Danny Carson avait décidé avec son épouse que, le moment venu, il se ferait incinérer. Mais c’était sans compter sur une incroyable intervention divine et la détermination de deux Loubavitchs : l’un était son neveu, Rav David Goldstein de Houston et l’autre, Rav Its’hak Mendel Wagner, un rabbin inconnu venu de Krefeld en Allemagne.
Rav Goldstein savait que son oncle Danny n’était pas très pratiquant, mais il avait néanmoins tenu à garder le contact même si ses essais pour introduire certaines Mitsvot avaient été le plus souvent poliment repoussés. Quand sa tante téléphona pour annoncer le décès de Danny, Rav Goldstein fut peiné d’apprendre qu’il serait incinéré (ce qui est absolument interdit par la loi juive) mais il sentit qu’il n’y avait rien à discuter, la décision était prise.
C’était sans compter sur la présence de Rav Wagner qui se trouvait précisément à Houston ce jour-là. Dans sa communauté de Krefeld, Rav Wagner avait amassé de nombreuses connaissances sur le judaïsme allemand et la Shoah et il avait été invité à donner une série de conférences à ce sujet dans diverses villes américaines. Quelques mois plus tôt, il avait donc contacté son collègue Loubavitch, Rav Goldstein (qu’il ne connaissait pas) pour parler devant la communauté juive de Houston. Tous deux avaient prévu de mettre au point une conférence et de se rencontrer au Congrès International des émissaires Loubavitch à New York en novembre 2023. Mais comment se reconnaître parmi plus de 6000 ‘Hassidim, avec les mêmes signes distinctifs : costume sombre, barbe, chapeau... ? Mission impossible ?
C’était sans compter sur le coup de pouce « d’en-haut » : le Baal Chem Tov n’a-t-il pas enseigné que même le mouvement d’une feuille morte dans le vent a un but ? Peut-être la feuille est-elle destinée à tomber doucement sur un ver de terre qui sera ainsi protégé des vicissitudes de l’hiver... Chaque tourbillon de cette feuille morte est calculé par D.ieu !
Bref, Rav Wagner arriva au banquet du Congrès où on lui annonça que sa réservation n’avait pas été validée ; il ne put donc pas s’asseoir avec ses amis, comme il l’avait prévu. Et il se retrouva assis – par hasard, comme la feuille morte décrite par le Baal Chem Tov – à côté de Rav Goldstein ! C’est ainsi que les deux purent faire connaissance à New York en live, avant de se retrouver quelques mois plus tard à Houston.
« Quand j’entendis la conversation entre Rav Goldstein et sa tante, je réalisai que ma visite au Texas avait pour but d’empêcher cette incinération. Immédiatement, nous avons établi une liste d’arguments. Ma conférence traitait de la Shoah et de ce que les nazis avaient infligé aux Juifs de leur vivant et même après leur mort. Ils nous ont brûlés. Tout comme le Hamas l’a fait le 7 octobre. Nous ne pouvons pas permettre que nos frères juifs, où qu’ils soient, subissent cette brutalité ! Et c’est cet argument qui a ébranlé la tante de mon nouvel ami. Rav Goldstein envoya un texto à sa tante, expliquant qu’un rabbin venu d’Allemagne se trouvait justement à côté de lui, c’était un spécialiste de la Kristallnacht, la terrible « Nuit de Cristal » qui marqua le début de la Shoah ; il est horrifié chaque fois qu’il apprend qu’un Juif est incinéré. Bouleversée, elle contacta les pompes funèbres, retarda la crémation et demanda qu’on l’aide à organiser un enterrement juif, si possible avec une aide financière de la communauté. Cela prit plusieurs coups de téléphone mais finalement, grâce à la générosité des services d’entraide de Houston, Danny Carson fut enterré dignement ».
Quant à Rav Goldstein, il reconnaît que, sans l’intervention de son collègue, il n’aurait pas eu le courage de contester la décision de sa tante : il avait déjà réussi à empêcher des incinérations dans sa communauté mais, quand il s’agit de la famille, il est difficile d’engager le combat. « A la fin de la cérémonie, raconte-t-il, ma tante est venue vers moi et a reconnu qu’elle était soulagée que nous ayons agi pour elle et que nous l’ayons aidée financièrement. C’est ce que le Rabbi nous a toujours enseigné : nous sommes là au service des autres Juifs depuis le jour de leur naissance et jusqu’à leur mort et au-delà. Nous devons aider la Nechama (l’âme) dans toutes les situations, à tous les âges, à toutes les étapes de la vie et d’après la vie ».
Quant à Rav Wagner, il n’a jamais douté de la raison de sa venue à Houston : « Je savais que je devais réussir puisque D.ieu a guidé mes pas jusque-là. La leçon est claire : si un message vous parvient, vous avez l’obligation d’intervenir et d’agir ».
Noa Amouyal - Chabad.org
Traduit par Feiga Lubecki
