait étudié plusieurs années au Collel à Brooklyn mais ne put se libérer tôt ce jour-là. Quand il réalisa qu’il devait encore se rendre au cimetière à Queens, peu de gens se proposèrent de l’y emmener et il fut heureux quand quelqu’un accepta de le prendre malgré tout parce qu’il devait faire des courses non loin du cimetière et reviendrait le chercher quelques instants plus tard.

Il sortit de la voiture et marcha difficilement dans la neige jusqu’à la porte du cimetière. Mais il était tard, le soleil commençait à se coucher et la porte était verrouillée avec un épais cadenas. Persuadé que la porte avait été fermée par erreur, il se mit à tambouriner et à secouer la porte en espérant que quelqu’un viendrait l’ouvrir. Désespéré et surtout saisi par le froid intense, il persistait à frapper de toutes ses forces, peut-être quelqu’un l’entendrait, bien que le cimetière semblât désert.

Tandis qu’il se tenait là transi de froid, sans même se rendre compte du temps qui passait, il réalisa soudain qu’il n’était pas seul : Rav Pin’has Hirschprung, grand-rabbin de Montréal au Canada, sommité rabbinique mondiale, se tenait là lui aussi. Tous deux se mirent alors à redoubler de coups sur la porte, espérant sans doute qu’à eux deux, ils parviendraient à la faire s’ouvrir d’elle-même en faisant sauter le cadenas.

C’est alors qu’apparut un employé du cimetière qui leur demanda ce qu’ils voulaient. Binyamin Cohen expliqua qu’ils désiraient tous deux se recueillir quelques minutes devant la tombe de leur Rabbi. Mais l’homme répondit que les horaires étaient très stricts, que le cimetière devait impérativement être fermé à 17 heures et on avait déjà dépassé cet horaire de quelques minutes. Rav Cohen supplia, insista que Rav Hirschprung s’était déplacé exprès du Canada mais l’homme était insensible : « Si vous continuez à tambouriner comme des fous ou si vous essayez encore de briser la porte ou le cadenas, j’appelle la police ! ».

Binyamin Cohen pensa que, résigné, Rav Hirschprung retournerait à sa voiture puis se rendrait à Crown Heights pour assister au Farbrenguen (réunion ‘hassidique) du Rabbi au 770 Eastern Parkway tandis que lui-même resterait coincé sur place, en attendant que celui qui l’avait amené viendrait le rechercher - alors qu’il n’aurait même pas eu l’occasion de déposer sa lettre avec sa demande de bénédictions sur le tombeau de Rabbi Yossef Yits’hak en ce jour si important.

Mais Rabbi Hirschprung ne partit pas. Au contraire, il engagea la conversation avec Binyamin et lui demanda ce qu’il étudiait en ce moment. Sachant que Rav Hirschprung connaissait toute la Guemara par -cœur, Binyamin frissonna encore davantage en comprenant qu’il allait devoir affronter une autre épreuve, bien plus difficile : un interrogatoire en règle par cette autorité talmudique mondialement reconnue ! En plus, dans un froid glacial ! Mais il fut bien obligé de répondre : Baba Kama page 11a.

Le regard de son interlocuteur s’éclaira tandis qu’il se mit à réciter par cœur le passage en question, tout en citant de nombreux commentateurs et en expliquant les passages les plus ardus. Sans rien demander à Rav Cohen.

Lentement, Binyamin se retrouva transporté loin du cimetière enneigé et engagé dans une chaude discussion talmudique animée. Malgré la neige qui mordait ses chaussures et le vent qui menaçait de faire tomber son chapeau, la joie irradiait le visage de Rav Hirschprung tandis qu’il se laissait emporter par le feu de l’étude informelle, sans livres ni pupitre ni auditoire.

Une bonne demi-heure passa ainsi mais ce fut pour Binyamin comme quelques moments en dehors du temps, en dehors du froid. Quand l’homme qui l’avait amené réapparut pour le ramener à Brooklyn, Binyamin prit congé de Rav Hirschprung en le remerciant profusément de ce cours improvisé et si enrichissant. Et tous deux repartirent, chacun dans son véhicule.

Ce qui avait commencé comme une épreuve frustrante et avait continué comme la perspective angoissante d’un interrogatoire sur ses connaissances talmudiques était devenu pour Binyamin une leçon éternelle de bienveillance et de démonstration de la puissance de la Torah, capable de faire oublier le froid et la déception. Une leçon qui n’avait pas de prix !

Rav David Zaklikowski - Hasidic Archives
Traduit par Feiga Lubecki

LE RECIT DE LA SEMAINE

Durant toute l’année, les ‘Hassidim de Loubavitch avaient l’habitude de se recueillir auprès de la tombe du Rabbi précédent, Rabbi Yossef Yits’hak (1880-1950) au cimetière Montefiore dans le district de Queens (New York). Surtout le jour de son Yortsaït, le 10 Chevat, en janvier, en plein hiver. Nombreux étaient ceux qui avaient la coutume de jeûner et préféraient donc s’y rendre le matin. Pour ceux qui travaillaient ou avaient d’autres obligations, - comme ce fut le cas ce mercredi en 1972 - cette visite se déroulait encore plus tôt, à l’aube.

