Le Recit de la Semaine
Mosaic Express | April 10, 2025
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Le Recit de la Semaine

Mosaic Express | June 27, 2025

Mon père, Yankel Katz était né à Moguilev (Belarusse) dans une famille Loubavitch qui émigra quelques années plus tard à Chicago, vers 1905. Encore enfant, il travailla dans une imprimerie et, dès l’âge de quinze ans, il était devenu le principal soutien de la famille Katz puisque son père ne gagnait pas grand-chose.

Bien que mon grand-père se soit détaché du mouvement ‘hassidique, mon père quant à lui se dévouait pour la communauté, en particulier la Congrégation Anshei Lubavitch, une synagogue élégante parmi les quatre du mouvement Loubavitch à Chicago à cette époque. Il s’était aussi lié d’amitié avec des sommités rabbiniques en Europe et, dans les années 20, il correspondait avec le ‘Hafetz ‘Haïm et Rabbi ‘Haïm Ozer Grodzinski auxquels il envoyait de l’argent.

En 1929, le Rabbi précédent, Rabbi Yossef Yits’hak se rendit à Chicago dans cette synagogue et mon père eut la chance de faire sa connaissance : il fut fasciné par le charisme du Rabbi, sa noblesse et sa simplicité.

Mon père n’évoqua jamais les sommes qu’il donnait pour la Tsedaka (charité). Nous vivions modestement mais, grâce à ses dons généreux, mon père aida le mouvement à acquérir le bâtiment du 770 Eastern Parkway (qui devint le siège mondial Loubavitch) et il contribua à la fondation du village Kfar Chabad en Israël. Après son décès, j’ai ouvert ses tiroirs et j’ai découvert une liasse de reçus datant de 1943, pour des milliers de dollars envoyés pour soutenir les communautés juives d’Europe réfugiées à Shanghai : il ne m’en avait jamais parlé.

Personnellement, je n’ai pas rencontré le Rabbi précédent mais en 1955, alors que j’avais dix ans, mon père m’a emmené au 770 voir le Rabbi. Il y eut un temps où le Rabbi téléphonait à mon père chaque Motsaé Chabbat (samedi soir), il lui téléphonait même parfois à son travail. Je savais qui était au bout du fil car mon père se levait aussitôt, mettait en toute hâte son chapeau et se lavait les mains avant de parler. Il m’arrivait de répondre moi-même au téléphone :

- A qui ai-je l’honneur ?
- Rav Schneerson !

J’assistai parfois à leurs conversations. Une fois mon père se plaignit d’une de mes passions :

- Mon fils s’intéresse trop à sa collection de timbres, cela lui vole du temps de son étude de la Torah...
- Vous savez, observa le Rabbi, ce n’est pas si mal que cela. Moi aussi, j’en ai collectionné.

Et le Rabbi raconta qu’en Russie, ses parents n’avaient plus d’argent et avaient revendu sa collection de timbres, ce qui leur avait permis de vivre décemment pendant plusieurs mois. Il n’y avait donc pas de quoi s’inquiéter en ce qui me concernait. Mon père ne m’adressa plus jamais de reproches au sujet de mes timbres...

Quand il m’apercevait dans le couloir du 770, le Rabbi m’arrêtait et me demandait comment j’allais. Quand j’eus grandi un peu, il me voyait marcher dans la rue et demandait à son chauffeur de freiner : « Souviens-toi de ce que je t’ai dit auparavant, m’interpelait-il : tu dois parler en public, c’est important que tu parles en public ! ». Il estimait que j’avais du talent pour expliquer – j’étudiais pour être rabbin : j’ai essayé d’accomplir sa volonté et j’ai parlé en public.

Comme je suis un Cohen, il me conseilla de ne pas prendre à la légère le privilège de la bénédiction des Cohanim à la synagogue les jours de fête. Et souvent, il demandait à mon père – les jours de semaine – de le bénir aussi.

Quand mon père prit sa retraite (à 85 ans), il devint un peu dépressif et le Rabbi lui fit remarquer : « Votre travail est de bénir les gens avec la bénédiction sacerdotale ! ». C’est ainsi qu’il prit l’habitude d’évoluer dans la synagogue du 770 en bénissant les gens et cela le rendait heureux.

Jusqu’en 1970, nous étions invités au Séder du Rabbi. La première nuit de Pessa’h, nous prions au 770 et, après l’office, le Rabbi se rendait dans sa pièce personnelle et mon père le suivait, en m’emmenant ; ils discutaient un peu. Puis le Rabbi restait seul dans ce bureau jusqu’à ce que quelqu’un frappe à sa porte et alors nous montions dans l’appartement du Rabbi précédent pour le Séder.

