LE RECIT DE LA SEMAINE
Arié Zohar est le seul survivant de sa famille. Il vivait dans le Kibboutz Nir Oz, près de Gaza. Au milieu du désert du Néguev, ce Kibboutz avait été fondé par des Juifs idéalistes, désireux de faire refleurir le désert dans un environnement paisible et champêtre. C’était une oasis de verdure qui abritait un splendide jardin botanique comptant plus de 900 espèces de fleurs et de plantes. Pionnier sur le plan de l’écologie et du recyclage, ce Kibboutz parvenait à cultiver des asperges pour l’exportation avec moitié moins d’eau que d’autres sites.
Ce samedi matin 7 octobre, avant de célébrer la fête de Sim’hat Torah, Arié s’est réveillé tôt et a décidé de sortir faire du jogging non loin de sa maison. Pendant ce temps, les terroristes venus de Gaza firent irruption dans sa maison et tuèrent de façon atroce son père Yaniv, sa mère Yasmine et ses deux sœurs plus âgées, Te’hélet et Keshet. Sans aucune pitié, ils assassinèrent aussi son grand-père maternel, ‘Haïm Livné.
Arié est le seul rescapé, il a assisté à l’enterrement de cinq membres de sa famille et il a respecté les sept jours de deuil traditionnels alors qu’il n’a que douze ans... Comme le veut la coutume, il prononce à chaque prière le Kaddich pour l’élévation de l’âme de ses parents, sœurs et grand-père. Voisins et connaissances se succèdent dans la maison où il a été recueilli, pour lui rendre visite et tenter de le consoler. Mais après la semaine de deuil, il sera appelé à la Torah car, atteignant justement l’âge de treize ans, il « célébrera » sa Bar Mitsva - sans ses parents.
Ceux-ci avaient déjà acheté les Téfilines qu’il devrait mettre. Cependant, Arié ne veut pas mettre ses propres Téfilines, il aurait voulu mettre ceux de son père. Pourquoi ? Son père avait reçu ces Téfilines de son propre père qui, à l’âge de quatorze ans, avait survécu aux camps de la mort nazis tandis que ses parents avaient été sauvagement exterminés - non sans lui avoir procuré auparavant des Téfilines.
Quand un des membres de ZAKA (l’organisation orthodoxe chargée des derniers devoirs, qui tente d’assurer à toutes les victimes d’attentats et de guerres le respect des dépouilles et l’intégrité du corps humain comme seul le judaïsme l’exige) vint rendre visite à Arié, celui-ci lui fit part de sa demande très particulière. Or comment récupérer ces Téfilines alors que la maison familiale avait été incendiée par les terroristes et que le terrain de Nir Oz avait été déclaré zone militaire fermée dans laquelle nul ne peut pénétrer ?
Quand ‘Haïm Outmezguine entendit la requête d’Arié, il éclata en sanglots : « Bien que j’ai eu à m’occuper de plus de 700 corps de victimes de cet effroyable pogrom cette semaine, j’avais tenu le coup mais là, c’en était trop, j’ai éclaté en sanglots ! Je ne parvenais pas à croire qu’un enfant qui avait tout perdu, qui était maintenant seul au monde, recueilli par ses grands-parents, qui n’avait même plus sa maison, ses jouets, son cartable demandait juste les Téfilines de son père qui, pour lui, représentaient la continuité de sa famille qui avait tant souffert ».
‘Haïm promit de s’acquitter de cette mission dangereuse. Alors que les roquettes continuaient de tomber sur Nir Oz et, de fait, sur toute la région, que des terroristes se cachaient sans doute encore non loin de là, que les pavillons en feu s’effondraient, il reçut de l’armée une permission de quatre minutes pour entrer dans ce qui restait de la maison. Il décrit la joie qu’il éprouva quand il trouva la pochette de Téfilines, la même joie qu’avaient éprouvée les parachutistes israéliens quand ils avaient reconquis en juin 1967 la vieille ville de Jérusalem et s’étaient écrié : « Le Mont du Temple est entre nos mains ! ». Il prit au passage un album de photos et quelques autres objets de valeur sentimentale et sortit en courant.
« Quand j’ai tendu à Arié la pochette, ce soir-là, il a éclaté en sanglots : la pochette était couverte de cendres, toute abîmée mais, quand il l’a ouverte, les Téfilines à l’intérieur étaient intactes !
Le grand-père à ses côtés, qui venait de perdre dans des conditions aussi horribles son fils, sa belle-fille et ses deux petites-filles, était sidéré lui aussi. Il finit par s’exprimer, en retenant ses larmes : « Mes parents ont été tués sous mes yeux quand j’avais 14 ans. J’ai résisté et j’ai continué de vivre. Maintenant j’ai un petit-fils qui vit en Israël ! Toi aussi, ils t’ont rendu orphelin alors que tu n’as que douze ans mais toi aussi tu auras des petits-enfants qui vivront en Israël ! ».
Cette histoire est le symbole de toute l’histoire du peuple juif, de sa foi inébranlable et de sa survie, brebis entourée de 70 loups mais protégée par son Berger fidèle. C’est pourquoi nous gardons toujours espoir et savons que l’avenir sera glorieux car nous avons un D.ieu qui nous a béni avec Sa Torah et Ses Mitsvot.
Loin de nous l’idée de nous abandonner au désespoir face à ce mal absolu qui règne autour de nous. Nous nous raccrochons encore davantage à notre héritage éternel car le peuple d’Israël vit et vivra toujours !
Chabad.org
Traduit par Feiga Lubecki
