Le Recit de la Semaine
Mosaic Express | March 29, 2024
Print This Article
View Original PDF

Le Recit de la Semaine

Mosaic Express | June 27, 2025

J’ai été nommé ambassadeur d’Israël aux Nations Unies en 1984.

Peu après mon arrivée à New York, on m’informa qu’un visiteur souhaitait me parler ; il prétendait qu’il me connaissait. On le fit entrer : c’était un ‘Hassid, avec barbe, costume sombre, chapeau...

- Je vous connais ?
- Bibi, bien sûr que tu me connais ! Je suis Chmarya !

Chmarya avait été un membre du mouvement (laïc, très à gauche) Hachomèr Hatsaïr. Il avait été un de mes très bons soldats, j’avais été son commandant. Nous nous étions perdus de vue ces dernières années...

- Comme tu le vois, je suis devenu Loubavitch. Le Rabbi veut te parler...
- Le Rabbi veut me parler ? Ok, allons-y !
- Eh... Ce n’est pas si simple !

On était la veille de Sim’hat Torah :
- Nous irons demain soir ! annonça Chmarya.
- D’accord. 19h, 20h ?
- Non ! Minuit !

Nous sommes arrivés devant la fameuse adresse, 770 Eastern Parkway, à Brooklyn. Combien de personnes cette synagogue peut-elle contenir ? Au moins 1000. Mais il y en avait bien 4000 ! Dans cette mer humaine, je fus tiré par Chmarya et amené vers une estrade, petite, de la taille de mes bras étendus. Et il y avait un petit livre sur la table face au mur.

- Attends ici ! m’ordonna Chmarya.
- Ici ?
- Oui, assied-toi sur l’estrade.

Soudain une porte s’ouvrit. On ne pouvait voir personne. Le Rabbi était un géant spirituel mais pas de grande stature. On put assister au miracle de la mer rouge, soudain un passage s’était créé spontanément pour le laisser passer dans cette foule. Le Rabbi arriva, se dirigea vers le livre et se mit à lire, le dos tourné à la foule. C’est alors que Chmarya me poussa du coude :

- Maintenant !
- Maintenant quoi ?
- Va maintenant vers le Rabbi !

Mon soldat me donnait des ordres, à moi, son commandant... La vie nous réserve parfois des bouleversements...

J’ai pensé : Bon, je ne suis pas à Rome mais quand on est à Loubavitchland, on agit comme...

Donc j’ai joué des coudes.

Je me suis approché du Rabbi, j’ai essayé d’attirer son attention mais sans succès. J’ai tapé sur son épaule et il a tourné la tête vers moi. En anglais j’ai annoncé :

- Rabbi, je suis venu vous voir...
- Juste me voir, reprit-il, pas me parler ?

Nous avons parlé. Il parlait hébreu, un hébreu parfait avec un lourd accent ashkénaze mais un hébreu parfait.

Nous avons parlé cinq minutes, dix minutes et les ‘Hassidim devenaient très agités. Quinze minutes, vingt minutes et le bruit montait de la foule... Trente minutes, trente-cinq. Je me demandai si ma sécurité physique était assurée...

Au bout de quarante minutes, il s’arrêta. Il avait dit ce qu’il avait à dire.

Il se tourna vers l’assemblée et les ‘Hassidim commencèrent à chanter et danser. Puis il arriva quelque chose que je n’oublierai jamais de ma vie. Le Rabbi et son beau-frère – je crois qu’ils approchaient tous les deux des 80 ans – chacun tenant un Séfer Torah, un rouleau de la Torah, se dirigèrent vers le centre de la salle, entourés par tous les ‘Hassidim. La lumière brillait depuis le plafond sur ces deux Juifs barbus dansant dans un cercle de lumière avec la Torah. Je sentis la puissance des générations, la force de nos traditions, de notre foi et de notre peuple.

Le Rabbi m’a transmis beaucoup d’idées ce soir-là. Mais surtout ceci :

- Vous allez entrer dans une maison de mensonges (c’est ainsi qu’il appelait une « certaine institution » - l’ONU). Souvenez-vous que dans une salle d’obscurité parfaite, si vous allumez une petite lumière, cette lumière précieuse sera vue de loin, par tout un chacun. Votre mission est d’allumer une bougie pour la vérité et pour le peuple juif.

C’est effectivement ce que j’ai essayé de faire depuis. Et c’est ce qui est demandé de chacun de nous.