Le Rabbi mettait peut-être dix minutes pour préparer son plateau du Séder. Il y avait plusieurs ‘Hassidim importants autour de la table, chacun avait son plateau. Au moment d’ouvrir la porte pour le prophète Elie comme le veut la coutume, quelqu’un ouvrait la porte et ce qui semblait être 500 prophètes Elie apparaissaient : de fait, les étudiants de Yechiva s’étaient hâtés de terminer leur propre Séder pour mériter d’apercevoir le Rabbi à ce moment sublime entre tous.

C’était toujours mon père qui dirigeait le Séder, c’est-à-dire qu’il lisait la Hagada à haute voix tandis que le Rabbi et tous les convives suivaient à voix basse. C’était aussi ainsi que cela s’était passé du temps du Rabbi précédent. Parfois quelqu’un posait une question et le Rabbi répondait de façon concise. Moi-même j’avais demandé pourquoi, dans le passage « Dayénou » il est écrit : « Si D.ieu nous avait amenés près du mont Sinaï mais ne nous avait pas donné la Torah, cela nous aurait suffi. Comment comprendre cela, toute notre existence dépend de la Torah, comment peut-on se contenter d’être arrivés au pied du mont Sinaï sans recevoir la Torah ? ».

Le Rabbi répondit que le rassemblement devant le Sinaï avait été un événement d’importance nationale : c’est devant cette montagne que nous sommes devenus le Peuple juif et c’était déjà une étape importante en soi.

A la fin du Séder, le Rabbi prenait une grande bouteille de vin recouverte d’un sac en papier (on n’en voyait que le goulot) et il y reversait un peu du vin de la coupe d’Eliahou, puis reversait un peu de vin de la bouteille dans la coupe, plusieurs fois de suite, diluant le vin de la coupe jusqu’à ce que tout soit retourné dans la bouteille. A ce moment, la pièce était bondée et, tandis que le Rabbi procédait à tout ceci, les ‘Hassidim chantaient « Kéli Ata Vehodéka... »

Pour moi, être assis et observer ce grand dirigeant du Peuple juif accomplissant ce rituel, en entendant cette mélodie merveilleuse, c’était une expérience fabuleuse. C’était si merveilleux, comme une expérience en-dehors du corps et c’était le moment le plus sublime du Séder.

M. Hirsch Katz - JEM
Traduit par Feiga Lubecki

Mon père, Yankel Katz était né à Moguilev (Belarusse) dans une famille Loubavitch qui émigra quelques années plus tard à Chicago, vers 1905. Encore enfant, il travailla dans une imprimerie et, dès l’âge de quinze ans, il était devenu le principal soutien de la famille Katz puisque son père ne gagnait pas grand-chose.

Bien que mon grand-père se soit détaché du mouvement ‘hassidique, mon père quant à lui se dévouait pour la communauté, en particulier la Congrégation Anshei Lubavitch, une synagogue élégante parmi les quatre du mouvement Loubavitch à Chicago à cette époque. Il s’était aussi lié d’amitié avec des sommités rabbiniques en Europe et, dans les années 20, il correspondait avec le ‘Hafetz ‘Haïm et Rabbi ‘Haïm Ozer Grodzinski auxquels il envoyait de l’argent.

En 1929, le Rabbi précédent, Rabbi Yossef Yits’hak se rendit à Chicago dans cette synagogue et mon père eut la chance de faire sa connaissance : il fut fasciné par le charisme du Rabbi, sa noblesse et sa simplicité.

Mon père n’évoqua jamais les sommes qu’il donnait pour la Tsedaka (charité). Nous vivions modestement mais, grâce à ses dons généreux, mon père aida le mouvement à acquérir le bâtiment du 770 Eastern Parkway (qui devint le siège mondial Loubavitch) et il contribua à la fondation du village Kfar Chabad en Israël. Après son décès, j’ai ouvert ses tiroirs et j’ai découvert une liasse de reçus datant de 1943, pour des milliers de dollars envoyés pour soutenir les communautés juives d’Europe réfugiées à Shanghai : il ne m’en avait jamais parlé.

Personnellement, je n’ai pas rencontré le Rabbi précédent mais en 1955, alors que j’avais dix ans, mon père m’a emmené au 770 voir le Rabbi. Il y eut un temps où le Rabbi téléphonait à mon père chaque Motsaé Chabbat (samedi soir), il lui téléphonait même parfois à son travail. Je savais qui était au bout du fil car mon père se levait aussitôt, mettait en toute hâte son chapeau et se lavait les mains avant de parler. Il m’arrivait de répondre moi-même au téléphone :

- A qui ai-je l’honneur ?
- Rav Schneerson !

