Le Récit de la Semaine Le Dentiste du Rabbi
Mosaic Express | June 28, 2024
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Le Récit de la Semaine Le Dentiste du Rabbi

Mosaic Express | June 27, 2025

Un soir, la Rabbanit ‘Haya Mouchka téléphona au secrétariat de la synagogue du 770 Eastern Parkway pour parler avec le Rabbi. Souvent, le Rabbi travaillait encore tard le soir mais cette fois, le secrétaire répondit que le Rabbi était déjà parti quelques instants auparavant. Le Rabbi n’habitait vraiment pas très loin et il aurait déjà dû arriver chez lui. Chacun s’inquiéta, on téléphona à droite et à gauche mais il semblait que le Rabbi avait disparu. Nul ne savait où se trouvait sa voiture et son chauffeur, Rav Yehouda Krinsky.

La rumeur circula bien vite et des ‘Hassidim inquiets commencèrent à converger vers la maison du Rabbi sur President Street, ne sachant à quoi s’attendre. Soudain la voiture arriva, le Rabbi en sortit et sourit aux ‘Hassidim ; il monta les quelques marches, rentra chez lui et referma la porte. Donc le Rabbi avait disparu et nul ne savait ce qui s’était passé. Pendant quelques heures, seules trois personnes au monde savaient où il avait été et j’étais une de ces trois personnes...

Il y a quelques années, Rav Yehouda Krinsky (qui est mon oncle) respectait la semaine de deuil après le décès de son épouse et je lui avais rendu une visite de condoléances comme le veut la coutume. Un homme était venu ce jour-là et mon oncle m’avait présenté à lui en précisant que j’étais « le dentiste du Rabbi ». Cette description m’avait surpris. Il est vrai que c’était à la suite de l’encouragement du Rabbi que j’avais suivi des études de dentiste puisque j’avais accepté un poste à l’école dentaire de l’université de Colombia sur son conseil. Cependant, je ne m’étais jamais permis de mentionner que j’étais aussi le dentiste personnel du Rabbi mais puisque mon oncle avait dévoilé le secret, je me sens libre maintenant de raconter cela.

C’était au début des années 80 : Rav Krinsky m’avait téléphoné pour m’informer que le Rabbi avait besoin d’une certaine procédure dentaire. Ceci est déjà assez inhabituel car, d’ordinaire, c’est le praticien qui détermine le soin qui doit être exécuté. Rav Krinsky demanda si je pouvais m’en charger le jour-même dans mon officine de Boro Park – sans que personne ne m’assiste ou soit même présent. Je réfléchis en vitesse comment m’organiser et j’acceptais.

Il y avait d’autres considérations à prendre en compte : le Rabbi avait souffert d’une crise cardiaque en 1977 et devait donc éviter certains médicaments normalement utilisés en dentisterie : je devais trouver un moyen de m’en passer.

J’avais justement passé des années à tenter d’éduquer les médecins à propos de ces médicaments contenant une part infime d’une certaine substance qui ne devait normalement poser aucun problème. Donc, décontenancé par cette demande inhabituelle, je téléphonai en urgence à Chicago, au Docteur Ira Weiss, le cardiologue personnel du Rabbi, qui corrigea ma perception du problème : cette substance peut effectivement avoir des répercussions fâcheuses dans le cas de certaines variations cardiaques et je devais donc m’abstenir de l’utiliser.

Ensuite, le Rabbi insistait pour que je l’opère sans anesthésie. Au cours de mes 45 années de pratique, d’autres patients m’avaient présenté la même requête mais j’avais toujours refusé, même quand ils affirmaient pouvoir supporter la douleur : « Vous pouvez peut-être la supporter, rétorquai-je invariablement, mais pas moi ! ».

Rav Krinsky répéta que le Rabbi refusait toute anesthésie ; je me suis imaginé que j’arriverai à le faire changer d’avis au moment de l’intervention...

La troisième considération, encore plus difficile pour moi, était financière : le Rabbi avait l’intention de me payer. D’ordinaire, cette intervention était facturée 20 dollars. Je réfléchis et décidai de ne demander que 10 dollars pour les différents produits nécessaires et ainsi de ne toucher aucun bénéfice.

Quand le Rabbi arriva - après que j’ai fermé les portes et renvoyé le personnel - tout se passa sans problème. Effectivement, le Rabbi avait besoin du soin qu’il avait mentionné et j’ai remarqué que, dans son cas, cela pourrait être effectué sans anesthésie. Ce fut l’unique fois où je constatai cette possibilité mais le Rabbi l’avait su bien avant moi.

Quand j’eus terminé, le Rabbi se leva du fauteuil et me suivit dans mon secrétariat. Il me demanda lentement, en anglais, comment j’avais estimé la difficulté de la procédure et combien il me devait.

- C’était plus facile que ce à quoi je m’attendais, répondis-je, et cela coûte dix dollars.

Le Rabbi continua à parler d’autres sujets - ma famille, mon travail - tout en fouillant dans sa poche et il me tendit quelques billets, de cinq, de dix : en tout 20 dollars.

Je ne voulais pas prendre le tout et tentai de trouver un trou dans la conversation pour le mentionner mais le Rabbi avait déjà abordé un autre sujet. Comme je ne voulais pas qu’il reste debout ainsi trop longtemps en me tendant les billets, je fus donc obligé de les prendre.

