Improbable Rencontre
Mosaic Express | November 07, 2025
Print This Article
View Original PDF

Improbable Rencontre

Mosaic Express | December 08, 2025

LE RECIT DE LA SEMAINE

IMPROBABLE RENCONTRE

À Liraz que là, il n’aurait pas de « client » pour son Choffar car ce régiment était constitué uniquement de soldats druzes non-juifs. Liraz resta donc dans la jeep pour se reposer quelques minutes quand, soudain, il aperçut un soldat revêtu d’un training qui, de toute évidence n’était pas druze ! Liraz descendit du véhicule pour mieux l’identifier et, avant qu’il ait pu ouvrir la bouche, l’homme s’exclama avec un accent yiddish prononcé : « Oye, Oye ! Jusque-là vous arrivez, vous les Loubavitch ! ».

(« J’ai déjà rencontré toutes sortes de Juifs et d’arguments quand je propose telle ou telle Mitsva mais jamais je n’avais entendu une telle phrase ! raconta Liraz par la suite »).

- Je vais te raconter la vérité, expliqua le jeune homme visiblement bouleversé. Comme tu me vois ici, je n’en ai pas l’air mais, de fait, je suis né dans une famille de ‘Hassidim de Satmar, la mouvance sans doute la plus extrémiste du judaïsme orthodoxe. Mais à l’âge de vingt ans à peu près, j’ai décidé de tout rejeter en bloc, je me suis enrôlé dans l’armée et, même là, j’ai décidé de m’éloigner de tout ce qui est religieux : c’est pourquoi j’ai demandé à faire partie de ce régiment druze et ainsi, je n’ai plus aucune contrainte : ni cacherout, ni Kiddouch le vendredi soir, ni prière, ni pomme trempée dans le miel pour Roch Hachana, rien !

(Liraz était stupéfait...).

Ah, comme j’étais heureux ici, sans aucun rappel de la fête, avec la possibilité de me reposer ! Et c’est alors que, venu de nulle part, tu es arrivé à la base et je ne pouvais pas ne pas te remarquer, en uniforme certes mais avec ta barbe, tes Tsitsit et tout le reste. Et le Choffar ! Tout ce que je ne voulais pas voir est parvenu jusqu’à moi !

Cela fait plus de dix ans que Liraz et moi fréquentons le même Beth ‘Habad, le centre communautaire Loubavitch dans le quartier de Re’havia, à Jérusalem. Il est devenu pour nous, comme pour tant d’autres, une deuxième maison. A vrai dire, Liraz est pour moi un exemple, une personnalité hors du commun, toujours prêt à rendre service et à se dévouer pour autrui. Ici, au centre de Jérusalem, comme un aimant, il a attiré de nombreux jeunes gens et jeunes filles assoiffés d’étudier la Torah, de comprendre pourquoi ils sont si attachés à cette terre d’Israël et avides de mieux connaître leur identité juive profonde.

Cette année, à Roch Hachana, Liraz espérait profiter d’une permission pour passer Chabbat chez les parents de son épouse à Roch Pina. Mais, pour une raison connue de lui seul, le commandant de son bataillon décréta que tout le régiment devait revenir à sa base, quelque part dans le sud de la Syrie, à seulement une demi-heure de route de la frontière nord d’Israël. Liraz réussit à se faire conduire par un sous-lieutenant, druze, qui l’emmena en jeep faire le tour des différents campements - ce qui permit à Liraz, Loubavitch dévoué, non seulement de vérifier l’état de préparation des troupes mais aussi de faire profiter chaque soldat de la Mitsva du jour, c’est-à-dire écouter le Choffar. Son chauffeur druze avait bien compris à quel genre de soldat « fanatique » il avait affaire et, non seulement ne s’impatientait pas mais l’attendait avec philosophie jusqu’à ce qu’il termine de sonner dans la corne de bélier pour chacun des soldats, n’hésitant pas à vérifier, dans chaque tente, s’il n’y avait pas encore quelqu’un qui pourrait profiter du son du Choffar.