Rav Binyamin Cohen avait étudié plusieurs années au Collel à Brooklyn mais ne put se libérer tôt ce jour-là. Quand il réalisa qu’il devait encore se rendre au cimetière à Queens, peu de gens se proposèrent de l’y emmener et il fut heureux quand quelqu’un accepta de le prendre malgré tout parce qu’il devait faire des courses non loin du cimetière et reviendrait le chercher quelques instants plus tard.

Il sortit de la voiture et marcha difficilement dans la neige jusqu’à la porte du cimetière. Mais il était tard, le soleil commençait à se coucher et la porte était verrouillée avec un épais cadenas. Persuadé que la porte avait été fermée par erreur, il se mit à tambouriner et à secouer la porte en espérant que quelqu’un viendrait l’ouvrir. Désespéré et surtout saisi par le froid intense, il persistait à frapper de toutes ses forces, peut-être quelqu’un l’entendrait, bien que le cimetière semblât désert.

Tandis qu’il se tenait là transi de froid, sans même se rendre compte du temps qui passait, il réalisa soudain qu’il n’était pas seul : Rav Pin’has Hirschprung, grand-rabbin de Montréal au Canada, sommité rabbinique mondiale, se tenait là lui aussi. Tous deux se mirent alors à redoubler de coups sur la porte, espérant sans doute qu’à eux deux, ils parviendraient à la faire s’ouvrir d’elle-même en faisant sauter le cadenas.

C’est alors qu’apparut un employé du cimetière qui leur demanda ce qu’ils voulaient. Binyamin Cohen expliqua qu’ils désiraient tous deux se recueillir quelques minutes devant la tombe de leur Rabbi. Mais l’homme répondit que les horaires étaient très stricts, que le cimetière devait impérativement être fermé à 17 heures et on avait déjà dépassé cet horaire de quelques minutes. Rav Cohen supplia, insista que Rav Hirschprung s’était déplacé exprès du Canada mais l’homme était insensible : « Si vous continuez à tambouriner comme des fous ou si vous essayez encore de briser la porte ou le cadenas, j’appelle la police ! ».

Binyamin Cohen pensa que, résigné, Rav Hirschprung retournerait à sa voiture puis se rendrait à Crown Heights pour assister au Farbrenguen (réunion ‘hassidique) du Rabbi au 770 Eastern Parkway tandis que lui-même resterait coincé sur place, en attendant que celui qui l’avait amené viendrait le rechercher - alors qu’il n’aurait même pas eu l’occasion de déposer sa lettre avec sa demande de bénédictions sur le tombeau de Rabbi Yossef Yits’hak en ce jour si important.

Mais Rabbi Hirschprung ne partit pas. Au contraire, il engagea la conversation avec Binyamin et lui demanda ce qu’il étudiait en ce moment. Sachant que Rav Hirschprung connaissait toute la Guemara par -cœur, Binyamin frissonna encore davantage en comprenant qu’il allait devoir affronter une autre épreuve, bien plus difficile : un interrogatoire en règle par cette autorité talmudique mondialement reconnue ! En plus, dans un froid glacial ! Mais il fut bien obligé de répondre : Baba Kama page 11a.

Le regard de son interlocuteur s’éclaira tandis qu’il se mit à réciter par cœur le passage en question, tout en citant de nombreux commentateurs et en expliquant les passages les plus ardus. Sans rien demander à Rav Cohen.

Lentement, Binyamin se retrouva transporté loin du cimetière enneigé et engagé dans une chaude discussion talmudique animée. Malgré la neige qui mordait ses chaussures et le vent qui menaçait de faire tomber son chapeau, la joie irradiait le visage de Rav Hirschprung tandis qu’il se laissait emporter par le feu de l’étude informelle, sans livres ni pupitre ni auditoire.

Une bonne demi-heure passa ainsi mais ce fut pour Binyamin comme quelques moments en dehors du temps, en dehors du froid. Quand l’homme qui l’avait amené réapparut pour le ramener à Brooklyn, Binyamin prit congé de Rav Hirschprung en le remerciant profusément de ce cours improvisé et si enrichissant. Et tous deux repartirent, chacun dans son véhicule.

Ce qui avait commencé comme une épreuve frustrante et avait continué comme la perspective angoissante d’un interrogatoire sur ses connaissances talmudiques était devenu pour Binyamin une leçon éternelle de bienveillance et de démonstration de la puissance de la Torah, capable de faire oublier le froid et la déception. Une leçon qui n’avait pas de prix !

Rav David Zaklikowski - Hasidic Archives
Traduit par Feiga Lubecki

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