C’est dans un endroit très spécial - la grande salle de l’opéra municipal de Nuremberg en Allemagne - qu’a eu lieu, l’année dernière, l’allumage public d’une Menorah très spéciale. Déjà le nom de la ville, Nuremberg, évoque de sinistres souvenirs. C’est dans cette ville que furent édictées par le parti nazi les lois anti-juives en 1935, c’est dans cette ville que furent jugés en 1946, par un tribunal international, quelques-uns des plus grands criminels de la Shoah. Mais Nuremberg abrite maintenant une communauté juive en pleine restructuration sous la direction de Rav Eliézer ‘Hitrick qui s’emploie à redonner aux Juifs locaux l’éducation juive qui leur a tant manqué durant des années.
Le 9 novembre 1938, la synagogue de Nuremberg, comme beaucoup d’autres en Allemagne, fut incendiée lors de ce qu’on a appelé par la suite : la Nuit de Cristal, en référence aux innombrables vitraux (et bâtiments) brisés et détruits cette nuit-là dans un immense pogrom à l’initiative du parti nazi et de ses tueurs.
Deux mois avant ‘Hanouccah l’année dernière, Rav ‘Hitrick avait reçu un coup de téléphone d’un habitant de la ville, signalant qu’il souhaitait rendre à la communauté juive de Nuremberg un chandelier que son oncle avait volé lors de l’incendie de la synagogue principale, celle qui se dressait à quelques mètres de l’opéra. Cela faisait 84 ans que cette Menorah se trouvait dans les affaires de la famille. L’oncle, alors âgé de dix ans, s’était faufilé dans les ruines du bâtiment incendié et avait rapporté cet objet chez lui. Son père l’avait copieusement frappé pour ce vol et avait exigé que l’enfant le rende aux Juifs de la ville. Mais les Juifs qui n’avaient pas été arrêtés ou déportés cette nuit-là s’étaient enfuis et la Menorah était restée dans un grenier, oubliée de tous.
« Dernièrement, raconta le neveu du voleur dans une lettre, j’ai rencontré à Zurich en Suisse une famille juive originaire de Nuremberg. Ces gens m’ont raconté combien ils ont souffert pendant la Shoah, dans les camps d’extermination puis, par la suite, pour retrouver les survivants et recommencer à vivre. C’est cette rencontre qui m’a poussé à boucler la boucle et à enfin rendre la Menorah à la communauté juive que vous représentez, Monsieur le Rabbin ! ».
A la fin de cette déclaration, l’homme conclut : « Je serais heureux que cette Menorah et son histoire soient acceptées en signe de paix et d’apaisement. Personnellement, je vous souhaite, ainsi qu’à toute votre communauté la paix et la bénédiction ».
C’est ainsi que, l’année dernière, à Hanouccah, Rav ‘Hitrick qui est en poste à Nuremberg depuis 19 ans, a accueilli avec émotion la lettre de l’homme ainsi que la Menorah. C’était justement dans la période où on commémorait la Nuit de Cristal, alors qu’on venait aussi de recevoir des photos inédites de l’incendie de la synagogue en novembre 1938. Cette Menorah a donc été réinstallée dans la grande synagogue d’où elle avait été volée alors que la communauté se réunissait pour une grande soirée festive dans la salle de l’opéra municipal. La boucle a été bouclée.
Après que l’histoire ait été publiée dans la presse locale, un autre citoyen allemand a rapporté à Rav ‘Hitrick un vieux chandelier. C’était le grand-père de son épouse qui avait ramassé ce chandelier dans les ruines de la synagogue en feu. « Il est très important, rappelle Rav ‘Hitrick, que les objets volés soient rendus à leurs propriétaires ou, du moins, à leurs descendants spirituels. C’est d’ailleurs notre rôle ici, rendre à cette ville allemande le judaïsme qui en a été banni dans des circonstances si tragiques. C’est à nous de faire briller la lumière de Hanouccah, avec fierté et avec bonheur. Le peuple éternel est porteur d’une lumière éternelle ».
Mena’hem Cohen – Sih’at Hachavoua 1877
Traduit par Feiga Lubecki
