Le mois d’Adar s’est écoulé avec grandeur. Il nous a donné à vivre, encore une fois, l’allégresse de Pourim et l’exaltation de la victoire éternelle du Bien sur le Mal. Redoublé cette année, il nous a offert soixante jours d’une joie croissante. En dépit de tout, malgré les douleurs du monde et la folie des hommes, défiant les menaces qui parviennent à s’élever à la face de notre conscience, il nous a apporté lumière et confiance. Cependant, voici qu’il s’achève. Sans doute jette-t-il encore ses derniers feux dans ses jours ultimes mais il s’éloigne inexorablement et nous donne rendez-vous dans un an. C’est, bien sûr, un rendez-vous que nous ne manquerons pas mais la question indispensable subsiste : de quoi sera constitué, à présent, le tissu de notre existence ?
Cette semaine, avec la fin du mois d’Adar commence celui de Nissan et la réponse retentit, éclatante. C’est que le beau titre du mois est loin d’être anodin : Nissan, mois de la Libération. En quelques mots, tout est dit. Comme l’enseignent les Sages, nous passons « de la Délivrance de Pourim à la Délivrance de Pessa’h ». Nous avons vécu pleinement la première, à nous de découvrir et réaliser la seconde. C’est que le mois de Nissan est un temps de joie sereine et constante. Cela apparaît à l’évidence quand on remarque que, dès son premier jour, on donne à notre prière quotidienne un ton différent en ne disant pas les textes traditionnels marqués par la tristesse de la faute et le repentir. De tels sentiments n’y ont pas leur place car, d’une certaine façon, l’horizon change alors. Nous entrons à présent dans un monde nouveau et il nous faut nous mettre à sa mesure.
Certes, personne ne peut oublier les difficultés de la période, tout ce qu’affronte le Peuple juif dans tous les lieux où il se trouve, l’inquiétude légitime qui souvent nous étreint. Mais Nissan entre à présent avec toute sa puissance. Il ne tient qu’à nous de nous en imprégner et poursuivre notre chemin. Car la route est ici tracée. « De la Délivrance de Pourim à la Délivrance de Pessa’h » a-t-on dit et, de cette dernière, jusqu’à la Délivrance finale, celle, complète, que Machia’h nous apportera.⬢
