On l’appelle le « Mohel d’Ukraine ». Le docteur Yaakov Gaissinovitch s’est spécialisé dans les circoncisions d’adultes car lui-même est passé par là...
Né à Moscou dans une famille très éloignée de toute pensée ou pratique religieuse, il a été éduqué dans les meilleures structures scolaires puis universitaires. « Tous savaient que j’étais juif, se souvient-il, mais je n’ai jamais souffert d’antisémitisme. Sans doute grâce aux professions académiques et au haut niveau scientifique de mes parents et de mes grands-parents ».
Le fait qu’il était juif ne l’avait jamais intéressé. Pour lui, c’était juste une mention technique sur sa carte d’identité puisqu’en Union Soviétique la religion est mentionnée obligatoirement sur les papiers. En 1993, l’adolescent décida de monter en Israël. Pourquoi ? Il ne se l’explique pas vraiment ou peut-être si : de nombreux Juifs émigraient alors en Israël car la Russie livrait une guerre contre la Tchétchénie et le fait de quitter le pays mettait évidemment les jeunes gens à l’abri du service militaire obligatoire ! « Je savais que les Juifs ont une maison qui s’appelle Israël et donc j’ai fait mon Alya ». Il étudia à l’université hébraïque de Jérusalem, un camarade lui donna l’adresse d’une Yechiva pour jeunes Baalé Techouva (qui retournent à une vie de Torah) et cela éveilla sa curiosité : « J’aimais la philosophie, les idées, les différentes visions du monde. J’avais envie de connaître le judaïsme mais sans imaginer un instant m’intéresser à sa pratique et en adopter la façon de penser, de parler, de vivre... ».
Cependant, ce qu’il découvrit ne le laissa pas indifférent et toucha toutes les fibres de son âme. C’est à cette époque qu’il rencontra Rav Yaron Amit qui s’occupait plus particulièrement de faire circoncire les nouveaux immigrants de l’ex-Union Soviétique. Yaakov avait alors 19 ans et il décida de sauter le pas. C’est ainsi qu’adulte, il entra dans l’alliance de notre père Avraham.
« Le contact avec Rav Amit ne s’arrêta pas là. Je l’aidais dès que j’avais un moment de libre : véhiculer les garçons et les hommes vers l’hôpital, rester à leur chevet quelques heures, régler les formalités administratives... Un jour, Rav Amit m’annonça qu’en Ukraine, on avait besoin d’un Mohel et il me proposa le poste puisque je connaissais la mentalité et qu’en Ukraine, les gens parlent aussi le russe. Je décidai de relever le défi. J’ai appris le « métier » dans une école médicale et je me suis installé en Ukraine où je me suis marié ».
Cela fait déjà plus de 20 ans que Yaakov sillonne toutes les régions d’Ukraine, même les petits villages éloignés. Le fait que lui-même se soit fait circoncire à 19 ans lui permet de comprendre les hésitations et les questionnements de ceux qui choisissent de passer par là. « Je n’effectue qu’un tiers des Brit Milot sur des bébés de huit jours. La plupart du temps, c’est sur des enfants, des adultes et même des personnes très âgées – bien sûr avec l’accord et la présence d’un médecin. C’est ainsi qu’il a circoncis un homme de 89 ans ; une autre fois, il a circoncis le même jour 22 garçons d’une colonie de vacances du mouvement Loubavitch, bien sûr avec l’accord de leurs parents. Un autre jour, il a reçu un appel d’un homme habitant à plus de mille kilomètres de Dnipro : l’homme voulait se faire circoncire. « Je lui ai répondu que, dans les prochains jours, je me rendrai justement dans sa région. Le lendemain matin, l’homme me téléphona à nouveau : « Je suis là, à Dnipro ! ». Il n’avait pas voulu attendre encore quelques jours et avait voyagé toute la nuit en train pour arriver ici ! ». Quelques heures plus tard, il était admis dans la salle d’opération aseptisée réservée à cet usage dans l’immense complexe communautaire Menorah fondé par Rav Chmouel Kaminetsky, le principal émissaire du Rabbi de Loubavitch en Ukraine. Après l’opération, il était si joyeux d’avoir enfin accompli son rêve qu’il participa avec entrain au repas où il décida de son nouveau prénom juif.
Mena’hem Cohen
Traduit par Feiga Lubecki
