C’était Chabbat Nitsavim, cette année, juste avant ce Roch Hachana.
Ma femme remarqua une petite mention sur la Sidra de la Semaine que nous recevons et lisons pourtant régulièrement depuis de nombreuses années. Mais nous n’avions jamais prêté attention à ce détail : « Impression Wagram éditions – 8, rue Salvador Allende, 95870 Bezons ». Or, il se trouve que je travaille juste à côté de cette adresse. Ma valeureuse épouse m’encouragea à faire connaissance de ces voisins.
Dès le lundi, je pris l’initiative de téléphoner, de me présenter comme voisin en décrivant notre activité (l’aéronautique) et en expliquant être potentiellement intéressé en tant que client à rencontrer un responsable. Au standard, on me passe Michel, agent commercial pour, entre autres, la Sidra. Il se montre très agréable et insista pour que je vienne visiter leur atelier dernier cri, un bijou de technologie.
Je m’y rends le mercredi comme convenu et découvre une imprimerie immense dans laquelle travaillent 70 employés ! J’ai d’ailleurs eu la joie d’arriver à temps pour voir défiler, à une vitesse vertigineuse, en avant-première pour ainsi dire, sur une machine numérique, des mètres et des mètres de la prochaine « Sidra », celle de Roch Hachana. La visite continue, je demande à Michel s’il est le seul Juif dans l’entreprise et il répond par l’affirmative. On arrive dans le bureau du patron, un homme soigné à quatre épingles, d’environ 70 ans qui me reçoit cordialement et se lève à mon entrée en s’exclamant :
- Mais vous portez des Tsitsits !
- Comment... (Je suis ébahi) Comment connaissez-vous ce mot Tsitsits ?
- Monsieur, je suis chrétien mais ma mère s’appelait Bitoun...
- Mais alors (je suis de plus en plus étonné de la tournure de cette visite), cela signifie que vous êtes juif ! Vous savez, chez nous, c’est la mère qui détermine le fait d’être juif ou non...
M. Villa et Michel ne m’ont pas lâché. Nous avons discuté judaïsme pendant près d’une heure puis notre « nouveau » coreligionnaire, également intéressé par l’aéronautique, exprima son souhait de me rendre visite à son tour.
Le lendemain, Michel me rappelle : Mon patron voudrait vous revoir cet après-midi.
Bien entendu, je réponds que ce sera avec plaisir et que je lui prépare un cadeau de Bar Mitsva.
M. Villa arrive dans mon bureau avec Michel et son associé non-juif. Je leur fais visiter l’entreprise, en particulier je leur montre une grande ailette de réacteur en titane et m’exclame :
- Mazal Tov !
- Pourquoi ? s’étonnent-ils. (Apparemment ils connaissaient aussi la signification de ces mots...)
- M. Villa, vous allez célébrer votre Bar Mitsva et mettre les Téfilines pour la première fois, cela se fête, n’est-ce pas ?
- Les Téfilines ? Après tout, pourquoi pas ? répond en souriant M. Villa (qui sait, peut-être a-t-il lui aussi lu de temps en temps la Sidra et s’est-il demandé ce que c’était... ?).
Je déballe mes Téfilines et l’aide à les mettre sur le bras et la tête tout en lui faisant répéter la bénédiction et le Chema Israël. Blasé au début, il devient de plus en plus émotif et finit par s’essuyer les yeux...
Fasciné, l’associé regarde, essaie de comprendre ce dont il s’agit et, les yeux brillants lui aussi, demande s’il peut les mettre lui aussi et comment il peut devenir juif. Je lui explique que nous ne cherchons pas à convertir qui que ce soit mais plutôt à rendre ceux qui sont juifs de naissance plus réceptifs à leur judaïsme dont, trop souvent, ils ne sont pas conscients. Et parfois, ils ne savent pas ce que cela implique. En quelques minutes, je raconte en diagonale l’histoire de Ruth (oui, il est possible de se convertir mais cela exige un long parcours et une détermination sans faille devant les nombreuses difficultés de la vie juive). Par contre (je continue mon bref exposé), cet associé devrait connaître, étudier et appliquer les 7 Lois des Enfants de Noé (ne pas tuer, ne pas voler, mener une vie de famille correcte etc.).
A la fin de notre entrevue, je remets à M. Villa son « cadeau de Bar Mitsva » (bien que septuagénaire, il a bien droit à un cadeau n’est-ce pas ?) : la grande ailette qu’il avait admirée dans mon bureau.
L’histoire ne s’arrête pas là – du moins je l’espère.
La Sidra ne cesse de rouler sa boule et d’influencer des Juifs partout dans le monde – même à Bezons : ainsi nous avons comme prochain objectif de réunir de temps en temps un Minyan de dix Juifs pour prier Min’ha. Il nous suffirait de découvrir encore d’autres coreligionnaires et, avec l’aide de D.ieu, cela devrait être possible rapidement – grâce à la Sidra !
La ville de Bezons, en banlieue parisienne a eu le privilège d’accueillir plusieurs familles Loubavitch après la guerre, familles réfugiées de Russie qui ont formé le premier Minyan de la ville et qui se sont par la suite éparpillées dans le monde entier. Souhaitons à cette ville de retrouver son éclat et sa place dans le monde juif...
Yossef François B.
Traduit par Feiga Lubecki
