LIEN ENTRE ‘HANOUCCAH ET LA PARACHA VAYÉCHÈV
Dans la majorité des années, cette Paracha est lue le Chabbat précédant ‘Hanouccah, tandis que dans certains cas, elle correspond au premier jour de cette fête. Il est donc légitime de supposer l’existence d’un lien entre cette Paracha et ‘Hanouccah.
À première vue, aucun rapport évident ne semble exister. Toutefois, un éminent talmudiste et kabbaliste du XVIIe siècle, connu sous le nom de Chaloh, affirme que chaque lecture de la Torah possède une connexion intrinsèque avec les fêtes juives célébrées à proximité temporelle de sa lecture. Dès lors, quelle est la nature du lien entre Yossef et ‘Hanouccah ?
UNE CROISSANCE CONSTANTE
Un élément manifeste reliant Yossef à ‘Hanouccah réside dans son nom même - Yossef - qui signifie « accroître » ou « augmenter ». À la naissance de Yossef, Ra’hel formula le vœu suivant : « Que D.ieu m’ajoute un autre enfant ». Autrement dit, la venue au monde de Yossef suscita chez sa mère l’espérance d’autres progénitures. Ce concept constitue également l’essence même de la fête de ‘Hanouccah. Dès l’allumage de la première bougie, nous prenons conscience que la Menorah comporte sept emplacements destinés à être utilisés lors des nuits suivantes afin d’augmenter (« Yossef ») la lumière. De même que le thème de l’accroissement est suggéré dans le nom même de Yossef. Le terme « ‘Hanouccah » est, quant à lui, considéré comme un acronyme formant la phrase suivante : « Huit bougies, et la loi est tranchée selon l’école de Hillel ». Plus précisément, le « ‘Hèt » représente « le chiffre huit » ; le « Noun » signifie « Nérot », c’est-à-dire « bougies ou lumières » ; le « Vav (ou) » correspond à « VéHalakha », traduit par « et la loi est tranchée » ; le « Khaf » indique « KeBeth », signifiant « selon l’école de » ; enfin, le dernier « Hé » renvoie à « Hillel ». (Hillel prônait que le nombre de lumières de ‘Hanouccah doit croître chaque jour : le premier jour une lumière, le deuxième jour, deux lumières, etc.)
Cette analyse souligne que le nom même de ‘Hanouccah incarne l’idéal d’un accroissement continu ainsi qu’une élévation dans les sphères du sacré, deux notions employées par le Talmud en référence à l’allumage de la Menorah.
CONFLITS ENTRE FRÈRES
En abordant le récit de Yossef et de ses frères, il est possible d’identifier une dimension supplémentaire dans la relation entre cet épisode et l’histoire de ‘Hanouccah. Les deux événements mettent en lumière un conflit interne. L’histoire de ‘Hanouccah ne se réduit pas à une opposition entre les Juifs et leurs oppresseurs grecs. À l’instar du différend opposant Yossef à ses frères, elle inclut également une lutte interne opposant les Juifs loyalistes aux hellénistes, ces derniers étant particulièrement enclins à s’assimiler à la culture grecque.
PRÉLUDE À LA DOMINATION
Un troisième parallèle mérite d’être souligné entre Yossef et ‘Hanouccah. Pour introduire le récit du séjour de Yossef en Égypte, la Torah emploie l’expression « et Yossef fut descendu en Égypte ». Le mot hébreu pour « descendu » - « Hourad » -, est lié, selon le Midrach, au terme « Véyèrd » signifiant « il dominera ». Ce terme renvoie clairement à une notion de royauté et d’autodétermination, ainsi qu’à une allusion prophétique à l’influence spirituelle et à la domination que le Machia’h exercera sur l’ensemble du monde.
Ainsi, la prétendue descente de Yossef en Égypte constitue en réalité un prélude à son ascension royale. Par ailleurs, ce déclin recelait le potentiel d’une élévation fulgurante, ce qui explique que le même mot désignant la « descente » signifie également exercer une domination.
Ce phénomène trouve son écho dans l’histoire de ‘Hanouccah qui est célébrée, entre autres raisons - comme l’explique Maïmonide - parce qu’elle a restauré la souveraineté du Peuple juif. Passant de l’état de « Hourad », c’est-à-dire d’assujettissement par les Grecs et leurs sympathisants juifs hellénistes, ils accédèrent désormais à l’état de « Véyèrd » - devenant indépendants et exerçant leur domination ainsi que leur contrôle sur leur propre terre et destin.
En effet, selon Na’hmanide, si les héros hasmonéens avaient confié la direction aux descendants du roi David, héritiers légitimes du trône, le statut spirituel du Peuple juif aurait continué à croître (« Yossef ») et cela aurait conduit à l’Ère messianique.
PARALLÈLES ENTRELACÉS
Une analyse approfondie révèle que ces trois parallèles entre Yossef et ‘Hanouccah sont étroitement imbriqués. Yossef possédait une capacité singulière à croître et à s’élever, comme en témoignent ses rêves annonciateurs de royauté et de leadership. L’incapacité de ses frères à comprendre son combat contre son ambition de pouvoir a initialement engendré un clivage entre eux. Toutefois, Yossef triompha finalement, accédant à la royauté conformément à ses visions prophétiques, et il établit ultérieurement la paix avec ses frères.