Les périodes exceptionnelles laissent toujours leur empreinte, et celle-ci présente deux faces. D’un côté, l’esprit et le cœur en restent profondément marqués, emplis de forces qui nous porteront pendant les jours à venir. D’un autre côté, nul ne peut éviter qu’une forme de nostalgie se glisse en nous. Nous avons vécu des moments précieux, différents et voilà qu’il faut revenir à une sorte de normalité peut-être subie... C’est précisément à ce point charnière que nous sommes parvenus. Nous venons de conclure la fête de Pessa’h et la sortie d’Egypte n’a pas été un vain mot. Nous avons ressenti avec force la liberté acquise et elle continue de chanter en nous. Et puis, lorsque le dernier jour de la célébration s’est achevé, nous avons immanquablement ressenti cela comme un passage. Le temps du retour au monde était arrivé.
Ce retour connaît des étapes. Après le premier pas cité, c’est le mois de Nissan qui s’achève et nous introduit dans celui d’Iyar. Certes, ce dernier est traversé par la pratique d’un commandement essentiel : le compte des jours qui nous conduisent jusqu’à la fête de Chavouot, au don de la Torah. Compter le temps dans le cadre d’un commandement, c’est le spiritualiser et cela est essentiel. Cependant force est de constater que, malgré cela, nous sommes retombés dans le lent et régulier déroulé des jours, bien loin des enthousiasmes que nous avons connus dans la période précédente.
Sans doute y a-t-il lieu de s’interroger : comment devons-nous vivre ce nouveau temps ? La normalité n’apporte-t-elle pas plus de difficulté que l’exception ? Le nom du nouveau mois nous donne des éléments de réponse : Iyar. En hébreu, ce mot est constitué des initiales de quatre noms : Abraham, Isaac, Jacob, Rachel. Au sujet de ces quatre personnages, le Zohar enseigne : « Ils sont les quatre roues du char Divin. » C’est dire qu’ils incarnèrent de façon parfaite la Volonté Divine, fusionnant totalement avec elle. C’est bien de vie qu’il s’agit. Présents dans ce monde, avec ses limites naturelles, nous avons la capacité d’en percevoir la nature Divine, à l’instar de nos ancêtres. Ainsi s’ouvre le chemin qui nous mène jusqu’au sommet.