Le Recit de la Semaine
Mosaic Express | November 15, 2024
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Le Recit de la Semaine

Mosaic Express | June 27, 2025

Après la guerre des Six Jours, en 1967, tout le pays d’Israël était en liesse devant l’énormité du miracle. Peu de gens prirent conscience que plus de 700 soldats avaient néanmoins perdu la vie sans compter qu’il y eut aussi de nombreux blessés... Mme Shafra Morozow contacta le Rabbi pour solliciter son aide et sa bénédiction. Son mari venait de succomber à la guerre et elle se sentait perdue. Le Rabbi lui répondit que, puisqu’elle était une veuve de guerre, elle devait assumer une nouvelle responsabilité : aider d’autres femmes dans la même situation. C’est ainsi qu’à la demande du Rabbi, elle prit la tête d’une nouvelle organisation destinée à parer aux besoins des victimes de guerre et d’attentats, fonction qu’elle assuma pendant des dizaines d’années, prenant en charge les besoins médicaux, financiers, sociaux de nombreuses familles. Mais avec l’âge, elle dût petit à petit déléguer cette fonction et c’est ainsi que ma Chli’hout (ma mission) est née d’une tragique nécessité : en 2001, la seconde intifada généra des centaines d’attaques terroristes dans tout Israël. On me proposa donc de revitaliser cette organisation. Cela me rendit nerveux : bien sûr, je voulais aider les gens mais sachant que je devrais les contacter dans les pires moments de leurs vies, dans des situations où ils étaient les plus vulnérables, je doutai de mes capacités et demandai une période d’essai de trois mois.

Cela fait maintenant plus de 23 ans que cette fonction m’occupe nuit et jour. Je tente toujours de me souvenir qu’il ne s’agit pas d’une occupation « normale ». Rendre visite à des personnes dont le seul « crime » est d’être juif au mauvais moment devant un arrêt de bus quand surgit un terroriste sanguinaire ne peut pas devenir une routine. Il y a souvent plusieurs victimes lors d’un attentat et je dois prendre en charge les besoins de chacun : organiser les funérailles et la semaine de deuil, contacter les services sociaux et médicaux, veiller aux besoins religieux... Je me souviens comment je me suis senti impuissant la première fois : que dire et surtout ne pas dire, comment me comporter et expliquer pourquoi je suis là... Après un attentat, les gens veulent aider tout de suite mais, sur le long terme, la vie reprend le dessus, chacun retourne à ses occupations mais il n’en va pas ainsi pour nous : avec mon équipe, nous sommes là dès que nous apprenons la mauvaise nouvelle et nous aidons la famille à retrouver un sens à la vie sans la personne aimée ou à s’adapter pour prendre soin d’une personne blessée ou lourdement handicapée. Nous gardons le contact pendant des années et ne les laissons pas « tomber ».

La politique israélienne et les media ont tracé une ligne infranchissable entre les laïcs et les religieux. Mais qui peut agir « mieux » qu’un membre de Kibboutz quand il s’agit d’animosité contre tout ce qui porte barbe et chapeau, absolument interdit même d’entrée dans le Kibboutz ? Le résultat, c’est que la plupart de ces membres ignorent toute notion de Torah et Mitsvot. D’une manière ou d’une autre, j’ai tout de même réussi à m’introduire dans un de ces endroits et à rendre visite en 2014 à Ayala (nom changé) dans le Kibboutz Nirim, à 2 kilomètres de Gaza. Elle venait de perdre son mari abattu par une roquette lancée depuis l’enclave palestinienne.

- J’ai un cadeau pour vous de la part du mouvement Loubavitch.

Je sortis de ma poche une Mezouza, lui en expliquai la signification et les vertus protectives :

- Je peux la clouer à votre porte tout de suite, proposai-je.

- Non merci, Monsieur le rabbin. J’apprécie votre geste mais je ne suis pas encore prête à franchir ce pas. Laissez-la ici, nous verrons plus tard.

Quand je suis venu la revoir quelques semaines plus tard, la Mezouza n’avait toujours pas été posée :

- Je suppose que la Mezouza se sent abandonnée, m’amusai-je, elle doit se sentir bien seule, négligée au fond d’un tiroir...

