Le Récit de la Semaine
Mosaic Express | January 24, 2025
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Le Récit de la Semaine

Mosaic Express | June 27, 2025

Ma famille réussit à quitter l’Union Soviétique en 1946 et, après bien des péripéties, arriva à Paris où nous sommes restés durant sept ans - comme de nombreux réfugiés d’Europe de l’Est après la Shoah. La mère du Rabbi, la Rabbanit ‘Hanna Schneerson parvint elle aussi à quitter la Russie peu après.

Nous habitions dans un appartement au 3ème étage, rue D.ieu, près de la Place de la République. La maison appartenait à notre oncle, Reb Zalman Schneerson qui avait sauvé beaucoup de Juifs en France et avait fondé de nombreuses organisations caritatives et éducatives. Il était le frère de ma mère, Yehoudit Butman et ils étaient cousins du Rabbi. Nous disposions d’une salle à manger et de deux chambres à coucher : l’une d’elle devint la chambre de la Rabbanit ‘Hanna et, tant que nous avons vécu dans cet appartement, nous avons continué à l’appeler : « La chambre de la Rabbanit ‘Hanna ».

A cette époque, le Rabbi était simplement connu comme « le gendre du Rabbi » (précédent, Rabbi Yossef Yits’hak) et il vivait à New York depuis qu’il avait quitté l’Europe en guerre. Il revint en 1947 en France pour retrouver sa mère (qu’il n’avait pas vue depuis 1928) et l’aider à immigrer aux États-Unis. Durant les trois mois de son séjour à Paris, il vint deux fois chaque jour - matin et soir - chez nous pour voir sa mère. Ma mère leur servait du thé et parfois des gâteaux.

A part notre relation familiale, nous avions un autre lien avec le Rabbi : durant la guerre, mes parents avaient habité au Kirghizistan, en Asie Centrale, où d’ailleurs je suis né. Dans la ville voisine d’Alma Ata (Kazakhstan), vivait le père du Rabbi, Rav Lévi Yits’hak Schneerson qui avait été libéré de prison (où on l’avait détenu à cause de ses activités rabbiniques) mais était maintenu en exil dans cette région inhospitalière. Très affaibli par les conditions effroyables de sa détention, Rav Lévi Yits’hak avait été rejoint par son épouse la Rabbanit ‘Hanna qui s’efforça d’adoucir ses derniers mois sur terre ; il décéda quelques mois après son arrivée à Alma Ata, en août 1944.

Durant cette brève période, mon père Reb Zalman Butman avait assisté les parents du Rabbi qui étaient démunis de tout et avait payé leurs dépenses chaque semaine. Quand le Rabbi arriva à Paris en 1947, il en parla à mon père :

- Reb Zalman, je sais que vous avez financé le séjour de mes parents à Alma Ata et que vous avez pourvu à leurs besoins : dites-moi combien cela vous a coûté, je veux vous dédommager pour cela.

- Rav Schneerson, protesta mon père, je voudrais que vous cessiez de me parler de cela. C’était une Mitsva et je ne la céderai pas.

Mon père racontait par la suite qu’il « mérita » que le Rabbi n’évoque plus ce sujet et l’affaire en resta là.

Avant de partir, le Rabbi offrit un cadeau à chaque membre de notre famille : à mon père, il remit une nouvelle édition du livre de prières Torah Ohr qu’il venait de faire publier aux États-Unis, avec, à la fin, le texte du Ma’hzor pour les fêtes. C’était la même édition que le Rabbi lui-même utilisait.

A ma mère et ma tante Sarah (l’épouse de Reb Zalman), le Rabbi acheta un service de table onéreux pour douze personnes (jusque-là nous ne disposions pas d’un service correct) et le Rabbi l’avait sûrement remarqué.

- Les enfants ! nous rappelait souvent notre mère, le Rabbi est allé lui-même choisir et acheter ces assiettes, il les a trempées au Mikvé (le bain rituel, comme l’exige la Torah) et il les a portées jusqu’au troisième étage, tout ceci pour s’assurer que nous disposions de belles assiettes !

Bien entendu, certaines se sont cassées au fil des années mais nous en conservons encore quelques-unes jusqu’à ce jour.

Mon frère Chalom Ber reçut un livre de Maamarim (discours ‘hassidiques) et ma grande sœur Léah (qui épousa par la suite Reb Yoel Kahn, un extraordinaire érudit) reçut...

