L’été dernier, nous sommes enfin partis en vacances.
Malheureusement, rien ne s’est passé comme prévu et tout ce qui pouvait mal se passer s’est effectivement mal passé, depuis les bagages égarés et tant d’autres mésaventures. J’ai essayé de comprendre la raison de tous ces tracas. Nombre de gens subissent des retards de train ou d’avion, perdent leurs bagages mais quand tous ces soucis s’accumulent, est-ce un signe de Là-Haut ?
Ce n’est que le dimanche, notre dernier jour de vacances que D.ieu m’a fait comprendre Ses raisons.
Alors que nous déambulions à Venise, nous avons rencontré deux étudiants de la Yechiva Loubavitch qui proposaient aux Juifs dans la rue de mettre les Téfilines. Ce jour-là, ils n’avaient eu que peu de « clients », ils avaient donc le temps de bavarder et de me raconter leurs expériences. Voici ce que m’a raconté le plus jeune :
« C’est très calme aujourd’hui mais il y a des jours beaucoup plus animés. Vendredi dernier, j’arrêtais les passants dans la rue en leur demandant courtoisement, comme d’habitude s’ils étaient juifs. Un vieil homme s’est arrêté devant nous. Il n’avait pas l’air très en forme et nous lui avons proposé un verre d’eau, qu’il a accepté avec empressement : de fait, il était vraiment faible et déshydraté. Nous lui avons demandé s’il était juif et il a répondu que non, mais que sa mère, décédée depuis longtemps, l’avait été. Nous lui avons donc expliqué patiemment que, selon le judaïsme, il était aussi juif que nous deux ! Ce fut vraiment une révélation pour lui-même s’il ne parvenait pas trop à comprendre ce que cela impliquait et en quoi cela affectait son existence. Nous lui avons proposé de mettre les Téfilines, pour la première fois de sa vie en ce jour de Roch ‘Hodech Elloul, le mois de la compassion, le mois où D.ieu ouvre encore plus grand les portes de la Techouva, du retour à Lui. Il a longuement réfléchi à tout ce que signifiait son « nouveau » statut et a finalement accepté. C’est ainsi qu’à cet âge respectable de 96 ans, il est devenu Bar Mitsva ! Nous avons chanté Mazal Tov et invité d’autres passants juifs à danser autour de lui pour fêter l’occasion.
Ensuite, nous lui avons donné deux petites ‘Hallot pour le repas de Chabbat et il nous a sincèrement remerciés. Il a repris sa route, lentement, toujours courbé mais avec comme une étincelle de joie et de vitalité dans ses yeux fatigués. Je ne pouvais pas le laisser marcher ainsi tout seul et j’ai donc proposé de le raccompagner dans les rues de l’ancien ghetto de Venise jusqu’à ce qu’il arrive chez lui en sécurité.
Le lendemain matin, Chabbat, alors que je me rendais à la synagogue en passant par le ghetto, je me suis retrouvé devant la maison de ce vieil homme ; machinalement, je voulais lever les yeux vers son appartement mais j’ai remarqué une ambulance et deux infirmiers portant une civière : l’homme avec qui j’avais sympathisé la veille et qui avait découvert sa judaïté à cet âge si avancé avait fait un malaise dans la nuit et avait succombé ».
Arrivé à ce moment de son récit, le jeune homme s’arrêta, subjugué par ses émotions : « Vous réalisez ? J’ai eu le privilège de mettre les Téfilines à cet homme juste avant qu’il ne décède ! Il a quitté ce monde en ayant accompli au moins une fois la Mitsva de mettre les Téfilines et ainsi, être sorti de la catégorie de karkafta (le « crâne » qui n’a jamais mis les Téfilines, personne à qui il manque le mérite de cette Mitsva qui proclame l’Unité de D.ieu) ».
Très ému moi aussi, je l’ai embrassé. Le judaïsme et ses rites se perpétuent ainsi dans le monde grâce à ces jeunes gens dévoués, enthousiastes, prêts à rester debout des heures dans la chaleur accablante de cette ville touristique pour permettre à d’autres Juifs de se lier à leur Créateur – ne serait-ce qu’une fois dans leur vie, peut-être la première ou la dernière fois – comme ce vieil homme.
J’étais frappé par l’incroyable histoire de ces deux garçons, par leurs yeux brillants de joie d’avoir aidé un autre Juif à découvrir et assumer sa véritable identité avant qu’il ne soit trop tard. Ces adolescents avaient un but dans la vie, c’était évident mais tellement rare de nos jours...
Alors oui, nos vacances n’avaient pas été idéales, nous avons subi des contretemps fâcheux trop stupides pour être énumérés et surtout, pour nous plaindre et grogner. Mieux vaut les oublier et les passer par pertes et profits.
Mais il me faudra longtemps avant d’oublier ces deux jeunes gens dévoués, idéalistes et sincèrement heureux d’aider d’autres Juifs.
Même dans les rues typiques du ghetto de Venise.
Benny Rogosnitzky - Chabad.org
Traduit par Feiga Lubecki
