Il y avait dans notre communauté une dame qui était devenue très pratiquante. Elle était persuadée que tous autour d’elle devaient le devenir eux aussi. Y compris son mari qui, lui, était beaucoup plus tiède même si ses enfants commençaient à s’impliquer eux aussi.
Déçue du manque d’enthousiasme de son mari, elle écrivit au Rabbi en se plaignant de cette situation. Le Rabbi répondit qu’elle devait s’y prendre petit à petit : « A propos de l’attitude de votre mari en ce qui concerne les sujets religieux, l’expérience prouve qu’un effort mené avec tact est productif. Si vous lui parlez encore et encore mais gentiment et amicalement, vous obtiendrez des résultats - surtout que vous notez dans votre lettre que vous avez constaté qu’il a déjà progressé dans ce domaine ».
Pendant le mois d’août 1967, le Rabbi marqua l’anniversaire de son père (Rabbi Lévi Yits’hak Schneerson, décédé en exil au Kazakhstan le 20 Av 1944) avec une grande réunion ‘hassidique à laquelle je participai. Avant Chabbat, les ‘Hassidim qui célébraient une occasion particulière transmettaient au secrétariat des bouteilles de vodka que le Rabbi leur remettait ensuite personnellement pendant la réunion. Si vous étiez dans ce cas, vous essayiez bien sûr de rester proche de la table centrale afin de vous précipiter dès que le Rabbi vous ferait signe.
Ce Chabbat, personne n’avait transmis de bouteille ; cependant, le Rabbi appela un adolescent à l’autre bout de la synagogue. Il était évident que le jeune garçon ne s’attendait pas du tout à cet honneur mais il se débrouilla pour se frayer un passage, en escaladant les tables, les bancs et même les ‘Hassidim pour s’approcher du Rabbi et recevoir la bouteille de vodka que le Rabbi lui demanda de partager lors de sa Bar Mitsva qui aurait lieu très prochainement.
Le lendemain, un des secrétaires du Rabbi m’interpela : le Rabbi souhaitait me parler. Je n’avais que quelques minutes pour me préparer ! Je courus au Mikvé (bain rituel), mis mes vêtements de Chabbat, étudiai quelques lignes de Tanya...
Lors de cette entrevue, le Rabbi m’informa que la mère de ce garçon était justement cette dame impatiente et elle lui avait annoncé la célébration de la Bar Mitsva. Il me demanda si j’avais l’intention de m’y rendre. Oui, j’avais reçu la carte d’invitation et le Rabbi continua :
- Tu vas sans doute prononcer un discours...
- Je suis le rabbin de la communauté et j’imagine qu’on me demandera de parler...
- Tu as remarqué que j’ai donné une bouteille de vodka à ce jeune garçon – et à personne d’autre...
- Oui, bien sûr, j’ai remarqué cela.
- Alors tu devras raconter devant tous les convives qu’il y avait là de nombreuses personnes, de nombreux invités de marque pour cette occasion si spéciale et pourtant, ce garçon a été le seul à recevoir une bouteille. Tu devras raconter comment tous l’ont regardé alors qu’il se précipitait pour venir jusque-là et comment je lui ai adressé ma bénédiction à l’occasion de sa Bar Mitsva. Telle est ma participation à cette occasion heureuse. Tu raconteras aussi quelques paroles de Torah que tu as entendues ici et, si tu ne t’en souviens pas, demande aux secrétaires s’ils ont reçu une retranscription de cette réunion ‘hassidique. (En effet, après Chabbat, quelques ‘Hassidim à la mémoire prodigieuse se réunissaient pour répéter ce qu’ils avaient retenu et le mettre par écrit afin d’en faire profiter tous ceux qui n’étaient pas présents).
J’ai tellement appris de cet épisode ! Pour le Rabbi, l’harmonie dans cette famille était tellement importante que tout devait être mis en œuvre pour la renforcer. Et le jeune garçon au fond de la salle – celui que personne ne connaissait, celui que personne n’avait présenté au Rabbi - était juste aussi important que les plus grands ‘Hassidim qui avaient donné leurs vies pour le judaïsme en Russie et pendant la Shoah ou les rabbins de grandes communautés. Lui aussi avait besoin de l’attention du Rabbi et l’avait reçue de la manière la plus digne.