Sa mère avait eu de mauvaises expériences dans son enfance et en avait retiré une aversion pour toute forme de religion. Donc Danny grandit sans aucune connaissance de base du judaïsme. Adolescent, il déménagea en Utah où il rencontra le mouvement Loubavitch : il s’intéressa, participa à des cours de Torah et à des fêtes comme Pessa’h, Roch Hachana et les repas de Chabbat. Par la suite, il déménagea encore et, en route, perdit le peu de judaïsme qu’il venait d’acquérir.
Plus de vingt ans passèrent sans Séder de Pessa’h, sans lecture de la Méguila, sans repas de Chabbat jusqu’à ce qu’il nous rencontre et renouvelle son intérêt pour le judaïsme. Ce fut assez bluffant de le voir revenir à toute allure avec les gestes, la façon de parler et de prier qui lui avaient été si familières, comme si vingt ans ne s’étaient pas écoulés, comme s’il avait toujours baigné dans cette atmosphère si chaleureuse. Il participait à tous nos cours, tous nos projets, toutes nos initiatives en faveur de notre petite communauté.
A Roch Hachana, Danny s’engagea à mettre les Téfilines tous les jours. Il s’acheta une belle paire et tint à les mettre chaque jour avant d’aller au travail. Il s’était engagé et tint fidèlement sa promesse.
Une fois, Danny décida de prendre un jour de vacances pour rendre visite à sa famille à quelques heures de là. Comme il aimait la nature, il se leva très tôt et se dirigea vers la plage dans l’espoir de jouir d’un magnifique lever de soleil sur la plage. Les autoroutes étaient vides, c’était un vrai plaisir de conduire tout en admirant le paysage si serein et silencieux. Soudain, il se souvint : les Téfilines ! Il était parti si tôt le matin qu’il n’y avait même pas pensé. Retourner les chercher, cela signifiait encore une heure aller, une heure retour, donc deux heures de perdues dans son programme et le risque de rater le spectacle somptueux du soleil levant auquel il s’était réjoui de pouvoir assister. Il ne pouvait pas retourner en arrière, il était trop tard.
Il continua donc sa route, le cœur lourd, ne pouvant s’empêcher de penser aux Téfilines et à sa bonne résolution de Roch Hachana. Finalement, il arriva à la plage qu’il avait repérée sur la carte alors que le soleil se levait majestueusement : mais il ne pouvait même pas apprécier cet instant magique à cause de son sentiment de culpabilité.
Danny avait été certain que la plage lui appartiendrait si tôt le matin, que personne d’autre ne se serait levé aussi tôt. Quelle ne fut pas sa surprise d’apercevoir une silhouette debout sur la plage, sans doute aussi fascinée par ce lever de soleil. Danny regarda de plus près et n’en crut pas ses yeux : mais oui, on aurait dit, enfin c’était vraiment la forme d’un homme portant Talit et Téfilines et se penchant d’avant en arrière comme s’il priait...
Le cœur battant, Danny se frotta les yeux puis courut vers lui, attendit qu’il finisse sa prière puis lui tapa gentiment sur l’épaule. Surpris, l’homme se retourna vers Danny et pâlit quand celui-ci lui demanda :
- Comment allez-vous ? Puis-je vous emprunter vos Téfilines ?
Soulagé, l’homme sourit et prêta ses Téfilines à Danny non sans constater avec satisfaction que celui-ci savait les mettre, savait prier et n’oubliait pas de les plier correctement puis de les embrasser avant de les ranger dans leur pochette en velours. Tous deux se photographièrent devant le soleil levant, se serrèrent la main puis retournèrent chacun dans sa voiture. Danny arborait maintenant un sourire éclatant, ne parvenant pas à croire dans sa « chance », dans l’ange envoyé du ciel qui lui avait permis d’honorer sa bonne résolution.
Par la suite, quand il raconta son histoire, il fut facile de déduire que « l’ange » était un fidèle de la communauté de Rav Zirkind de la ville de Fresno (Californie). Rav Zirkind me raconta que cet homme et sa femme étaient en route vers le sud et s’étaient arrêtés près de la plage déserte pour prier.
- Je ne me sens pas très à l’aise de prier en public, avait remarqué l’homme. Il y a tellement d’antisémitisme autour de nous en ce moment. Je vais juste prier rapidement dans la voiture.
- Mais non ! avait protesté sa femme. Crois-tu vraiment que le Rabbi serait content de toi pelotonné dans la voiture au lieu d’afficher fièrement ton judaïsme à l’extérieur ?
Pas vraiment convaincu, l’homme l’avait pourtant écoutée et avait prié avec Talit et Téfilines sur la plage qui, finalement, n’était pas si déserte... Quand Danny lui avait tapé sur l’épaule, il avait d’abord craint d’être agressé par un rôdeur. Mais ce n’était que Danny, un coreligionnaire à qui il pouvait rendre un immense service...
Chacun avait agi comme un messager envoyé du ciel pour l’autre. Danny avait pu accomplir sa promesse et l’autre homme avait constaté avec stupéfaction la puissance de l’inspiration causée par sa fierté juive.
Rav Mendel Liberow – South County Morgan Hill (Californie)
Traduit par Feiga Lubecki