Vivre la tête dans les étoiles et les pieds sur terre, c’est un peu toute l’histoire du peuple juif. Témoin d’un au-delà du monde que tous ne perçoivent pas, il est aussi partie prenante de tous les thèmes qui préoccupent la planète. Un de ses outils essentiels, dans cette double perspective, est sans doute son calendrier. Toutes les sociétés antiques ont construit des mécanismes qui permettaient de suivre l’avancée du temps. Dire les semaines, les mois et les années était alors perçu comme une manière de les maîtriser, une véritable fonction sacerdotale. Certes, aujourd’hui les hommes ont tendance à ne plus y voir qu’une nécessité technique. Pourtant le calendrier n’est-il pas toujours ce qui matérialise le tissu de nos jours, le défilement du temps ? Les ennemis du Peuple juif ne s’y sont guère trompés. Quand les occupants romains du royaume d’Israël interdirent le calendrier, c’est bien qu’ils visaient quelque chose d’essentiel. Perdre le sens de son temps propre, c’était, pensaient- ils, se soumettre à celui de l’autre.
Justement, le calendrier juif présente une particularité et il nous est donné de l’observer concrètement dans cette période. Nous sommes entrés dans le mois hébraïque de Adar, premier du nom. En effet, cette année 5784 compte treize mois et nous aurons donc un deuxième Adar dans lequel tombera la fête de Pourim qui se trouve, pour ainsi dire, repoussée de trente jours. Cette insertion d’un mois supplémentaire est due à une raison bien connue : dans le calendrier juif, les mois correspondent aux phases de la lune tandis que les années suivent le cycle solaire. Un décalage s’introduit obligatoirement entre ces deux décomptes, qui, au bout de deux à trois ans, devient assez important pour faire un mois entier. On l’introduit donc à présent.
Sans entrer dans les subtilités de tels calculs, comment ne pas relever que nous remettons en accord deux rythmes astronomiques dissemblables, ceux du soleil et de la lune. Précisons aussi que, traditionnellement, le soleil représente celui qui donne tandis que la lune est celle qui reçoit. C’est ici deux fonctions spirituelles qui s’unissent. Comme pour signifier que nous sommes les acteurs de cette harmonie renouvelée et que c’est vers son établissement universel que le monde avance.