J’assistai parfois à leurs conversations. Une fois mon père se plaignit d’une de mes passions :

- Mon fils s’intéresse trop à sa collection de timbres, cela lui vole du temps de son étude de la Torah...
- Vous savez, observa le Rabbi, ce n’est pas si mal que cela. Moi aussi, j’en ai collectionné.

Et le Rabbi raconta qu’en Russie, ses parents n’avaient plus d’argent et avaient revendu sa collection de timbres, ce qui leur avait permis de vivre décemment pendant plusieurs mois. Il n’y avait donc pas de quoi s’inquiéter en ce qui me concernait. Mon père ne m’adressa plus jamais de reproches au sujet de mes timbres...

Quand il m’apercevait dans le couloir du 770, le Rabbi m’arrêtait et me demandait comment j’allais. Quand j’eus grandi un peu, il me voyait marcher dans la rue et demandait à son chauffeur de freiner : « Souviens-toi de ce que je t’ai dit auparavant, m’interpelait-il : tu dois parler en public, c’est important que tu parles en public ! ». Il estimait que j’avais du talent pour expliquer – j’étudiais pour être rabbin : j’ai essayé d’accomplir sa volonté et j’ai parlé en public.

Comme je suis un Cohen, il me conseilla de ne pas prendre à la légère le privilège de la bénédiction des Cohanim à la synagogue les jours de fête. Et souvent, il demandait à mon père – les jours de semaine – de le bénir aussi.

Quand mon père prit sa retraite (à 85 ans), il devint un peu dépressif et le Rabbi lui fit remarquer : « Votre travail est de bénir les gens avec la bénédiction sacerdotale ! ». C’est ainsi qu’il prit l’habitude d’évoluer dans la synagogue du 770 en bénissant les gens et cela le rendait heureux.

Jusqu’en 1970, nous étions invités au Séder du Rabbi. La première nuit de Pessa’h, nous prions au 770 et, après l’office, le Rabbi se rendait dans sa pièce personnelle et mon père le suivait, en m’emmenant ; ils discutaient un peu. Puis le Rabbi restait seul dans ce bureau jusqu’à ce que quelqu’un frappe à sa porte et alors nous montions dans l’appartement du Rabbi précédent pour le Séder.

Le Rabbi mettait peut-être dix minutes pour préparer son plateau du Séder. Il y avait plusieurs ‘Hassidim importants autour de la table, chacun avait son plateau. Au moment d’ouvrir la porte pour le prophète Elie comme le veut la coutume, quelqu’un ouvrait la porte et ce qui semblait être 500 prophètes Elie apparaissaient : de fait, les étudiants de Yechiva s’étaient hâtés de terminer leur propre Séder pour mériter d’apercevoir le Rabbi à ce moment sublime entre tous.

C’était toujours mon père qui dirigeait le Séder, c’est-à-dire qu’il lisait la Hagada à haute voix tandis que le Rabbi et tous les convives suivaient à voix basse. C’était aussi ainsi que cela s’était passé du temps du Rabbi précédent. Parfois quelqu’un posait une question et le Rabbi répondait de façon concise. Moi-même j’avais demandé pourquoi, dans le passage « Dayénou » il est écrit : « Si D.ieu nous avait amenés près du mont Sinaï mais ne nous avait pas donné la Torah, cela nous aurait suffi. Comment comprendre cela, toute notre existence dépend de la Torah, comment peut-on se contenter d’être arrivés au pied du mont Sinaï sans recevoir la Torah ? ».

Le Rabbi répondit que le rassemblement devant le Sinaï avait été un événement d’importance nationale : c’est devant cette montagne que nous sommes devenus le Peuple juif et c’était déjà une étape importante en soi.

A la fin du Séder, le Rabbi prenait une grande bouteille de vin recouverte d’un sac en papier (on n’en voyait que le goulot) et il y reversait un peu du vin de la coupe d’Eliahou, puis reversait un peu de vin de la bouteille dans la coupe, plusieurs fois de suite, diluant le vin de la coupe jusqu’à ce que tout soit retourné dans la bouteille. A ce moment, la pièce était bondée et, tandis que le Rabbi procédait à tout ceci, les ‘Hassidim chantaient « Kéli Ata Vehodéka... »

Pour moi, être assis et observer ce grand dirigeant du Peuple juif accomplissant ce rituel, en entendant cette mélodie merveilleuse, c’était une expérience fabuleuse. C’était si merveilleux, comme une expérience en-dehors du corps et c’était le moment le plus sublime du Séder.

M. Hirsch Katz - JEM
Traduit par Feiga Lubecki

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