- Vous avez raison, mettons-là maintenant à sa juste place !

Elle appela ses enfants pour qu’ils assistent à la petite cérémonie et, maintenant, la Mezouza rayonne à la porte.

Quelques semaines plus tard, Ayala me rappela :

- Les média racontent des choses vraiment terribles contre les Juifs religieux, surtout les rabbins. Mais vous, Rav Mena’hem, vous devez être l’exception à la règle ! Vous êtes si agréable et compréhensif... Je voudrais que vous officiez au mariage de mon fils !

- Je suis très honoré de votre confiance ! Bien sûr ! Quelle est la date du mariage ?

- Le 13 janvier !

- Le 13 janvier... répétai-je tout en consultant mon calendrier. Mais c’est... vendredi soir !

- Exact ! approuva Ayala, toute contente.

- Mais... On ne peut pas célébrer un mariage le Chabbat ! protestai-je.

- Ah bon ? Et pourquoi ? Le Chabbat est saint et le mariage est saint ! C’est donc une très belle association !

- A vos yeux peut-être mais ce n’est pas ainsi que nous fonctionnons, c’est interdit par la Hala’ha, la loi juive.

- Mais c’est ainsi que cela fonctionne au Kibboutz ! Tous les mariages ici sont célébrés le vendredi soir. Nous travaillons dur du matin au soir, toute la semaine et le Chabbat est notre seul jour de repos. Nous n’avons pas le temps durant la semaine pour des mariages ! Par contre, le vendredi soir, chacun peut boire et danser en sachant qu’on peut dormir le lendemain matin...

- On pourrait plutôt célébrer le mariage jeudi soir, en petit comité... Tout ce qui est nécessaire, c’est réunir un Minyane, dix hommes... On devrait pouvoir trouver dix volontaires dans le Kibboutz !

Ayala accepta et je suis venu un soir plus tôt pour procéder à la cérémonie. Ce fut un mariage historique, le premier mariage jamais célébré dans ce Kibboutz selon la loi de Moché et d’Israël...⬢

Rav Mena’hem Kutner
Traduit par Feiga Lubecki

Après la guerre des Six Jours, en 1967, tout le pays d’Israël était en liesse devant l’énormité du miracle. Peu de gens prirent conscience que plus de 700 soldats avaient néanmoins perdu la vie sans compter qu’il y eut aussi de nombreux blessés... Mme Shafra Morozow contacta le Rabbi pour solliciter son aide et sa bénédiction. Son mari venait de succomber à la guerre et elle se sentait perdue. Le Rabbi lui répondit que, puisqu’elle était une veuve de guerre, elle devait assumer une nouvelle responsabilité : aider d’autres femmes dans la même situation. C’est ainsi qu’à la demande du Rabbi, elle prit la tête d’une nouvelle organisation destinée à parer aux besoins des victimes de guerre et d’attentats, fonction qu’elle assuma pendant des dizaines d’années, prenant en charge les besoins médicaux, financiers, sociaux de nombreuses familles. Mais avec l’âge, elle dût petit à petit déléguer cette fonction et c’est ainsi que ma Chli’hout (ma mission) est née d’une tragique nécessité : en 2001, la seconde intifada généra des centaines d’attaques terroristes dans tout Israël. On me proposa donc de revitaliser cette organisation. Cela me rendit nerveux : bien sûr, je voulais aider les gens mais sachant que je devrais les contacter dans les pires moments de leurs vies, dans des situations où ils étaient les plus vulnérables, je doutai de mes capacités et demandai une période d’essai de trois mois.