D’après un discours retranscrit sur chabad.org
24 septembre 2009
Benjamin Netanyahou
Traduit par Feiga Lubecki

J’ai été nommé ambassadeur d’Israël aux Nations Unies en 1984.

Peu après mon arrivée à New York, on m’informa qu’un visiteur souhaitait me parler ; il prétendait qu’il me connaissait. On le fit entrer : c’était un ‘Hassid, avec barbe, costume sombre, chapeau...

- Je vous connais ?
- Bibi, bien sûr que tu me connais ! Je suis Chmarya !

Chmarya avait été un membre du mouvement (laïc, très à gauche) Hachomèr Hatsaïr. Il avait été un de mes très bons soldats, j’avais été son commandant. Nous nous étions perdus de vue ces dernières années...

- Comme tu le vois, je suis devenu Loubavitch. Le Rabbi veut te parler...
- Le Rabbi veut me parler ? Ok, allons-y !
- Eh... Ce n’est pas si simple !

On était la veille de Sim’hat Torah :
- Nous irons demain soir ! annonça Chmarya.
- D’accord. 19h, 20h ?
- Non ! Minuit !

Nous sommes arrivés devant la fameuse adresse, 770 Eastern Parkway, à Brooklyn. Combien de personnes cette synagogue peut-elle contenir ? Au moins 1000. Mais il y en avait bien 4000 ! Dans cette mer humaine, je fus tiré par Chmarya et amené vers une estrade, petite, de la taille de mes bras étendus. Et il y avait un petit livre sur la table face au mur.

- Attends ici ! m’ordonna Chmarya.
- Ici ?
- Oui, assied-toi sur l’estrade.

Soudain une porte s’ouvrit. On ne pouvait voir personne. Le Rabbi était un géant spirituel mais pas de grande stature. On put assister au miracle de la mer rouge, soudain un passage s’était créé spontanément pour le laisser passer dans cette foule. Le Rabbi arriva, se dirigea vers le livre et se mit à lire, le dos tourné à la foule. C’est alors que Chmarya me poussa du coude :

- Maintenant !
- Maintenant quoi ?
- Va maintenant vers le Rabbi !

Mon soldat me donnait des ordres, à moi, son commandant... La vie nous réserve parfois des bouleversements...

J’ai pensé : Bon, je ne suis pas à Rome mais quand on est à Loubavitchland, on agit comme...

Donc j’ai joué des coudes.

Je me suis approché du Rabbi, j’ai essayé d’attirer son attention mais sans succès. J’ai tapé sur son épaule et il a tourné la tête vers moi. En anglais j’ai annoncé :

- Rabbi, je suis venu vous voir...
- Juste me voir, reprit-il, pas me parler ?

Nous avons parlé. Il parlait hébreu, un hébreu parfait avec un lourd accent ashkénaze mais un hébreu parfait.

Nous avons parlé cinq minutes, dix minutes et les ‘Hassidim devenaient très agités. Quinze minutes, vingt minutes et le bruit montait de la foule... Trente minutes, trente-cinq. Je me demandai si ma sécurité physique était assurée...

Au bout de quarante minutes, il s’arrêta. Il avait dit ce qu’il avait à dire.

Il se tourna vers l’assemblée et les ‘Hassidim commencèrent à chanter et danser. Puis il arriva quelque chose que je n’oublierai jamais de ma vie. Le Rabbi et son beau-frère – je crois qu’ils approchaient tous les deux des 80 ans – chacun tenant un Séfer Torah, un rouleau de la Torah, se dirigèrent vers le centre de la salle, entourés par tous les ‘Hassidim. La lumière brillait depuis le plafond sur ces deux Juifs barbus dansant dans un cercle de lumière avec la Torah. Je sentis la puissance des générations, la force de nos traditions, de notre foi et de notre peuple.

Le Rabbi m’a transmis beaucoup d’idées ce soir-là. Mais surtout ceci :

- Vous allez entrer dans une maison de mensonges (c’est ainsi qu’il appelait une « certaine institution » - l’ONU). Souvenez-vous que dans une salle d’obscurité parfaite, si vous allumez une petite lumière, cette lumière précieuse sera vue de loin, par tout un chacun. Votre mission est d’allumer une bougie pour la vérité et pour le peuple juif.

C’est effectivement ce que j’ai essayé de faire depuis. Et c’est ce qui est demandé de chacun de nous.

D’après un discours retranscrit sur chabad.org
24 septembre 2009
Benjamin Netanyahou
Traduit par Feiga Lubecki

PDF Preview