Ma famille réussit à quitter l’Union Soviétique en 1946 et, après bien des péripéties, arriva à Paris où nous sommes restés durant sept ans - comme de nombreux réfugiés d’Europe de l’Est après la Shoah. La mère du Rabbi, la Rabbanit ‘Hanna Schneerson parvint elle aussi à quitter la Russie peu après.

Nous habitions dans un appartement au 3ème étage, rue D.ieu, près de la Place de la République. La maison appartenait à notre oncle, Reb Zalman Schneerson qui avait sauvé beaucoup de Juifs en France et avait fondé de nombreuses organisations caritatives et éducatives. Il était le frère de ma mère, Yehoudit Butman et ils étaient cousins du Rabbi. Nous disposions d’une salle à manger et de deux chambres à coucher : l’une d’elle devint la chambre de la Rabbanit ‘Hanna et, tant que nous avons vécu dans cet appartement, nous avons continué à l’appeler : « La chambre de la Rabbanit ‘Hanna ».

A cette époque, le Rabbi était simplement connu comme « le gendre du Rabbi » (précédent, Rabbi Yossef Yits’hak) et il vivait à New York depuis qu’il avait quitté l’Europe en guerre. Il revint en 1947 en France pour retrouver sa mère (qu’il n’avait pas vue depuis 1928) et l’aider à immigrer aux États-Unis. Durant les trois mois de son séjour à Paris, il vint deux fois chaque jour - matin et soir - chez nous pour voir sa mère. Ma mère leur servait du thé et parfois des gâteaux.

A part notre relation familiale, nous avions un autre lien avec le Rabbi : durant la guerre, mes parents avaient habité au Kirghizistan, en Asie Centrale, où d’ailleurs je suis né. Dans la ville voisine d’Alma Ata (Kazakhstan), vivait le père du Rabbi, Rav Lévi Yits’hak Schneerson qui avait été libéré de prison (où on l’avait détenu à cause de ses activités rabbiniques) mais était maintenu en exil dans cette région inhospitalière. Très affaibli par les conditions effroyables de sa détention, Rav Lévi Yits’hak avait été rejoint par son épouse la Rabbanit ‘Hanna qui s’efforça d’adoucir ses derniers mois sur terre ; il décéda quelques mois après son arrivée à Alma Ata, en août 1944.

Durant cette brève période, mon père Reb Zalman Butman avait assisté les parents du Rabbi qui étaient démunis de tout et avait payé leurs dépenses chaque semaine. Quand le Rabbi arriva à Paris en 1947, il en parla à mon père :

- Reb Zalman, je sais que vous avez financé le séjour de mes parents à Alma Ata et que vous avez pourvu à leurs besoins : dites-moi combien cela vous a coûté, je veux vous dédommager pour cela.

- Rav Schneerson, protesta mon père, je voudrais que vous cessiez de me parler de cela. C’était une Mitsva et je ne la céderai pas.

Mon père racontait par la suite qu’il « mérita » que le Rabbi n’évoque plus ce sujet et l’affaire en resta là.

Avant de partir, le Rabbi offrit un cadeau à chaque membre de notre famille : à mon père, il remit une nouvelle édition du livre de prières Torah Ohr qu’il venait de faire publier aux États-Unis, avec, à la fin, le texte du Ma’hzor pour les fêtes. C’était la même édition que le Rabbi lui-même utilisait.

A ma mère et ma tante Sarah (l’épouse de Reb Zalman), le Rabbi acheta un service de table onéreux pour douze personnes (jusque-là nous ne disposions pas d’un service correct) et le Rabbi l’avait sûrement remarqué.

- Les enfants ! nous rappelait souvent notre mère, le Rabbi est allé lui-même choisir et acheter ces assiettes, il les a trempées au Mikvé (le bain rituel, comme l’exige la Torah) et il les a portées jusqu’au troisième étage, tout ceci pour s’assurer que nous disposions de belles assiettes !

Bien entendu, certaines se sont cassées au fil des années mais nous en conservons encore quelques-unes jusqu’à ce jour.

Mon frère Chalom Ber reçut un livre de Maamarim (discours ‘hassidiques) et ma grande sœur Léah (qui épousa par la suite Reb Yoel Kahn, un extraordinaire érudit) reçut...

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