QUESTION DE CHOIX
EDITORIAL
Alors que le grand cycle de la Torah vient, ou presque, de reprendre et que, avec une émotion jamais démentie ni déclinante, nous suivons les pas d’Abraham qui, premier d’entre les humains, reconnaît D.ieu, voici que surgit une violence extrême, destructrice. Au cœur de sociétés civilisées, une forme d’oubli paraît s’être emparé de certains, au point que les normes courantes en sont comme suspendues, ouvrant la voie aux plus graves errements. Certes, les justifications, les imprécations et les accusations surgissent de tous côtés, sans que cela apporte le moindre élément de compréhension et encore moins de solution. Mais, au-delà de cet aspect, sans doute inévitable, comment regarder un tel spectacle qui nous ramène si loin en arrière ?
C’est justement là que l’histoire d’Abraham est précieuse. Voici donc un homme, seul en son temps, guidé par sa seule réflexion, qui sait oublier tout ce que le monde le presse d’accepter pour découvrir le nouveau chemin
accomplissement.
Bien que cette étape ultime puisse se manifester, et se manifestera, indépendamment de notre participation, il n'en demeure pas moins que l'intégralité de la littérature juive souligne la Volonté de D.ieu de ce que nous, ainsi que l'univers entier, participions au processus d'instauration de cette mutation. qui sera le fondement de la civilisation : l’existence de D.ieu créateur de l’univers et l’acceptation d’une Loi qui dépasse les limites humaines et garantit la paix, la sérénité et l’harmonie. Car, finalement, tout n’est-il pas d’abord une question de valeurs spirituelles, morales et sociales ? C’est que l’homme est le couronnement de la création, c’est lui qui lui donne sens en conduisant ce monde qui lui a été confié. Mais, pour y parvenir, il lui appartient d’en faire le choix.
C’est l’acte littéralement héroïque accompli par Abraham. Abraham, surnommé l’Hébreu parce que, étymologiquement, le terme renvoie à « côté », pour nous dire que « le monde entier est d’un côté et lui de l’autre. » N’est-ce pas le sort des Juifs, ses descendants, qui est ici décrit ? Devant la violence qui frappe et détruit, nous savons poursuivre notre chemin, sans jamais en dévier ni même perdre confiance. De toutes les actions positives de chacun, le monde des hommes continuera d’exister.
Il convient de faire intégrer au processus même les « Mamré du monde » - le terme « Mamré » étant dérivé d'un lexique signifiant « rebelle ». Bien qu'il nous soit impossible de contraindre autrui à modifier son mode de vie ou ses attitudes, nous possédons la capacité de contribuer, par nos actions, à l'instauration d'une atmosphère propice afin que chacun puisse, avec allégresse, inaugurer l'ère de la Rédemption.