C’est alors que tous deux arrivèrent à un campement particulier : le chauffeur signala à Liraz que là, il n’aurait pas de « client » pour son Choffar car ce régiment était constitué uniquement de soldats druzes non-juifs. Liraz avait déjà rencontré des Juifs nés dans des familles pratiquantes qui avaient abandonné certaines pratiques mais à ce point ? Il se ressaisit et, calmement, amicalement, avec une empathie dont lui seul avait le secret, sympathisa avec le jeune homme visiblement déstabilisé par sa venue et lui proposa effectivement d’écouter la sonnerie du Choffar : après tout, cela ne lui demanderait aucun sacrifice, juste écouter un religieux fanatique sonner dans une corne de bélier. Comme on dit : si cela ne sert à rien, cela ne fait pas de mal non plus...

Alors qu’il pensait avoir déjà tout vu et entendu, Liraz en fut pour une autre surprise :

- Si déjà tu es là et que je ne peux pas t’échapper, continua le jeune homme, je veux accomplir la Mitsva comme il convient. Laisse-moi aller me changer, me ressaisir et mettre mon uniforme. De plus, je tiens - si tu me le permets - à prononcer moi-même la bénédiction !

Vous croyez avoir deviné la suite de l’histoire ? Pas du tout ! Ecoutez cette cerise sur le gâteau... Alors qu’il s’apprêtait à écouter la sonnerie du Choffar, le jeune homme se souvint d’un détail ‘hassidique important :

- Attend ! Est-ce que par hasard, tu pourrais me prêter un gartel (ceinture de prière) ?

Le gartel, c’est une fine ceinture noire que les ‘Hassidim portent sous la chemise ou juste avant la prière afin de marquer la séparation entre le haut et le bas du corps et ainsi mieux prier. Bien entendu, même à l’armée, même sous son uniforme, Liraz portait un gartel et le prêta volontiers pour cette Mitsva. Le jeune homme s’en empara : il savait très bien comment nouer autour de sa taille le gartel que ce Loubavitch tombé du ciel lui proposait. Fermant les yeux, concentré, presqu’au garde à vous, il se revoyait...

LE RECIT DE LA SEMAINE

IMPROBABLE RENCONTRE

À Liraz que là, il n’aurait pas de « client » pour son Choffar car ce régiment était constitué uniquement de soldats druzes non-juifs. Liraz resta donc dans la jeep pour se reposer quelques minutes quand, soudain, il aperçut un soldat revêtu d’un training qui, de toute évidence n’était pas druze ! Liraz descendit du véhicule pour mieux l’identifier et, avant qu’il ait pu ouvrir la bouche, l’homme s’exclama avec un accent yiddish prononcé : « Oye, Oye ! Jusque-là vous arrivez, vous les Loubavitch ! ».

(« J’ai déjà rencontré toutes sortes de Juifs et d’arguments quand je propose telle ou telle Mitsva mais jamais je n’avais entendu une telle phrase ! raconta Liraz par la suite »).

- Je vais te raconter la vérité, expliqua le jeune homme visiblement bouleversé. Comme tu me vois ici, je n’en ai pas l’air mais, de fait, je suis né dans une famille de ‘Hassidim de Satmar, la mouvance sans doute la plus extrémiste du judaïsme orthodoxe. Mais à l’âge de vingt ans à peu près, j’ai décidé de tout rejeter en bloc, je me suis enrôlé dans l’armée et, même là, j’ai décidé de m’éloigner de tout ce qui est religieux : c’est pourquoi j’ai demandé à faire partie de ce régiment druze et ainsi, je n’ai plus aucune contrainte : ni cacherout, ni Kiddouch le vendredi soir, ni prière, ni pomme trempée dans le miel pour Roch Hachana, rien !

(Liraz était stupéfait...).

Ah, comme j’étais heureux ici, sans aucun rappel de la fête, avec la possibilité de me reposer ! Et c’est alors que, venu de nulle part, tu es arrivé à la base et je ne pouvais pas ne pas te remarquer, en uniforme certes mais avec ta barbe, tes Tsitsit et tout le reste. Et le Choffar ! Tout ce que je ne voulais pas voir est parvenu jusqu’à moi !

