LE RECIT DE LA SEMAINE
TROIS ‘HANOUKIOT, TROIS HISTOIRES...
Chaque année, le premier soir de ‘Hanouccah, alors que se répandent aussi bien l’odeur de l’huile qui brûle dans le chandelier que celle des délicieux beignets traditionnels, Rav Yera’hmiel Gorelik (Chalia’h - émissaire du Rabbi à Tioumen, en Sibérie) réunit ses enfants et ses invités pour leur raconter l’histoire de la fête mais aussi d’où proviennent ses trois ‘Hanoukiot, ses trois chandeliers si particuliers.
« Comme chacun d’entre nous, la fête de ‘Hanouccah nous rappelle notre enfance. Quant à moi, je me souviens de la ‘Hanoukia de mon père. Elle était absolument surprenante : en métal, adossée contre un « mur » façonné comme le Kotel, le Mur occidental mythique auquel rêvaient nos ancêtres et près duquel nous avons la chance de pouvoir prier à Jérusalem. Le socle de cette ‘Hanoukia avait la forme de la carte d’Eretz Israël, la terre sainte. D’où venait-elle ?
C’était dans les années soixante, sous le régime communiste de l’Union Soviétique. Mon père habitait à Riga, la capitale de la Lettonie. Son grand-père Rav Natane Barkane travaillait dans une usine et avait obtenu une place importante. Un jour, il demanda à ses ouvriers de confectionner un chandelier avec huit godets situés sur une seule ligne avec un neuvième godet situé un peu plus haut. Les employés ne savaient pas qu’en fait, ils fabriquaient une ‘Hanoukia. Il leur ordonna d’en confectionner encore plusieurs spécimens et il les distribua dans sa communauté clandestine de ‘Hassidim. Il offrit la plus jolie au jeune homme qui venait d’épouser sa fille, Morde’haï Gorelik, mon père. Quand mes parents parvinrent à quitter ce pays et à s’installer en Erets Israël en 1971, ils emportèrent bien sûr cette ‘Hanoukia. Mon père qui est architecte aurait pu se confectionner bien d’autres modèles, plus majestueux mais il préférait utiliser cette ‘Hanoukia qui symbolise l’héroïsme de ces Juifs soumis aux persécutions communistes et qui persistaient néanmoins à respecter à tout prix leurs lois et coutumes, à transmettre à leurs enfants leur espoir de revoir bientôt leur terre sainte pour y pratiquer pleinement le judaïsme.
Cependant, dans la maison de ses parents à Kiryat Malakhi, il y avait aussi une autre ‘Hanoukia peu commune. Celui qui l’observe attentivement remarquera qu’elle est constituée de douilles de balles de fusil ! C’était peu après la guerre de Kippour en 1973, raconte le fils. Mon père servait dans l’unité des tanks dans le Sinaï. A l’approche de ‘Hanouccah, il se demandait comment il pourrait allumer les lumières de la fête. Les douilles de balles dispersées dans le sable autour de sa base lui donnèrent une idée. En plein désert, entre les tanks et les jeeps, il transforma les douilles vides en godets posés sur une simple planche et, chaque soir de la fête, il allumait les mèches devant des dizaines de ses camarades réunis dans une joyeuse atmosphère festive.
Passons à la troisième ‘Hanoukia peu commune de Rav Gorelik. Il y a une quinzaine d’années, il s’est installé avec son épouse et leur fille aînée à Tioumen en Sibérie. « Nous sommes arrivés un vendredi matin, veille de ‘Hanouccah. Nous avons attendu dans le froid mordant extrême l’arrivée des valises mais nous avons dû constater que celle qui contenait tout le nécessaire de la fête avait été perdue. Nous ne pouvions pas nous permettre d’attendre plus longtemps et nous sommes partis nous installer dans l’appartement que nous avions réservé. Le cœur battant, je suis parti frénétiquement à la recherche d’huile d’olive pure, un peu comme les Cohanim à l’époque du grand-prêtre Matitiyahou. Je suis entré dans un magasin puis un autre et un troisième jusqu’à ce que je parvienne à obtenir une fiole d’huile d’olive. Puis je me suis attelé aux préparatifs de Chabbat quand j’ai soudain réalisé que je n’avais pas non plus de chandelier. Je me suis alors souvenu comment mon autre grand-père, le regretté Rav Mendel Gorelik avait réussi à allumer les lumières de ‘Hanouccah dans les « camps de redressement » du goulag Soviétique : il conservait précieusement des pommes de terre qu’il coupait en deux et évidait afin qu’il puisse y verser l’huile nécessaire à l’accomplissement du commandement. Alors comme mon grand-père, moi aussi j’ai allumé les lumières de ‘Hanouccah dans un chandelier à base de pommes de terre coupées en deux : la tradition a perduré en Sibérie...
Rassurez-vous : la vie juive s’est, depuis, bien développée à Tioumen comme dans d’autres villes de Sibérie et d’ailleurs. Si le cœur vous en dit, vous pouvez assister à l’allumage d’une ‘Hanoukia géante sur la grande place de Tioumen ! Bon courage !
Mena’hem Cohen
Traduits par Feiga Lubecki