LE RECIT DE LA SEMAINE
LE DONATEUR N’AVAIT PAS ÉTÉ INVITÉ
- Mais bien sûr, s’exclama l’homme, trop heureux de sa bonne étoile. Ce sera pour nous un plaisir et un honneur de vous voir participer à notre joie !
Cependant, dans le tourbillon des préparatifs, le père de la mariée oublia d’envoyer le carton d’invitation à son bienfaiteur !
Tandis que les jeunes mariés se préparaient pour la ‘Houppa (le dais nuptial), en priant et récitant des Tehilim (Psaumes), M. et Mme Horenstein se trouvaient chez eux, absolument pas au courant de la noce qui se déroulait non loin de là. C’est alors que se produisit l’horreur : des bandits surgirent dans la maison et, en les menaçant de leurs armes, les ligotèrent avec des cordes tout en criant : Où est l’argent ? Sidéré, M. Horenstein n’eut pas le choix et indiqua où il avait caché sa fortune. Les brigands préparèrent des sacs, les remplirent systématiquement de bijoux et d’argent et annoncèrent au couple Horenstein que leur dernier moment était arrivé. Sentant sa fin imminente, Berel Horenstein se promit que, s’il sortait vivant de cette terrible expérience, il vendrait tous ses biens et investirait sa fortune pour construire des maisons pour les Juifs pauvres en Erets Israël.
Pendant ce temps, l’homme qui accompagnait sa fille vers la salle du mariage était le plus heureux sur terre quand, tout-à-coup, il se souvint de sa promesse : comment avait-il pu oublier d’inviter son bienfaiteur ? Bien qu’il fût sur le point de marcher vers la ‘Houppa et que toute l’assistance attendait ce moment solennel, il décida de « changer de route » et, suivi par tous les convives et l’orchestre, il se dirigea vers la maison des Horenstein afin de réparer in extrémis la situation et honorer la promesse.
Le quartier de Baté Horenstein à Jérusalem a été initié et financé par Dovber (Berel) Horenstein, un magnat de l’industrie sucrière en Ukraine. Celui-ci dirigeait une affaire florissante car il avait passé d’énormes contrats avec les autorités russes.
Pourtant, brusquement, en 1908, il décida de vendre tous ses actifs et de « monter » en Erets Israël alors sous domination ottomane de la Turquie ; il consacra toute sa fortune à la création d’un nouveau quartier pouvant héberger une trentaine de familles, avec les infrastructures nécessaires pour l’épanouissement d’une communauté. Tout fut aménagé et bâti par des Juifs, de la façon la plus moderne et efficace de l’époque. Achevé en 1912, ce projet fut finalement incorporé dans le quartier de Gueoula et mérita la reconnaissance des habitants. Mais pourquoi Berel Horenstein avait-il agi ainsi ?
Dans sa ville de Radomyshl, vivait un Juif pauvre : sa fille allait se marier mais il n’avait absolument pas de quoi couvrir toutes les dépenses. Son épouse lui suggéra de demander l’aide du célèbre philanthrope Berel Horenstein, connu pour être à la fois pieux et généreux.
Effectivement, l’homme fut bien accueilli par M. Horenstein qui lui demanda le montant exact des dépenses prévues. Comprenant que le moment était favorable, l’homme établit une liste exhaustive, n’oubliant pas d’inclure les divers pourboires et dépenses annexes inévitables : le mariage lui-même puis l’appartement, les meubles, le linge etc.
- Je m’engage à tout payer, sourit Berel Horenstein, mais à une condition : que vous m’invitiez au mariage !
Rien de plus déroutant pour des gangsters que de se retrouver au milieu d’une foule joyeuse ! Persuadés que toute la police de Russie et d’Ukraine était arrivée pour les arrêter, les brigands lâchèrent en catastrophe tout leur butin et s’enfuirent... pour se retrouver directement dans les mains des Juifs venus innocemment inviter les victimes de leur forfait. Bien vite, les malfaiteurs furent arrêtés et remis à la police. Pendant ce temps, les « visiteurs » en tenue de fête, toujours accompagnés des chants joyeux de l’orchestre, entrèrent dans la maison et découvrirent le couple Horenstein ligoté et terrifié. Bien entendu, on s’empressa de les détacher, de les soigner et de les rassurer. Une fois remis, M. et Mme Horenstein rejoignirent les invités de la noce et jamais on ne vit mariage plus joyeux tandis que ces rescapés remerciaient D.ieu de leur soudaine délivrance.
Peu après, M. Horenstein mit sa promesse à exécution : il vendit tous ses biens, monta en Terre sainte, s’établit avec sa famille à Jérusalem et entreprit immédiatement la construction comme il s’y était engagé durant ces instants dramatiques.
Quant aux revenus générés par les loyers, ils servirent à aider des fiancées nécessiteuses, cause chère entre toutes au remarquable bienfaiteur à l’initiative de Baté Horenstein.
Oui, comme l’affirme le roi Salomon dans les Proverbes : « La charité sauve de la mort ! ».
Rav Yossi Ives - chabad.org
Traduits par Feiga Lubecki