Cela fait plus de dix ans que Liraz et moi fréquentons le même Beth ‘Habad, le centre communautaire Loubavitch dans le quartier de Re’havia, à Jérusalem. Il est devenu pour nous, comme pour tant d’autres, une deuxième maison. A vrai dire, Liraz est pour moi un exemple, une personnalité hors du commun, toujours prêt à rendre service et à se dévouer pour autrui. Ici, au centre de Jérusalem, comme un aimant, il a attiré de nombreux jeunes gens et jeunes filles assoiffés d’étudier la Torah, de comprendre pourquoi ils sont si attachés à cette terre d’Israël et avides de mieux connaître leur identité juive profonde.

Cette année, à Roch Hachana, Liraz espérait profiter d’une permission pour passer Chabbat chez les parents de son épouse à Roch Pina. Mais, pour une raison connue de lui seul, le commandant de son bataillon décréta que tout le régiment devait revenir à sa base, quelque part dans le sud de la Syrie, à seulement une demi-heure de route de la frontière nord d’Israël. Liraz réussit à se faire conduire par un sous-lieutenant, druze, qui l’emmena en jeep faire le tour des différents campements - ce qui permit à Liraz, Loubavitch dévoué, non seulement de vérifier l’état de préparation des troupes mais aussi de faire profiter chaque soldat de la Mitsva du jour, c’est-à-dire écouter le Choffar. Son chauffeur druze avait bien compris à quel genre de soldat « fanatique » il avait affaire et, non seulement ne s’impatientait pas mais l’attendait avec philosophie jusqu’à ce qu’il termine de sonner dans la corne de bélier pour chacun des soldats, n’hésitant pas à vérifier, dans chaque tente, s’il n’y avait pas encore quelqu’un qui pourrait profiter du son du Choffar.

C’est alors que tous deux arrivèrent à un campement particulier : le chauffeur signala à Liraz que là, il n’aurait pas de « client » pour son Choffar car ce régiment était constitué uniquement de soldats druzes non-juifs. Liraz avait déjà rencontré des Juifs nés dans des familles pratiquantes qui avaient abandonné certaines pratiques mais à ce point ? Il se ressaisit et, calmement, amicalement, avec une empathie dont lui seul avait le secret, sympathisa avec le jeune homme visiblement déstabilisé par sa venue et lui proposa effectivement d’écouter la sonnerie du Choffar : après tout, cela ne lui demanderait aucun sacrifice, juste écouter un religieux fanatique sonner dans une corne de bélier. Comme on dit : si cela ne sert à rien, cela ne fait pas de mal non plus...

Alors qu’il pensait avoir déjà tout vu et entendu, Liraz en fut pour une autre surprise :

- Si déjà tu es là et que je ne peux pas t’échapper, continua le jeune homme, je veux accomplir la Mitsva comme il convient. Laisse-moi aller me changer, me ressaisir et mettre mon uniforme. De plus, je tiens - si tu me le permets - à prononcer moi-même la bénédiction !

Vous croyez avoir deviné la suite de l’histoire ? Pas du tout ! Ecoutez cette cerise sur le gâteau... Alors qu’il s’apprêtait à écouter la sonnerie du Choffar, le jeune homme se souvint d’un détail ‘hassidique important :

- Attend ! Est-ce que par hasard, tu pourrais me prêter un gartel (ceinture de prière) ?

Le gartel, c’est une fine ceinture noire que les ‘Hassidim portent sous la chemise ou juste avant la prière afin de marquer la séparation entre le haut et le bas du corps et ainsi mieux prier. Bien entendu, même à l’armée, même sous son uniforme, Liraz portait un gartel et le prêta volontiers pour cette Mitsva. Le jeune homme s’en empara : il savait très bien comment nouer autour de sa taille le gartel que ce Loubavitch tombé du ciel lui proposait. Fermant les yeux, concentré, presqu’au garde à vous, il se revoyait...

PDF Preview