Cela fait maintenant plus de 23 ans que cette fonction m’occupe nuit et jour. Je tente toujours de me souvenir qu’il ne s’agit pas d’une occupation « normale ». Rendre visite à des personnes dont le seul « crime » est d’être juif au mauvais moment devant un arrêt de bus quand surgit un terroriste sanguinaire ne peut pas devenir une routine. Il y a souvent plusieurs victimes lors d’un attentat et je dois prendre en charge les besoins de chacun : organiser les funérailles et la semaine de deuil, contacter les services sociaux et médicaux, veiller aux besoins religieux... Je me souviens comment je me suis senti impuissant la première fois : que dire et surtout ne pas dire, comment me comporter et expliquer pourquoi je suis là... Après un attentat, les gens veulent aider tout de suite mais, sur le long terme, la vie reprend le dessus, chacun retourne à ses occupations mais il n’en va pas ainsi pour nous : avec mon équipe, nous sommes là dès que nous apprenons la mauvaise nouvelle et nous aidons la famille à retrouver un sens à la vie sans la personne aimée ou à s’adapter pour prendre soin d’une personne blessée ou lourdement handicapée. Nous gardons le contact pendant des années et ne les laissons pas « tomber ».

La politique israélienne et les media ont tracé une ligne infranchissable entre les laïcs et les religieux. Mais qui peut agir « mieux » qu’un membre de Kibboutz quand il s’agit d’animosité contre tout ce qui porte barbe et chapeau, absolument interdit même d’entrée dans le Kibboutz ? Le résultat, c’est que la plupart de ces membres ignorent toute notion de Torah et Mitsvot. D’une manière ou d’une autre, j’ai tout de même réussi à m’introduire dans un de ces endroits et à rendre visite en 2014 à Ayala (nom changé) dans le Kibboutz Nirim, à 2 kilomètres de Gaza. Elle venait de perdre son mari abattu par une roquette lancée depuis l’enclave palestinienne.

- J’ai un cadeau pour vous de la part du mouvement Loubavitch.

Je sortis de ma poche une Mezouza, lui en expliquai la signification et les vertus protectives :

- Je peux la clouer à votre porte tout de suite, proposai-je.

- Non merci, Monsieur le rabbin. J’apprécie votre geste mais je ne suis pas encore prête à franchir ce pas. Laissez-la ici, nous verrons plus tard.

Quand je suis venu la revoir quelques semaines plus tard, la Mezouza n’avait toujours pas été posée :

- Je suppose que la Mezouza se sent abandonnée, m’amusai-je, elle doit se sentir bien seule, négligée au fond d’un tiroir...

- Vous avez raison, mettons-là maintenant à sa juste place !

Elle appela ses enfants pour qu’ils assistent à la petite cérémonie et, maintenant, la Mezouza rayonne à la porte.

Quelques semaines plus tard, Ayala me rappela :

- Les média racontent des choses vraiment terribles contre les Juifs religieux, surtout les rabbins. Mais vous, Rav Mena’hem, vous devez être l’exception à la règle ! Vous êtes si agréable et compréhensif... Je voudrais que vous officiez au mariage de mon fils !

- Je suis très honoré de votre confiance ! Bien sûr ! Quelle est la date du mariage ?

- Le 13 janvier !

- Le 13 janvier... répétai-je tout en consultant mon calendrier. Mais c’est... vendredi soir !

- Exact ! approuva Ayala, toute contente.

- Mais... On ne peut pas célébrer un mariage le Chabbat ! protestai-je.

- Ah bon ? Et pourquoi ? Le Chabbat est saint et le mariage est saint ! C’est donc une très belle association !

- A vos yeux peut-être mais ce n’est pas ainsi que nous fonctionnons, c’est interdit par la Hala’ha, la loi juive.

- Mais c’est ainsi que cela fonctionne au Kibboutz ! Tous les mariages ici sont célébrés le vendredi soir. Nous travaillons dur du matin au soir, toute la semaine et le Chabbat est notre seul jour de repos. Nous n’avons pas le temps durant la semaine pour des mariages ! Par contre, le vendredi soir, chacun peut boire et danser en sachant qu’on peut dormir le lendemain matin...

- On pourrait plutôt célébrer le mariage jeudi soir, en petit comité... Tout ce qui est nécessaire, c’est réunir un Minyane, dix hommes... On devrait pouvoir trouver dix volontaires dans le Kibboutz !

Ayala accepta et je suis venu un soir plus tôt pour procéder à la cérémonie. Ce fut un mariage historique, le premier mariage jamais célébré dans ce Kibboutz selon la loi de Moché et d’Israël...⬢

Rav Mena’hem Kutner
Traduit par Feiga Lubecki

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