VAÉRA
D.ieu se révèle à Moché et lui promet de sortir les Enfants d’Israël d’Égypte, de les délivrer de leur esclavage, de les sauver et d’en faire Son peuple élu au Mont Sinaï. Il les conduira ensuite vers la terre qu’Il a promise aux Patriarches en héritage éternel.
Moché et Aharon se présentent à de multiples reprises pour demander au Pharaon, au nom de D.ieu : « Laisse partir Mon peuple pour qu’ils Me servent dans le désert ». Pharaon refuse. Le bâton d’Aharon se transforme en serpent, redevient bâton et avale les bâtons magiques des sorciers égyptiens. D.ieu envoie alors une série de plaies contre les Égyptiens.
Les eaux du Nil se transforment en sang, des armées de grenouilles envahissent la terre, la vermine infecte tous les hommes et les animaux. Des hordes de bêtes sauvages déferlent sur les villes, la peste tue les animaux domestiques, des ulcères douloureux affectent les Égyptiens. Pour la septième plaie, D.ieu combine le feu et la glace qui descendent sur terre en une grêle dévastatrice. Et pourtant « le cœur de Pharaon s’endurcit et il ne libère pas les Enfants d’Israël.
LES TROIS OBJECTIFS DES DIX PLAIES
Contrairement à l’idée répandue, les Dix Plaies évoquées dans la Paracha de cette semaine ne constituaient pas uniquement des châtiments infligés aux Égyptiens en raison de leur traitement impitoyable envers les Hébreux. En réalité, ces Dix Plaies remplissaient au moins deux fonctions supplémentaires.
Tout d’abord, elles servirent d’outil pédagogique visant à instruire tant les Égyptiens que le Peuple juif sur l’existence d’un D.ieu ; démontrant que D.ieu pouvait exercer un contrôle sur la nature et qu’Il entretenait une relation particulière avec le Peuple juif.
De plus, tandis que les Dix Plaies semaient la désolation parmi le peuple et les institutions égyptiennes, un processus spirituel simultané était engagé contre les forces maléfiques qui dominaient l’empire égyptien.
Cette introduction permet une meilleure compréhension du débat midrachique relatif aux Dix Plaies.
CHAQUE PLAIE COMPOSÉE DE QUATRE OU CINQ PLAIES
Rabbi Éliézer affirme que chacune des Dix Plaies se compose en réalité de quatre plaies spécifiques. En revanche, Rabbi Akiva soutient que chaque plaie est constituée de cinq plaies particulières.
Il est légitime de s’interroger sur la signification profonde du fait que les plaies soient composées soit de quatre, soit de cinq éléments. Sur quoi portent précisément ces divergences d’opinion entre les Sages ? Et, plus important encore, quelle leçon morale peut-on tirer de cette connaissance ?
À la lumière de cette perspective - selon laquelle les plaies ont été conçues pour contrer les forces du mal présentes en Égypte - on comprend pourquoi il était nécessaire d’envisager chacune d’entre elles comme possédant quatre ou cinq composantes. En effet, comme nous le verrons, le mal peut être décrit quant à ses effets néfastes sur le monde, soit en termes du nombre quatre, soit du nombre cinq. Clarifions cette problématique.
LES QUATRE ÉLÉMENTS ET LE NIVEAU QUINTESSENTIEL
Selon le Midrach, toute matière physique est constituée, au sens figuré, des quatre éléments que sont le feu, le vent, l’eau et la terre. Il convient de ne pas interpréter cela de manière littérale, comme certains l’ont suggéré en affirmant qu’il existe un véritable feu dans chaque objet. En réalité, tout ce qui appartient au domaine physique possède une forme métaphorique de feu, de vent, d’eau et de terre.
Outre ces quatre éléments qui définissent le caractère intrinsèque de chaque objet, il existe également un cinquième niveau : la quintessence, laquelle correspond à l’essence même de l’objet. Ainsi, on peut détruire un objet en le réduisant en miettes, par exemple ; cependant, cet objet continue d’exister sous une forme modifiée. En revanche, si l’on brûle cet objet, on détruit alors également son essence fondamentale.
JUSQU’À QUEL POINT LEUR MAL S’ÉTAIT-IL INFILTRÉ ?
Lorsque l’on considère que les Dix Plaies visaient les forces du mal présentes en Égypte, une question se pose : quelle était l’étendue de cette influence néfaste au sein de l’Égypte, tant parmi sa population que dans ses institutions ? Ce mal se limitait-il aux marges de la vie égyptienne ? Si tel avait été le cas, il n’aurait pas été nécessaire que les plaies affectent et détruisent systématiquement chacun des quatre éléments spécifiques constituant l’Égypte.
En effet, tant Rabbi Éliézer que Rabbi Akiva s’accordent sur la profondeur de la pénétration du mal dans la société égyptienne. Chaque plaie devait comprendre au moins quatre volets distincts, car ce mal ne se manifestait pas simplement d’une manière générale ou périphérique ; il pénétrait et affectait individuellement chacun des quatre composants fondamentaux de l’Égypte.
L’EXPLICATION DU DIFFÉREND ENTRE RABBI ÉLIÉZER ET RABBI AKIVA
C’est précisément à ce niveau que se situe la divergence entre Rabbi Éliézer et Rabbi Akiva. Rabbi Éliézer, qui soutient que chaque plaie se composait de quatre éléments, considère que l’impureté et la malveillance en Égypte affectaient tous les aspects de la vie égyptienne. Toutefois, il estime que cette malveillance ne pénétrait pas jusqu’à l’essence même de l’existence égyptienne. En détruisant les quatre éléments du mal qui constituaient la forme complète et le caractère de la vie égyptienne dans toutes ses manifestations variées, le mal aurait été éliminé pour ainsi dire dans son intégralité.
Rabbi Akiva, quant à lui, défend l’idée que chaque plaie comprenait cinq éléments et affirme que le mal avait effectivement atteint le noyau même de la société égyptienne. Pour débarrasser l’Égypte de son mal, les plaies devaient atteindre les cinq niveaux de l’existence égyptienne, jusqu’à son essence fondamentale.
COMMENT APPLIQUER LES DEUX APPROCHES À NOTRE LIBÉRATION ?
Cette analyse peut être transposée en une méthode visant à nous affranchir de notre propre paralysie spirituelle actuelle, comme lors de l’Exode hors d’Égypte.
Selon l’approche « à quatre niveaux » de Rabbi Éliézer pour éliminer le mal, il est nécessaire d’agir sur tous les plans conscients de notre âme, en veillant à ce qu’ils ne soient pas paralysés. Cela implique que nos actions, nos attitudes, notre intellect et notre volonté ne doivent pas être contaminés par des influences négatives ni ne stagnent. Une telle démarche suffit à détruire les forces oppressantes de l’Égypte et ouvre la voie à la Rédemption finale. Par conséquent, il n’est pas indispensable de s’inquiéter quant à notre essence profonde ; on peut considérer qu’elle demeure intacte et non entravée par les effets engourdissant du monde environnant.
Cependant, Rabbi Akiva ajoute que même lorsque nous percevons une liberté résultant du contrôle exercé sur nos facultés conscientes, nous ne sommes pas encore totalement « sortis d’affaire ». L’essence de notre âme pourrait demeurer en exil.
Pour véritablement sortir de cet exil, tant spirituellement que physiquement, Rabbi Akiva soutient qu’il faut approfondir la recherche au sein même de son âme afin de garantir que cette essence puisse « respirer » librement. Ce n’est qu’alors que l’Exode sera achevé et qu’aucune part de nous ne restera en exil.