DEUX NIVEAUX DE RIRE
L’on peut suggérer une réponse à ces questions, basée sur la définition de la joie et du rire véritables. Il existe une joie et un rire relatifs, qui s’appuient sur le moment des bonnes nouvelles, et une joie durable qui transcende le moment.
Dans une Paracha précédente, Rachi relate qu’un hérétique interpella un Sage en lui demandant pourquoi D.ieu avait-Il créé l’homme s’Il savait qu’il serait détruit au moment du Déluge. Le Sage répondit avec l’analogie de la naissance d’un enfant.
« Quand l’enfant naît, les parents se réjouissent bien qu’ils sachent qu’un jour il mourra. La raison en est que quand c’est le moment de la joie, il y a de la joie et quand c’est le moment de pleurer, alors on pleure. De la même façon, D.ieu savait que les hommes pécheraient et qu’ils seraient détruits. Néanmoins, cela ne L’empêcha pas de les créer, au nom des Justes qui se lèveraient parmi eux. »
La réponse de Rachi à l’hérétique aurait dû se terminer par « de la même façon, quand D.ieu créa le monde, c’était une période de joie et quand Il le détruisit, ce fut une période de pleurs ». Pourquoi cette conclusion avec la référence aux Justes ?
Il semble que Rachi fasse une distinction entre la joie et le rire humains et la joie de D.ieu. Un être humain, qui est fini, doit vivre le moment. Sa joie s’appuie sur ce qui se passe à un moment précis. La joie humaine, et parallèlement le chagrin humain, sont basés sur le « ici et maintenant ».
D.ieu, en revanche, Qui est infini et transcende les limites du temps et de l’espace, voit le futur ultime. D.ieu voit les Justes qui vont émerger au sein de l’humanité et c’est pourquoi Il Se réjouit au présent, mais aussi pour le futur ultime, bien qu’Il connaisse la destruction à venir. Sa joie est basée à la fois sur le moment présent et sur l’éternité.
La naissance d’Yits’hak fut, sans aucun doute, une immense source de joie pour ses parents. Mais il ne s’agissait pas de la joie ultime puisque rien dans le monde matériel ne dure pour toujours. C’est ainsi que D.ieu le nomma Yits’hak, non pour la joie présente mais parce qu’Yits’hak soulignait le futur lointain, l’Ère du Machia’h, où n’existera qu’une joie absolue et parfaite.