Un soir, la Rabbanit ‘Haya Mouchka téléphona au secrétariat de la synagogue du 770 Eastern Parkway pour parler avec le Rabbi. Souvent, le Rabbi travaillait encore tard le soir mais cette fois, le secrétaire répondit que le Rabbi était déjà parti quelques instants auparavant. Le Rabbi n’habitait vraiment pas très loin et il aurait déjà dû arriver chez lui. Chacun s’inquiéta, on téléphona à droite et à gauche mais il semblait que le Rabbi avait disparu. Nul ne savait où se trouvait sa voiture et son chauffeur, Rav Yehouda Krinsky.

La rumeur circula bien vite et des ‘Hassidim inquiets commencèrent à converger vers la maison du Rabbi sur President Street, ne sachant à quoi s’attendre. Soudain la voiture arriva, le Rabbi en sortit et sourit aux ‘Hassidim ; il monta les quelques marches, rentra chez lui et referma la porte. Donc le Rabbi avait disparu et nul ne savait ce qui s’était passé. Pendant quelques heures, seules trois personnes au monde savaient où il avait été et j’étais une de ces trois personnes...

Il y a quelques années, Rav Yehouda Krinsky (qui est mon oncle) respectait la semaine de deuil après le décès de son épouse et je lui avais rendu une visite de condoléances comme le veut la coutume. Un homme était venu ce jour-là et mon oncle m’avait présenté à lui en précisant que j’étais « le dentiste du Rabbi ». Cette description m’avait surpris. Il est vrai que c’était à la suite de l’encouragement du Rabbi que j’avais suivi des études de dentiste puisque j’avais accepté un poste à l’école dentaire de l’université de Colombia sur son conseil. Cependant, je ne m’étais jamais permis de mentionner que j’étais aussi le dentiste personnel du Rabbi mais puisque mon oncle avait dévoilé le secret, je me sens libre maintenant de raconter cela.

C’était au début des années 80 : Rav Krinsky m’avait téléphoné pour m’informer que le Rabbi avait besoin d’une certaine procédure dentaire. Ceci est déjà assez inhabituel car, d’ordinaire, c’est le praticien qui détermine le soin qui doit être exécuté. Rav Krinsky demanda si je pouvais m’en charger le jour-même dans mon officine de Boro Park – sans que personne ne m’assiste ou soit même présent. Je réfléchis en vitesse comment m’organiser et j’acceptais.

Il y avait d’autres considérations à prendre en compte : le Rabbi avait souffert d’une crise cardiaque en 1977 et devait donc éviter certains médicaments normalement utilisés en dentisterie : je devais trouver un moyen de m’en passer.

J’avais justement passé des années à tenter d’éduquer les médecins à propos de ces médicaments contenant une part infime d’une certaine substance qui ne devait normalement poser aucun problème. Donc, décontenancé par cette demande inhabituelle, je téléphonai en urgence à Chicago, au Docteur Ira Weiss, le cardiologue personnel du Rabbi, qui corrigea ma perception du problème : cette substance peut effectivement avoir des répercussions fâcheuses dans le cas de certaines variations cardiaques et je devais donc m’abstenir de l’utiliser.

Ensuite, le Rabbi insistait pour que je l’opère sans anesthésie. Au cours de mes 45 années de pratique, d’autres patients m’avaient présenté la même requête mais j’avais toujours refusé, même quand ils affirmaient pouvoir supporter la douleur : « Vous pouvez peut-être la supporter, rétorquai-je invariablement, mais pas moi ! ».

Rav Krinsky répéta que le Rabbi refusait toute anesthésie ; je me suis imaginé que j’arriverai à le faire changer d’avis au moment de l’intervention...

La troisième considération, encore plus difficile pour moi, était financière : le Rabbi avait l’intention de me payer. D’ordinaire, cette intervention était facturée 20 dollars. Je réfléchis et décidai de ne demander que 10 dollars pour les différents produits nécessaires et ainsi de ne toucher aucun bénéfice.

Quand le Rabbi arriva - après que j’ai fermé les portes et renvoyé le personnel - tout se passa sans problème. Effectivement, le Rabbi avait besoin du soin qu’il avait mentionné et j’ai remarqué que, dans son cas, cela pourrait être effectué sans anesthésie. Ce fut l’unique fois où je constatai cette possibilité mais le Rabbi l’avait su bien avant moi.

Quand j’eus terminé, le Rabbi se leva du fauteuil et me suivit dans mon secrétariat. Il me demanda lentement, en anglais, comment j’avais estimé la difficulté de la procédure et combien il me devait.

- C’était plus facile que ce à quoi je m’attendais, répondis-je, et cela coûte dix dollars.

Le Rabbi continua à parler d’autres sujets - ma famille, mon travail - tout en fouillant dans sa poche et il me tendit quelques billets, de cinq, de dix : en tout 20 dollars.

Je ne voulais pas prendre le tout et tentai de trouver un trou dans la conversation pour le mentionner mais le Rabbi avait déjà abordé un autre sujet. Comme je ne voulais pas qu’il reste debout ainsi trop longtemps en me tendant les billets, je fus donc obligé de les prendre.

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